‹ CorrespondanceChapitre 21 sur 102 · XXXIV LA ME ET LES TRAVAUX · texte numérisé non relu

XXXIV LA ME ET LES TRAVAUX

aspaces, abordant les éléments, le feu, la terre et le ciel et les eaux, sans trop s'embarrasser des outils de la science, sans charger son bagage de cornues ou d'équerres , de télescopes ou de compas. C'était alors surtout que, confiant aux libres élans de la conjecture, il s'animait d'une sorte d'humeur contre les procédés rigoureux de l'analyse moderne, et cherchait querelle aux savants de lui gâter son univers par toutes sortes d'entraves mises aux allures des esprits voyageurs. On eut dit que, semblable à ces Gentils qui, tout en se soumettant à l'empire de la croix, quand le vrai Dieu apparut au monde dans son austérité douce et nue, pleuraient en secret les poésies de l'Olympe vaincu, il voulait, de sa main tendue en arrière, arrêter l'antiquité dans sa fuite, et s'attacher à sa robe pour ne la pas quitter.

Ces regrets cependant, cette haute contemplation ne l'arrachaient pas aux jouissances simples et paisibles du foyer. Il savait alUer la vie intérieure à la vie philosophique, le sentiment à la méditation . Son séjour à Villeneuve n'avait rien changé aux habitudes de la famille dans laquelle il venait d'entrer. Elle comptait seulement un frère de plus, frère qu'elle entourait d'une affection chaque jour plus vive, car il n'apportait dans la communauté que désintéressement, égalité d'humeur et bienveillante joie. Nul homme, en effet, n'avait un commerce plus facile; nul n'était plus doux

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et plus commode à ses amis. A cette époque surtout où son existence solitaire venait de finir et où Tavenir se montrait à lui sous de riantes couleurs, sa faculté d'aimer et d'être heureux, faculté rare qu'il avait reçue du ciel à un merveilleux degré, débordait, si je puis dire, sur tout ce qui l'approchait, en tendres effusions et en caressantes paroles; ce fut dans ce temps que prit naissance une des affections les plus vives qui aient charmé sa vie.

Dans un château situé entre Villeneuve et Sens, s'étaient réunies deux familles opulentes , celles de M. de Sérilly, trésorier général de l'extraordinaire des guerres, et de M. de Montmorin, ancien ministre des affaires étrangères. Elles avaient fui Paris pour se soustraire aux dangers qui menaçaient alors tous les genres de supériorités. Il semblait qu'à la faveur d'une réclusion volontaire et inoffensive elles dussent être aisément oubliées; mais la délation, abjecte et vigilante esclave de la violence, eut bientôt découvert leur retraite. Elles furent dénoncées au Comité de sûreté générale dont les pourvoyeurs ne tardèrent pas à se présenter à Passy. Ils arrêtèrent tous les hôtes du château, n'épargnant que quelques enfants en bas âge, et une jeune femme qui, malgré ses prières, ne put obtenir de partager le sort de ses proches. C'était madame de Beaumont, fille de M. de Montmorin. Elle était depuis longtemps souffrante; l'abattement, la

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