‹ CorrespondanceChapitre 35 sur 102 · LX LA VIE ET LES TRAVAUX · texte numérisé non relu

LX LA VIE ET LES TRAVAUX

raître à cette époque sous le titre d'Essais de morale et de politique ; je n'en parle que parce que le manuscrit en fut par lui communiqué à M. Joubert. C'était un hommage rendu à la supériorité de cet esprit éminent, hommage dont le retour ne se fit pas attendre. Singuhèrement frappé des efforts tentés par un si jeune homme pour rattacher les théories de la liberté aux observations d'une saine psychologie et aux grands principes de religion et de morale que tant de nuages venaient d'obscurcir, M. Joubert paya de conseils utiles la confiance qui lui était donnée ; mais comme il ne savait pas se livrer à demi , l'affection vint bientôt à la suite des conseils. Il trouvait d'ailleurs chez M. Mole des qualités qu'il tenait en grande estime : de l'ardeur sans emportement, le culte sincère du devoir, et cette sorte d'austérité qui dénote la pureté de la jeunesse et présage l'incorruptibilité de l'âge mur; il l'appelait tt son Caton de vingt ans. »

A l'époque où cette liaison commençait, une peine profonde vint désoler son âme. Madame de Beaumont^ que ses médecins avaient envoyée en Itahe , ne tarda pas à y succomber au mal sans remède dont elle était atteinte. Elle mourut à Rome le 4 novembre 1803; et pendant qu'une illustre amitié faisait graver sur sa tombe ce verset de Job souvent répété par elle : « Quare « 77iisero data est lux et vita his qui in amaritudine « animœ surit? Pourquoi la lumière a-t-elle été don-

DE M. J. JOLBERT. L\l

« née au misérable et la vie à ceux qui ont le cœur « dans l'amertume? » pendant que les arts s'unissaient à la religion et à la poésie, pour la représenter couchée sur le marbre, et indiquant du doigt, audessous du nom de ses proches tombés sous la hache révolutionnaire, cette plainte suprême qu'elle avait acquis le droit de répéter après Rachel : Quia non su:U, M. Joubert honora de bien des larmes les funérailles lointaines de l'amie qui lui avait été si chère, La nouvelle du triste événement lui était parvenue à Villeneuve , o\x il avait coutume de passer la belle saison ; il y resta tout l'hiver suivant, silencieux et comme enveloppé dans sa douleur.

Cependant un autre attachement semblait destiné à remplir le vide que cette mort venait de laisser dans son existence. Madame de Yintimille, avec laquelle il avait déjà commencé de se her, ne pouvait pas sans doute lui faire oubher madame de Beaumont, car il cultivait ses souvenirs autant que ses amitiés; mais elle réussissait du moins à adoucir ses regrets en y mêlant une affection nouvelle. Une grande bonté de cœur s'unissait chez elle à un esprit très -orné, à un jugement plein de rectitude, et M. Joubert lui trouvait, pour les choses morales, la supériorité qui distinguait madame de Beaumont sous le rapport intellectuel. Il faut bien le rappeler d'ailleurs, quoique assurément madame de Yintimille fût une des femmes qui eussent t à

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