LXXIV LA ME ET LES TRAVAUX
active d'un côté, toute passive de l'autre, ils s'obstinaient mutuellement, d'autant plus malheureux tous les deux que M. Joubert découvrait dans l'intelligence de son fils la promesse de tous les succès, et que la nature de celui-ci, plus puissante que ses résolutions, le retenait, comme une main de fer, dans son inaction fatale. En étudiant plus tard ce caractère étrange, que je me sentais, au surplus, moins disposé à blâmer qu'à plaindre, je me suis demandé souvent s'il n'y avait pas en nous un secret ressort destiné à nous pousser à l'action, qui pouvait être détendu, irrégulier dans sou jeu, rebelle à nos volontés mêmes, et qui, en laissant subsister virtuellement toutes nos belles dispositions, leur refusait le moyen de se réaliser dans la pratique. Telle était du moins cette organisation malheureuse. C'était là la douleur de M. Joubert , l'épine cachée sous sa couche. Tout le reste était bonheur autour de lui.
Peu d'années après son mariage, il était parvenu à fixer près de lui le plus jeune de ses frères \ en l'unissant à la nièce de sa femme. Ils ne formaient ensemble qu'une famille, vivant sous le même ton, reunie à la même table, et confondant, jusqu'à la fin, ses intérêts de fortune dans l'indivision des patrimoines. Il ne m'est
1. M. Arnaud Joubert, né à Monlignac (Dordogne), en 1767, premier avocat général, puis conseiller à la Cour de cassation ; démissionbuire en 1848, mort à Paris le 20 juillet 1854.