LXXVIII LA VIE ET LES TRAVAUX
voix contenue, mais où vibrait toute sa douleur, « la « gloire de notre maison est éteinte!... » Cette gloire pouvait revivre cependant, car la mission jadis conseillée par M. de Fontanes et devinée par M. Mole avait été remplie. M. Joubert, en mourant, avait laissé des manuscrits dont son fils conservait le dépôt. Malheureusement il fallait, pour les mettre en lumière, une détermination au-dessus des forces de ce dernier, un long- et difficile travail, par lui toujours promis et malgré nous toujours différé. Plusieurs fois, à son défaut, M. Joubert, mon beau-père, avait voulu Tentreprendre. Il s'y était engagé même dans une notice touchante, distribuée aux amis de son frère, quelque temps après sa mort, et à laquelle j'ai emprunté plusieurs des faits consignés ici. Mais, longtemps arrêté par les promesses qu'il recevait de son neveu d'une prochaine mise en œuvre, il fut détourné plus tard du soin de s'en occuper personnellement, d'abord par de profondes douleurs domestiques, et bientôt par des atteintes graves et répétées dans sa santé. Ce ne fut qu'en 1838 que la veuve de M. Joubert, après avoir perdu son fils, et sentant elle-même sa fin prochaine, résolut de déposer dans le sein de la iamille et de l'amitié un durable témoignage du passage de son mari. A sa prière, M. de Chateaubriand ne dédaigna pas la mission de recueillie: en un volume les pensées de l'ami qu'il avait pleuré avec elle. 11 écrivait à madame la comtesse
DE M. J. JOIBERT. LXXIX
Christine de Fontanes, occupée dans le m^rae temps d'une édition des œuvres de son père :
« Tandis que vous érigez un monument funèbre, « moi, Madame, je rassemble les pensées du plus an- « cien ami de votre père. EUes ne sont point destinées « à voir le jour. La veuve de M. Joubert semble pé- « nétrée du sentiment que j'exprimais en parlant de « lui dans mon Essai sur la Littérature anglaise : « Un homme fut mon ami et Fami de M. de Fontanes. « Je ne sais si au fond de sa tombe il me saura gré de « révéler la noble et pure existence qu'il a cachée. « Quelques articles qu'il ne si^ait pas ont seiile- « ment paru dans diverses feuilles publiques. Qu'il soit
permis à Famitié d'en citer de coiurts fragments. « C'est le seul vestige des pas qu'un talent soHtaire « et ignoré a laissés sur le rivage en traversant la « vie.
ce Je rencontre à chaque instant dans les ébauches « de M. Joubert des choses adressées à M. de Fon- « tanes, et que celui-ci n'a pas connues. Ces confi- « dences d'un ami à un ami, l'un et l'autre absents c( pour jamais; ces pensées testamentaires recueillies « sur des morceaux de papier destinés à périr, m'ofu frent une complication de tristesses d'une puissance <v extraordinaire. L'antiquaire déchiffre avec moins de