LXXX LA VIE ET LES TRAVAUX
« religion les manuscrits d'Herculanum que je n'étudie « les secrets d'une double amitié, conservés sous des « cendres.
« Tels sont mes travaux, Madame. J'écoute derrière (( moi mes souvenirs, comme les bruissements de la « vague -sur une plage lointaine. En me promenant « quelquefois dans les bois, ces vers du Jour des Morts « me reviennent en mémoire :
« D'un ami qui n'est plus la voix longtemps chérie « Me semble murmurer dan* la feuille flétrie.
« Mais, hélas! j'ai tant de regrets que je ne sais « auquel entendre. Resté le dernier, je , m'occupe à « tout arranger dans la maison vide, à fermer les « portes et les fenêtres. Ces pieux devoirs une fois « remplis, si mes amis, lorsque je les irai rejoindre, « me demandent ce que je faisais, je leur répondrai : « Je pensais à vous. » Il y aura bientôt entre eux et c< moi communauté de poussières après union de « cœurs. »
Le livre ne tarda point à paraître, car l'illustre éditeur sentait qu'une vieille amie mourante attendait de sa main généreuse le legs d'adieu destiné à ses amis. 11 s'était empressé d'y joindre ce court avertissement :
DE M. J. JOUIJKRT. LXXXI
« Paris, 8 septembre 1838.
« J'ai lu ces mots dans les fragments de M. Joubert : « Le ver à soie file ses coques et je file les miennes ; « mais on ne les dévidera pas. y)
'( Si; je les ai dévidées : j'ai séparé les sujets con- « fondus sur des chiffons de papier. Toutefois je n'ai « pas trop multiplié les titres, pour laisser au penseur « une partie de la variété de ses pensées. On verra « par la beauté de ces pages ce que j'ai perdu et ce (( que le monde a perdu. On peut ne pas être de l'avis « de Joubert; mais voulez-vous connaître la puissance « de son génie ? Jamais pensées n'ont excité de plus « grands doutes dans l'esprit, n'ont soulevé de plus « hautes questions et préoccupé davantage. La veuve « de \L Joubert n'a fait imprimer les méditations de « son mari que pour elle; elle aurait craint, en les « publiant, d'offenser la gloire qui a tant recherché «( l'obscurité. Madame Joubert m'a chargé de rendre « les derniers devoirs à l'âme de mon ami. Il y a déjà « quatorze ans que j'ai accompagné le corps de cet « ami au dernier asile : les pensées de M. Joubert « vont reposer dans la vie comme ses cendres repoc( sent dans la mort.
« On trouve dans mes ouvrages une lettre en date