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CXXII JUGEMENTS LITTERAIRES

suite de fragments les apparences d'un ouvrage régulièrennem composé, n'a pas hésité à sacrifier son temps et ses peines pour répondre à notre juste impatience. M. de Raynal ne s'est pas contenté de rechercher avec soin et de classer avec sagacité ce qu'on pouvait recueillir dans l'héritage longtemps délaissé de M. Joubert, il a augmenté la valeur de ce recueil en le faisant précéder d'une notice étendue, attachante par la peinture d'un caractère aimable et l'analyse d'un esprit charmant et vraiment littéraire, grâce au mélange de réflexions ou plutôt de courtes dissertations sur les points les plus délicats de la critique. Ce travail, que nul de nos aristarques par profession ne désavouerait, cause une agréable surprise lorsqu'on songe qu'il n'est que le délassement de graves fonctions administratives. Cette bonne littérature, sortie accidentellement des bureaux de l'intendance militaire, nous découvre qu'à côté des écrivains dont la plume ne chôme jamais, nous avons une réserve qui donnerait au besoin et qui relèverait sans désavantage les bataillons un peu harassés de la presse militante.

Il n'y a rien de vulgaire dans la vie ni la destinée littéraire <le M. Joubert; tout en lui garde l'empreinte d'une rare distinction. Son existence et sa renommée reflètent l'élégance de son esprit et la pureté de son âme. Sa vie s'est paisiblement écoulée dans le commerce intime de quelques esprits d'élite, les Chateaubriand, les Fontanes, les Bonald, M. Mole, voilà pour l'intelligence; et pour le cœur, dans la familiarité des Yintimille et des Beaumont qui furent pour lui ce que Sévigné et madame de La Fayette étaient à M. de La Rochefoucauld, alliances de cœur et d'esprit, passions épurées plus douces que l'amour, plus vives que l'amitié. Ses fonctions, car cet homme né surtout pour la spéculation a été mis en scène d'abord par la confiance de ses compatriotes et plus tard par l'amitié de M. de Fontanes ; ses fonctions, disons-nous, l'ont rattaché à deux choses immortelles qu'il aimait par-dessus tout, la justice et les lettres. Magistrat populaire, il applique pendant deux années sur un modeste

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th(?fltre ces règles d'équité nattirelle plus voisines de la morale que la lettre savante de nos codes; inspecteur et conseiller de l'université, il propagea les saines doctrines de cette morale littéraire, qui se déprave avec l'autre, et qu'on appelle le goût.

Le môme caractère de distinction se montre dans les phases successives de cette renommée d'abord clandestine, et qui paraît enfin toucher à un genre nouveau de popularité aristocratique. Disons-le cependant, malgré les apparences, la gloire date de loin pour M. Joubert, car l'estime du cercle choisi qui recevait les confidences et les conseils de son esprit, et dans lequel il siégeait comme arbitre du goût,ar6tter elerjantiamm, n'était-ce pas de la gloire inédite et concentrée? Celui qui la méritait ne pouvait-il pas y voir l'assurance d'un renom à venir qui ne demandait pour se produire qu'une vertueuse indiscrétion? L'étroite circonférence de ce centre rayonnant s'est élargie à deux reprises, la lumière et les parfums se sont répandus au dehors, et l'espace qu'on leur a donné n'en a pas affaibli la pureté. On peut dire que M. Joubert a été servi selon ses goûts, puisque, de la gloire qu'il redoutait et qu'il ne dédaignait pas, il a senti la flamme et la douce chaleur sans en avoir le bruit ni la fumée.

Lorsqu'on suit avec M. de Raynal, sous le charme de la sympathie qu'il éprouve et qu'il communique, toutes les circonstances de cette vie de sérieuse contemplation et de paisible activité, on est tenté de croire qu'elle eût pu s'écouler sans laisser de traces. Ces pages, aujourd'hui pieusement recueillies, pouvaient demeurer dans l'ombre ; et si le pouvoir ne fût pas venu au bon vouloir de M. de Fontanes, aucune fonction publique de quelque importance n'eût mis à l'épreuve la rare intelligence, le savoir exquis de M. Joubert. Cette éclipse possible d'un esprit aussi distingué peut en faire supposer de réelles et menace, à notre avis, certain système optimiste fort accrédité de nos jours : on crie bien haut que la fortune et la gloire n'ont point de caprices, ou du moins qu'elles ne laissent jamais à l'écart de véritables

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