CXLII JUGF.MENTS LITTERAIRES
Oui, et par là quelquefois elle perdait en précision ce qu'elle prétendait gagner en clarté. A force de vouloir rendre sensible ce qui est seulement intelligible, de vouloir représenter à l'imagination ce que la raison peut seule concevoir, Joubert tombe par moments dans la recherche et l'affectation. Mais ce ne sont là que des taches qui n'enlèvent rien ni à la justesse de la pensée ni à la finesse habituelle de l'expression.
Toutes ses idées au contraire portent la marque d'un admirable bon sens. Cet homme a l'instinct du vrai, alers môme qu'il n'en a pas la notion exacte et complète. Sur certaines questions de métaphysique, il fait preuve parfois d'une sagacité, d'une rectitude qui c'.onnent. Qu'on me permette d'en citer deux exemples. De son temps, la philosophie de Condillac régnait universellement : Joubert proteste contre elle. La fameuse maxime que toutes nos idées viennent des sens, il la repousse comme fausse et dangereuse; et, dix ans avant Royer-Collard et M. Cousin, il signale les principales objections qu'elle soulève. Sur une autre question, qui a passionné le dix-huitième siècle, et qui va bientôt servir de point de départ au système célèbre de M. de Bonald, sur la question de l'origine du langage, il donne en passant, en quelques lignes, la vraie solution, la seule que puisse avouer la raison; et il conclut ainsi : « L'homme est né avec la faculté de parler. Qui la lui donne? Celui qui donne son chant à l'oiseau. »
En politique, Joubert ne se sépare pas moins du dix-huitième siècle qu'en morale et en religion. — Tous les hommes naissent égaux, disait la philosophie du temps; c'est la société qui crée entre eux les inégalités injustes et odieuses. — Non, répond Joubert, c'est justement le contraire qui est vrai. « Les hommes naissent inégaux. Le grand bienfait de la société* •est de diminuer cette inégalité autant qu'il est possible, en procurant à tous la sûreté, la propriété nécessaire, Téducalion et les secours. »
11 n'admet pas que le gcuvernement vienne d'en bas? c'est