A MADAME DE PA.NGE
Villeneuve-sur-Yonne, IG janvier 1707, X madame de Pange, à Passt/,
On dit, Madame, que, depuis quatre ou cinq jours, vous êtes rentrée en possession de votre maison d'Étigny. Cette maison vous serait-elle utile? Si elle vous était inutile, voudriez-vous la louer? Si, en sage et prévoyante administratrice du bien de vos enfants, vous consentiez à la louer, me prendriez-vous pour locataire?
J'avais d'abord songé à vous demander un recoin de Passy ; mais ma femme, qui a une bonne judiciaire, a décidé que nous ne pourrions former là l'établissement que j'avais dans la tête ; j'en reviens donc à Étigny. Il offre bien quelques inconvénients ; mais j'y serais chez vous ; mais je ne l'habiterais que l'été ; mais il y a une allée de charmille, dans un assez vaste enclos; j'aurais à moi un jardin, un verger, une cour, une vache, des poules, et une chambre basse à deux lits, que je n'ai pas vue, mais dont, au bout du compte, un chanoine se contentait. Cela rappelle son penseur, quand il n'y a pas moyen d'être plus près de vous sans de graves inconvénients.
Voici, Madame, mes conditions. Je veux votre jardin pour ce qu'il vaut, et votre maison pour ce qu'en donn^jait un amateur du jardinage. Je veux votre agent, riîonnête Dujeu, pour rien, c'est-à-dire, par-dessus le marché du jardin et de la maison. A la vérité, si vous cédez gratuitement un si honnête homme, vous serez trop généreuse, et je serais trop bien traité; mais nous ne voulons pas nous ruiner, et ma femme pense avec