‹ CorrespondanceChapitre 96 sur 102 · A M. FRISELL · texte numérisé non relu

A M. FRISELL

hommes meilleurs et au dedans et au dehors, tandis que le nom seul, la seule idée de liberté, qui n'expriment et ne présentent pour nous qu'une exemption de frein et de règle, nous dépravent nécessairement et au dehors et au dedans. Ce mot a pour nous, depuis le christianisme, un son et un sens qu'il n'avait pas auparavant. Il ne signifiait qu'une espèce de gouvernement tout aussi régulier qu'un autre; chez nous, il tombe sur les mœurs, et n'exprime en réalité que beaucoup de dévergondage dans les lois et dans les humeurs. Un homme libre, chez les anciens, était respectueux et soumis à son pays, comme un esclave; un homme libre, aujourd'hui, se montre hardi et maître de luimême comme un tyran. Comparez Aristide, ou tout autre ancien, à lord Cochrane, et vous comprendrez ce que je veux dire, mais ce que je n'ai pas le temps de dire mieux.

En résumé, votre pays est fou, et le mien aussi; mais c'est le vôtre qui a perdu le mien, qui ne vaut plus même le vôtre; et ces deux-là perdront les autres, si quelque force, unie à la justice et à la raison, ne vient pas, je ne sais d'où, mettre la folie aux fers et les erreurs dominantes dans un puits. En attendant, riez de ,os attroupements, comme nous rions de nos clubs ; il en résultera un genre humain abominable ; mais il est fort possible qu'au lieu de ces combustions, nous vivions tout notre âge, et que nous mourions même dans nos lits.

En voilà assez pour aujourd'hui, et peut-être pour très-longtemps. Vous aimez à écrire et moi je le déteste. Des mots à tracer et à remuer me brouillent la vue et me fatiguent l'esprit. Si j'écris vite, je ne vois ni ne sais ce que je dis ; si j'écris lentement, j'ai le temps

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