A MADEMOISELLE DE FONTANES
d'une armure, quand on attaque leurs défauts, et quelquefois par contenance ou par décontenance, sont un expédient qui leur nuit dans Fesprit de ceux qui les voient et qui s'en souviendront toujours. Ces amazones d'un quart d'heure s'exposent par de telles équipées à déplaire éternellement.
Mais que faire, quand on est timide, qu'on se sent gauche, embarrassée? Il faut se résigner à l'être, et consentir à le paraître jusqu'à ce qu'on ne le soit plus. Ce ne sont pas là des malheurs. L'air embarrassé et timide n'a jamais repoussé personne. Il est d'aimables gaucheries; et un embarras ingénu, une timidité naïve, ont leur mérite et leur attrait. Des yeux baissés ont de la grâce et de la dignité peut-être; mais tout choque dans un œil hardi.
Avez-vous quelque mauvais pli? Avez-vous des demidéfauts? Avez-vous même des défauts, et voulez-vous de l'indulgence? Voici le secret infaillible de l'obtenir à pleins souhaits.
Donnez-vous trois demi-vertus , trois demi-beautés , trois grâces : l'accueil riant, les prévenances et le désir d'être agréable, qui n'est pas celui de briller.
Placez-les dans votre maintien, dans votre ton, dans vos manières; mais ce n'est pas encore assez : dans votre esprit, dans votre cœur, dans vos regards, dans votre voix, dans tous vos traits.
Entretenez-les avec soin; ne vous en dépouillez jamais, car c'est un atour nécessaire au négligé le plus hardi. Soyez-en donc toujours ornée, et tout vous sera pardonné.
A M. DK CHATEAUBRIAND. 2'j9
Ciris, septembre 18 lO.
A M. de Chateaubriand,
M. Maillet-Lacoste, vrai métromane en prose, e\ l'homme du monde le plus capable de bien écrire, si, ne voulant pas écrire trop bien, il pouvait quelquefois s'occuper d'autre chose que de ce qu'il écrit ; M. Maillet» Lacoste, qui sera jeune jusqu'à cent ans, et qui est h meilleur, le plus sensé, le plus honnête, le plus incorruptible et le plus naïf de tous les jeunes gens de tout âge, mais qui donne à sa candeur même un air de théâtre, parce que sa chevelure hérissée, ses attitudes et le son même de sa voix se ressentent des habitudes qu'il a prises sur le trépied où il est sans cesse monté quand il est seul, et d'où il ne descend guère quand il ne l'est pas; M. Maillet, à qui il ne manque que de la paresse, du relâche, de la détente detêle, pour travailler admirablement, et qui a travaillé avec autant d'éloquence que de courage , il y a vingt ans , contre la tyrannie de l'époque, comme l'attestent des opuscules, dont je vous ai remis, il y a dix ans , un exemplaire qui vous aurait fait connaître son mérite si vous l'aviez lu, mais que vous n'avez pas lu, parce que, occupé comme vous l'êtes, vous ne lisez rien, et je crois que vous faites bien, par me prérogative qui n'appartient qu'à vous; M. Maillet, qui a perdu une assez grande fortune à Saint-Domingue, sans y prendre garde et sans pouvoir s'en souvenir, parce qu'il était occupé d'une fable de Phèdre, et que depuis il est perpctuellenr.ênt aux prises avec une pé-