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Il s'agit de l'Amour des livres

En même temps je suis touché plus que je ne saurais dire d'une si belle lettre, datée de mon pays natal. Depuis tantôt quarante ans que je prends tant de peines pour ces Athéniens du Forez, votre lettre est la première qui me soit venue à ce point remplie de bonnes paroles... Il est vrai que vous n'êtes pas de Saint-Étienne !

Agréez, si elles vous plaisent, mes meilleures salutations.

A Madame Mennessier-Nodier.

Mercredii 11 juillet 1866.

ous êtes bien Ici fille de votre père, avec un brin de plus de malice! Il cachait la sienne, et, Dieu soit loué! vous montrez la vôtre. Quelle aimable lettre! Elle nous est venue chercher dans votre Normandie, et nous vous avons reconnue à tant d'aimables choses.

M. le président maire d'Évreux, le maître de

céans, vous a demandée à Bernay le jour de

l'inauguration du chemin. Il eût été bien heureux

de vous saluer au nom de toute la famille.

O vieille femme de tant d'attraits pourvue ! un

jeune homme appelé Jules Janin vous embrasse,

et sa brave femme en fait autant.

Vos deux amis,

Adèle et Jules Janin.

A Madame Mennessier-Nodier.

Passy, jeudi 1867.

\ |0%Jj9 ous vous saluons et nous vous embrassons. Vous écrivez aussi bien que votre père, et, si vous perdez ces yeux qui brillaient de tant de flammes, rassurez-vous, votre âme y voit.

Rien de meilleur que ce projet du prochain été, de se voir quelque peu à son aise, au beau milieu des champs normands. Pont-Audemer n'est pas loin d'Évreux, Évreux est tout près de Gaillon. Dans l'un et dans l'autre endroit nous vous pouvons offrir une chambre à discrétion. Alors, quelles belles causeries! Mais nous en causerons en temps et lieu.

Vos deux bons et fidèles amis du chalet de Passy,

Adèle et Jules Janin.

A M. Au g. Dufour, à Saint-Quentin.

Passy, lundi (1667),

os amis du chalet sont bien contents de vos souvenirs. Comme on sait que vous nous lisez là-bas, nous ne répondons pas à toutes vos lettres, mais nous en sommes bien touchés.

De notre côté, nous avons lu les belles pages de Théophile, et nous Pavons reconnu à son accent viril. C'était un sage, un grand écrivain, et nous le revoyons souvent disant adieu aux malheureux exilés de i85i. S'il eût vécu, et plût au Ciel! son peuple entier l'eût rendu aux affaires publiques. Il avait un si profond sentiment de la dignité française !

Enfin, Dieu Ta voulu. Il vous a accablés, pauvres amis! de toutes les façons. Mais voici que tout renaît dans cette aimable enfant dont vous nous envoyez l'image, et tous ces malheurs si terribles finiront dans un sourire d'espérance et de consolation.

Père, mère, enfant, gendre, acceptez nos vœux les plus sincères, nos amitiés les plus dévouées.

Adèle et Jules Janin.

CORRESPONDANCE. 2j5

A M. le rédacteur en chef du Figaro.

Les Rotoirs, 28 août 1867.

Monsieur mon confrère,

ssez d'ambages! trop de précautions!

L'habitant de la rue... de Vaugirard s'est reconnu dans la le' *re posthume de M Uo Mars. Certes, il eût mieux aimé répondre à une vivante, et se trouve assez gêné de traverser trois cercueils pour arriver à deux enfants qui ne savent pas ce qu'ils font.

Dans la première lettre, en lisant ces grossièretés contre réminent écrivain qui lui avait fait Tinestimable présent du rôle de M l,e de Belle-Isle, j'espérais que la lettre n'était pas de M Ue Mars. On ne retrouvait ni l'accent ni le calme habituel de sa belle parole. A la deuxième lettre, à la troisième, et rencontrant ces injures à mon adresse, il a bien fallu rendre les armes à M 110 Mars. Elle était charmante en toute chose; mais, sitôt qu'une gloire nouvelle, un succès inattendu se mettait au devant de son soleil, elle ne se contenait plus: elle accusait, elle déclamait, elle s'irritait. Ces injures violentes à l'habitant de la rue de Vaugirard ont été, sans doute, écrites aux souvenirs ré-

cents de l'avènement de M 116 Rachel , des débuts de M 11 * Plessy (la poupée!), de l'apparition de M™ 1 Dorval dans Lucrèce, et (que sait-on?) de cette innocente Rose Chéri dans Clarisse Harlowe, où M lIe Mars avait échoué il y avait déjà si longtemps. Manet alta mente repostuvn.

Je ne me sens pas blessé de son injustice. Il faut la plaindre ; elle souffrait tous les supplices à mesure que Page avançait. Malheur à l'écrivain qui célébrait la matinée. Il devenait, à l'instant même, la béte noire de ce bel astre à son couchant.

Comme il est heureux cependant que je puisse à toute heure répondre à toutes ces questions !

« Où donc étiez-vous, Monsieur, il y a vingtsept ans, à pareil jour?

— J'étais chez moi, sans doute, au travail.

— Que disiez-vous de M Ue Mars à pareille heure?

— Ouvrez le feuilleton du Journal des Débats, vous le verrez. Pour aller plus vite, interrogez les six tomes de la Littérature dramatique. Le tome 1 1 appartient surtout à M lle Mars. Vivante, on ne peut trop l'admirer; morte, on ne saurait trop la pleurer. A chaque page , en ce gros livre , on rencontre une réponse aux mauvais propos de M ,le Mars. »

Mais vous-même, mon cher confrère, je vous en fais juge. Avez-vous cru, là, vraiment, un seul mot de ces violences , et connaissez-vous un homme indifférent plus que moi à la question d'argent? L'un des vôtres, M. Jules Claretie, affirmait naguère que je n'avais jamais compté l'humble salaire que m'apportent mes éditeurs. Le jour de mon grand procès (car tous les vingt ans ce procès se plaide et se gagne), au commencement des plaidoiries, Hetzel , le grand éditeur, dans sa justice, écrivait à M. le président : * On accuse Janin d'être intéressé... Il m'a renvoyé la moitié de ses honoraires pour un chapitre que je lui avais demandé. »

Et vous-même, cher confrère, à votre souvenance... Mais c'est une histoire que vous avez racontée à tout le monde et que je n'ai dite à personne... Un jour ou l'autre, vous retrouverez ce récit très-bien fait, que vous avez publié dans l'un de vos journaux.

Toujours est-il que, pendant que tout homme icibas se repose enfin, la tâche accomplie, sans crainte que l'on revienne, après quarante ans, l'avocat sur ses plaidoiries, le capitaine sur ses batailles, la coquette sur ses amours, il faut que l'écrivain, au premier ordre, arrive et s'explique. « Allons, pas de repos! Répondez à ces lettres mortuaires f expli-

quez-vous sur ces Mémoires d'outre-tombe! Et l'écrivain ne peut qu'obéir,, s'il tient à sa seule récompense : l'estime publique. »

J'ai interrompu, pour vous écrire, un nouveau livre intitulé : Grandeurs et misères de l'écrivain. Avec votre permission, j'y retourne. Hélas! je n'ai jamais été plus rempli de mon sujet !

Votre obéissant et tout dévoué.

A Madame la comtesse de Gasparin, au Rivage.

Les Rotoirs, 1 octobre 1867.

H ! que vous faites bien de m'envoyer ces belles choses! Je comptais peu sur Ce tome écrit d'un ton si discordant avec tout l'entourage, encore avais-je un certain espoir qu'il trouverait quatre ou cinq lecteurs à Paris. Le César a dit son néscio vos, et il n'a pas dépassé la frontière! Alors, pas un bruit, pas un écho, rien. J'attendais innocemment que mon rêve eût vu le jour* C'est donc vous qui venez la première et la seule, à travers les glaciers qui vous entourent, m 1 apporter la bonne nouvelle ! Soyez bénie !

Il est vrai que vous n'avez pas reçu du ciel le feu d'une grande âme pour ne pas vous en servir.

Nous sommes ici (au sommet d'un mont splendide!) depuis tantôt six semaines. Je suis seul, ou peu s'en faut, et je rêve à toutes sortes de compositions qui s'en vont presque aussitôt de mon cerveau lassé. Ma chère femme, avec son infatigable bonté, ne se lasse pas plus d'écrire que moi de rêver. Mous avons obtenu un petit conte assez étrange que j'ai résolu de dédier à ma puritaine, et je me suis efforcé, pour que mon récit ne fût pas indigne de vous être offert, de faire de ma Nérine une femme de votre croyance. Ah ! que je suis loin de l'idéal ! Quelle infidèle copie, et comme vous allez sourire en vous retrouvant dans cette esquisse où tout manque, esprit, éloquence et sympathie. On dirait d'une belle personne que Titien n'eût pas désavouée, reproduite à la détrempe par un barbouilleur de village. C'est dommage. On ferait une belle création avec le modèle, si rare et si charmant, que je porte en la chambre obscure de mon cerveau. C'est ma faute aussi, je n'ai pas lu le Livre ' que m'a donné ma puritaine. En vain il m'a suivi ; il est là sur ma

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