Ma jeune nièce. (Note de Madame de Gasparin
j'aurai l'honneur de tenir une plume, je m'en servirai pour l'honneur et la défense des vertus publiques : c'est mon droit et mon devoir, à condition toutefois que je resterai fidèle à la louange de la belle Hélène et... (voilez-vous la face!) à l'amitié de Lisette. O puritaine! on veut bien vous suivre, on n'ira jamais si loin que vous dans vos chastes sentiers. Cependant, je fais de mon mieux pour vous plaire et pour vous obéir. J'ai sous mes yeux le Livre 1 de la puritaine, et je le lirai jusqu'au bout... Mais que c'est difficile à lire, et parfois que c'est invraisemblable et féroce J ï Il y a des choses superbes, parmi beaucoup d'autres qui ne vont pas jusqu'à 'mon intelligence, et plus d'une fois, épouvanté, je reviens à mon Horace, à mon sieur Michel de Montaigne. Alors, que je suis à mon aise et content! que le doute a de charme! et quel repos à voir sourire agréablement nos deux endormeurs de la vie humaine !
z. M»« de Gasparin avait fait don à J. Janin d'un bel exemplaire des Saintes Écritures.
a. Ce mot a éveillé les scrupules de M»« de Gasparin. Elle demande si ces apparences d'incrédulité, a que notre ami eût désavouées pour peu qu'on l'eût poussé, doivent rester à l'état fixe, sans un mot pour expliquer, pour atténuer, pour montrer le croyant derrière le liseur de ces deux mélancoliques rieurs : Horace et Montaigne n.
a M" Janin — ajoute-t-elle — peut seule mettre un rayon à travers le nuage; elle seule en a le droit. »
En leur livre ingénu, pas de meurtre et pas de vengeance : un contentement intime, une joie alerte, un beau rêve.... Il faut me pardonner cet invincible penchant de mon esprit et de mon cœur.
Nous relisons en ce moment, ma femme et moi, le manuscrit de mon nouveau livre, intitulé:
Grandeurs et misères de l'écrivain 1 , et sitôt que nous aurons corrige et collationné toutes choses (il nous faut bien trois mois), ce long discours sera livré à l'imprimeur. Vous en aurez un bel exemplaire sur papier vélin^ quand vous devriez rire aux éclats, trop heureux si je trouve un peu de grâce à vos yeux pour tant et tant de questions brûlantes qui ne sauraient inquiéter un esprit ferme, absolu et croyant comme le vôtre, heureuse femme, aimable conseillère et grand écrivain!
Je réponds un peu tard à votre éloquente épître. Un mal qui répand la terreur, la goutte, et cet autre dont on ne s'inquiète guère, le rhume (on a tort), m'ont tenu par la patte droite et par le larynx.... Pas moyen d'écrire et pas moyen de dicter! J'en étais réduit à mimer mon discours comme un sourd-muet, et déjà je faisais mes pré-
i. Il ■ paru sous ce titre définitif : Le Livre.
paratifs pour devenir l'orateur du gouvernemem Madame et souveraine, en qui j'ai foi, je vou salue avec tous les respects de mon cœur !
A Madame la comtesse de Gasparin, au Rivage-
Passy, te 26 novembre 1867.
ue vous êtes bonne et combien je sui< honteux d'avoir chanté Lisette! OuW a « vous seule avez raison, vous marcha dans le droit sentier. Vous voyez clair. Moi, is suis déjà un vieux bonhomme, avec des résistances misérables, des années déclinantes, et quand on me dit : Vous êtes sage ! on me fait une louan^ en pleine ironie. Il faut donc se soumettre, * tant mieux si je reste en vos bonnes grâces : je ne saurais plus m'en passer.
Dieu merci, je suis jeune au travail; chaque jour amène sa peine (comme dit votre Livre]* tf pour ma récompense je vois grandir mon trais des Misères et grandeurs de l'écrivain. C'est un sujet superbe ; il touche à toutes les couronnes, a tous les échafauds. Cela s'écrit au feu des bûcher*. au bruit des chaînes, et dans le cri des suppU c€S * J
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Parfois cependant il se fait une éclaircie, et quelques fronts heureux se montrent radieux.
Ce qui m'inquiète en ce moment, c'est de savoir comment ce bel encrier, Pornementde mon toit domestique, contiendra tant de douleurs dans ses ornements rustiques. La source qui gazouille, l'oiseau qui chante, auront peur de ces plaintes et de ces larmes. Comme ils vont regretter la dame aux Horizons prochains, la voyageuse éloquente, et le chef d'une bande où tout est grâce, enjouement, sympathie, amour du pauvre, espoir, contentement d'un honnête et loyal esprit!
Ce bel encrier ne contenait que des élégies ; il n'entendra que des malédictions. Tout chantait et gazouillait dans ce fouillis charmant; tout va se lamenter désormais : la chauve-souris, de son aile abominable, heurtera ces mélodies et ces chansons. Soyez cependant la bien remerciée; il est arrivé à bon port, ce bocage où l'encre se cache, à la façon du serpent, sous les fleurs. J'y veux graver le nom poétique et sérieux de ma bienfaitrice, et ce beau nom le sauvera de l'oubli.
L'heure est sombre, et le mal arrive. Il me tient, je lui résiste; il ne saurait m'empécher de vous écrire. Ah l que c'est illisible en effet, mais vous avez l'intelligence du cœur.
Ma chère femme est là qui s'unit à moi pour
célébrer vos louanges. Elle et moi vous prie d'agréer nos obéissances parfaites et nos profoDc respects.
A M, Auguste Dufour, à Saint-Quentin.
Pissy, samedi 20 juin t&&
ertes, mon cher ami, j'écrirai lcfeuileton à propos de M me Edgar Quinei mais je l'écrirai surtout parce qu'elle ; bien parlé de votre digne frère, et parce que * trouve une excellente occasion de rendre tout* justice à cet homme éloquent et généreux.
J'ai passé ma vie à raconter les ouvrage d'Edgar Quinet, mon camarade... Il n'ajaiaa.' parlé de moi, et pourtant encore aujourdhnous courons la même fortune. Il y a bien toflf temps que notre camarade Théodose Burette, fait ce petit reproche à l'auteur -du Ju\f 'errât Mais enfin, à tout péché miséricorde.
Il y a d'ailleurs tant d'énergie, avec unsi^ sentiment de la nature, en ces Mémoires de texh que ma tâche sera bien facile.
Il faut cependant convenir qu'Edgar Q^ 1 aurait bien pu m'annoncer qu'il avait lu, <fa nSlJ Revue moderne un petit récit intitulé V Internet
vraiment j'ai donné le branle à ces questions du 2 décembre, dont les conséquences se manifestent si clairement aujourd'hui 1 .
Nous allons bien, nous travaillons beaucoup.
Nous vous disons, à tous, nos meilleures et nos plus sincères amitiés.
A M. Prisse, à Versailles. ~
Gaillon, 14 septembre 1868.
Cher maître,
l nous sera toujours bien agréable de recevoir des lettres d'un esprit et d'un ami tel que vous. Comme il est vrai que nous comptons les uns sur les autres, nous avons le droit de rester toute une année sans nous écrire, mais pas un jour de plus.
Vous voilà donc sous un beau ciel, sur une terre à peu près libre et, j'imagine, en quelque maison fraîche en été, tiède en hiver, vivant et
1. Cette véhémente protestation contre le coup d'État fut écrite dans les premiers temps de l'empire ; mais aucun libraire français ne voulut la publier. Il y eût, en janvier i856, des pourparlers avec Vlllustrated Londott News, qui n'Osa pas non plus publier V Interné.
régnant en sage au repos. — Certes je simu homme honoré d'être le plus ancien ami de ; brave homme éloquent entre tous, grand écrirai: vrai libéral. — Quinet est mon plus ancien co disciple, et sa gloire s'est doublée en son exil. - Peu de jours se passent sans que nous parlions d: ce héros; tout notre espoir est d'être inscrit quelque jour sur la liste honorable où son nom se:. gravé le premier. Mais quoi ! je n'aurais jam^ imaginé qu'il s'inquiétât d'un futile de mon espèce et me voilà tout confondu qu'il ait exprimé k désir de lire ce que je fais. — Il n'a jamais lu, qj^ je sache, un peu régulièrement le Journal des Débats. Or je suis tout entier dans le Jowmz des Débats, et non dans ces petits livres qui-' regrette et qui sont oubliés au bout de vingtquatre heures.
Toutefois je viens d'achever un gros livre en deux tomes in-octavo, et je les enverrai à mon vieux condisciple avec le seul travail dont je soi> content : la traduction d'Horace. La quatrième édition va paraître, et je l'enverrai à ces deui exilés, la femme et le mari, celle-ci qui vaUt celui-là.
Voulez-vous cependant que je vous donne un très-bon conseil ? Dans ce pays de Vaud oîi vou> êtes, au village d'Orbes, existe une femme adflii-
rable entre toutes, M"* de Gasparin. Frappez à sa porte, et vous la verrez, vous l'entendrez,! Je ne puis vous donner une meilleure preuve de mon amitié pour vous.
Ma femme et moi nous vous embrassons de tout notre cœur.
A Madame Ponsard.
Jeudi, 19 août 1869.
la bonne heure , et voilà une aimable femme qui sait bien ce qu'elle dit ! Elle a confiance aux gens qui l'aiment.
Pourquoi donc aussi ne vous aimerait-on pas?
Vous êtes la 'plus aimable et la plus honorable du monde; vous portez dignement un grand veuvage, et vous élevez un enfant qui sera le digne héritier d'un vrai poète. Aussi, sans compter toutes vos belles grâces et votre noble cœur, vous ne manquerez jamais d'amis; seulement, nous' espérons que vous n'en trouverez pas de meilleurs, de plus fidèles, de plus dévoués, que vos amis du chalet.
Nous sommes ici 1 encore pour un mois en pleine solitude, entre la verdure et le ciel, menant la même vie, un peu plus laborieuse, parce