Où demeure Mmc la comtesse du Tessé. (Meister
de Gennevilliers; et que n'a-t-on pas à redouter d'un prince si peu patriote? Mais vous savez que le roi dispose absolument des deux bacs d'Asnières el d'Ârgenteuil ; et si l'on place un cordon de troupes depuis Colombe jusqu'à la Seine, M. le duc d'Orléans se trouverait dans une disposition vraiment critique. Observez que. s'il s'avisait d'armer les gondoles de sa pièce d'eau, il suffirait de retenir, pour le compte du roi, les balelets de Saint-Gloud, et, pourvu que la galiote se tînt neutre, on présume que la victoire resterait aux troupes de Sa Majesté. D'après la sagesse de - dispositions, monsieur le duc, il ne paraît pas douteux que M. de Broglie ne prenne Sèvres, contre lequel on a déjà fait avancer des canons, et cette place une fois prise, on convient que Vaugirard ne saurait tenir longtemps; c'est comme Mézières et Charle ville, l'un tombe nécessairement avec l'autre. Je ne doute pas que vous ne soyez ravi de ce plan, et je suis bien sûr qu'il obtiendrait aussi l'approbation de M. le prince Henri et de M. le duc de Brunswick. Je suppose, comme on doit le penser de ces deux grands hommes, que la jalousie ne saurait égarer leur jugement. P. S. Je compte, monsieur le duc, publier le journal militaire de cette glorieuse campagne. 11 paraîtra tous les jours et servira de pendant à l'un des journaux de l'Assemblée nationale; ainsi le lecteur pourra, avec deux souscriptions seulement, voir marcher de front les opérations civiles et militaires ; il pourra voir et admirer la parfaite intelligence et l'heureux accord qui règne entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Ces deux monuments littéraires suffiraient seuls pour écrire l'histoire de cette grande époque, et l'emploi de notre digne historiographe, M. Moreau, sera, du moins pour cette année, aussi facile que lucratif. Voulez- vous bien, monsieur le duc, puisque vous vous trouvez en ce moment à Versailles, me donner des nouvelles de M. d'Éprémesnil, de M. de Cazalès, de M. Martin d'Auch \ et de M. l'abbé Maury? Ce sont les seuls députés des trois ordres qui intéressent M. le maréchal.
— Réponse aux Lettres sur le caractère et les ouvrages de J.-J. Rousseau, bagatelle que vingt libraires ont refusé d'im-
1. On sait que M. Martin d'Auch, députe de Castelnaudary, est le seul qui ait refusé d'adhérer au serment fait dans le jeu de paume. (Meister.)
primer (celui qui s'en est chargé n'est pas à s'en repentir) ; avec cette épigraphe tirée des Femmes savantes de Molière :
Non, les femmes docteurs ne sont point de mon goût. Je consens qu'une femme ait des clartés de tout; Mais je ne lui veux point la passion choquante De se rendre savante afin d'être savante.
Ce chef-d'œuvre est de M. le marquis de Champcenetz ; je ne vois même personne qui prétende en partager l'honneur avec lui ; il n'a pas toujours joui de ses succès avec la même tranquillité. Quel dommage que ce soit précisément de toutes ses productions la moins heureuse ! L'envie et la méchanceté même ont dédaigné de la lire. Quelque attrait que puisse avoir la satire, on ne lui pardonne pas d'être aussi mortellement ennuyeuse; l'auteur a essayé de discuter, et jamais discussion n'a paru à la fois si plate et si lourde.
— L'Homme d'Etat imaginaire;, comédie en cinq actes, en vers, par M. le chevalier de C... (c'est-à-dire de Cubières), des Académies de Lyon, Dijon, Marseille, Hesse-Cassel, etc., avec cette épigraphe tirée d'une Lettre de M. Cérutti à madame de*** : « Des hommes qui ne peuvent pas mettre de l'ordre dans une seule phrase s'imaginent qu'ils sont nés pour mettre de l'ordre dans un royaume. »
C'est une imitation du Potier d'étain politique, de Louis de Holberg. La scène de la pièce danoise est à Hambourg, celle de la pièce française est à Marseille ou à Bordeaux. jM. de Cubières a fait quelques changements plus ou moins heureux dans l'intrigue, dans les incidents, pour accommoder, comme il dit, la pièce à la française ; les détails lui appartiennent tout entiers, mais les caractères sont assez et trop fidèlement calqués sur ceux de Holberg. Si l'on trouve par-ci par-là quelques vers facilement écrits, le style n'en est pas moins en général très-faible et trèsnégligé. L'ensemble de la pièce nous a paru froid et sans effet.