Le 27 août
faisons parler sur nos théâtres l'esprit même qui va examiner nos lois, l'amour de l'ordre et de la liberté, etc. »
l'an mil sept cent quatre-vingt-neuf
par m. peltier, l 'auteur de Sauvez-vous ou sauvez-nous,
de la Trompelte du Jugement et du Coup d'Équinoœe1.
Ça, ma voisine, oyez un conte neuf, C'est celui d'une année en miracles féconde,
C'est le portrait de l'an quatre-vingt-neuf, Et c'est à la rebours l'histoire de ce monde.
Des lois sans règle, un despote sans frein,
Une peuplade esclave, infortunée,
De cent cachots le sombre souterrain,
Des grands sans mœurs, une cour effrénée,
Souillant le cœur de notre souverain ;
C'était l'horreur de notre destinée
Vers le printemps de cette triste année;
Et ce chaos, ce détestable enfer
Se peut vraiment nommer siècle de fer.
Au mois de juillet un nouveau feu s'allume, La liberté brille dans tous les cœurs, On voit couler le soufre et le bitume; Mille canons, mille foudres vengeurs En mille endroits font retentir l'enclume. Nous combattons, nous revenons vainqueurs. Le sang, la mort sont pour nous une fête; Nous faisons plus : sur le fer assassin De nos tyrans nous promenons la tête.
Dieux! quel été! c'est le siècle d'airain.
Mais cependant voici venir l'automne, Et de l'État le péril est urgent.
Tout est brisé, plus de lois, plus de trône, Il faut payer le major, le sergent; Pas un écu, la mort nous environne :
Pour l'éviter, il nous reste un agent, Necker le dit, voyez comme avec joie D'un cœur allègre et d'un pied diligent Chacun de nous se porte à la Monnoie.
Oui, cette automne est le siècle d'argent.
1. Trois pamphlets adressés à l'Assemblée nationale, remplis de raison, de violence, d'esprit et de mauvais goût. (Meister.)
SEPTEMBIŒ 17 89. 511
Ayant ainsi de la triste patrie Abondamment réparé le trésor, La liberté, cette âme de la vie, Va dans nos cœurs prendre un nouvel essor, La douce paix, depuis longtemps bannie, Dans nos foyers peut reparaître encor, Et de nos maux la source étant tarie, L'hiver prochain sera le siècle d'or.
EPITAPIIE DE H, LE PRÉSIDENT D'ORMESSON PAR Mln° LA MARQUISE DE LA FÉRONNIÈRE.
Pleurez ce magistrat éclairé, vertueux, (Jui servit à la fois Dieu, les lois et son maître, Et qui jamais n'a fait de malheureux Que le jour qu'il a cessé d'être.
— La séance publique de l'Académie française, le jour de la fête de la Saint-Louis, n'a été remarquable que par la réception de M. l'abbé Barthélémy, élu à la place de M. Beauzée. L'illustre récipiendaire, après avoir parlé de lui-même avec beaucoup de modestie, s'est borné à faire un grand éloge de son prédédécesseur qui, après avoir cultivé dans sa jeunesse les sciences exactes, s'est livré dans la suite à l'étude des langues anciennes et modernes, et s'y est distingué en effet par d'utiles travaux. On lui doit une nouvelle Grammaire générale, une traduction de Salluste assez estimée, une nouvelle édition fort augmentée des Synonymes de l'abbé Girard, et la plus grande partie des articles de grammaire de la nouvelle Encyclopédie. De l'éloge de M. Beauzée l'orateur a passé plus ou moins adroitement à celui de l'Académie française et de celle des inscriptions, des corps littéraires en général, des bienfaits de l'imprimerie, du siècle enfin où s'est levé un jour éternel dont l'éclat toujours plus vif pénétrera successivement dans tous les climats... « La France, ajoute-t-il, va sans doute se ressentir de cet heureux effet. Elle voit ses représentants rangés autour de ce trône d'où sont descendues des paroles de consolation qui n étaient jamais tombées de si haut (la singularité de cette phrase a été fort applaudie), et qui ont laissé dans les cœurs une impression profonde. Ils sont venus poser les fondements inébranlables de la félicité publique... » Outinam!
Si le discours de M. l'abbé Barthélémy n'a pas paru d'un grand effet, la réponse de M. le chevalier de Boufflers, chargé des fonctions de directeur de l'Académie, a fini par réunir tous les suffrages de la manière la plus éclatante. On a trouvé d'abord ce qu'il a dit à la suite de l'éloge de M. Beauzée, sur la métaphysique des langues, d'une discussion trop subtile, trop obscure, au moins trop longue pour un discours oratoire ; mais le morceau où il a peint la Grèce détruite par la main du temps, et tous ses monuments relevés, tous ses grands personnages ressuscites par le génie de M. l'abbé Barthélémy, a excité des applaudissements universels. Il est impossible de louer avec plus d'esprit, de grâce et d'imagination. Nous ne nous refuserons point au plaisir d'en transcrire au moins une partie.
« La Grèce, dit M. de Boufflers, est le pays qui atteste le moins ce que fut autrefois la Grèce ; le voyageur qu'une curiosité audacieuse a conduit loin de sa patrie vers ces rivages désolés n'y retrouve pas même la nature, et pour unique fruit de tant de fatigues et de dangers, il ne remporte qu'une grande leçon , c'est que pour les pays comme pour les peuples la liberté est un principe de vie et le despotisme un principe de mort... Mais quel autre Orphée, quelle voix harmonieuse a rappelé sur ces coteaux dépouillés les arbres majestueux qui les couronnaient, et rendu à ces lieux incultes l'ornement de leurs bocages frais, de leurs vertes prairies et de leurs ondoyantes moissons? Quels puissants accords ont de nouveau rassemblé les pierres éparses de ces murs autrefois bâtis par les dieux? Tous les édifices sont relevés sur leurs fondements, toutes les colonnes sur leurs bases, toutes les statues sur leurs piédestaux; chaque chose a repris sa forme, son lustre et sa place, et dans cette création récente, le plus aimable des peuples a retrouvé ses cités, ses demeures, ses lois, ses usages, ses intérêts, ses travaux, ses occupations et ses fêtes. C'est vous, monsieur, qui opérez tous ces prodiges ; vous parlez, aussitôt la nuit de vingt siècles fait place à une lumière soudaine et laisse éclore à nos yeux le magnifique spectacle de la Grèce entière au plus haut degré de son antique splendeur. Argos, Corinthe, Sparte, Athènes et mille autres villes disparues sont repeuplées. Vous nous montrez, vous nous ouvrez les temples, les théâtres, les gymnases, les académies,
les édifices publics, les maisons particulières, les réduits les plus intérieurs... et jamais les Grecs n'ont aussi bien conuu la Grèce, jamais ils ne se sont si bien connus entre eux que votre àn&rcharsis nous les a t'ait connaître, etc. »
Beaucoup d'auditeurs se sont permis de croire que dans tout l'ouvrage si délicieusement loué Ton aurait peut-être de la peine à trouver autant de poésie, autant d'imagination qu'il y en a dans ce seul morceau.
Après les deux discours, M. Marmontel a annoncé que M. de Fontanes avait remporté le prix de poésie, et qu'une Épître de M. l'abbé Noël sur le même sujet avait obtenu une mention honorable. Nous avons déjcà eu l'honneur de vous faire connaître la pièce couronnée que l'auteur a désiré de lire lui-même. On a remarqué, dans le Poème sur VEdit en faveur des non catholiques, les portraits de Bossuet et de Fénelon, surtout le dernier où se trouve ce vers charmant :
Son goût fut aussi pur que son âme était belle.
Mais ce qu'on a le plus applaudi, c'est l'éloge de ce ministre citoyen '
Que les complots des cours ont trois fois exilé, Et que le vœu public a trois fois rappelé.
Le prix d'éloquence, dont le sujet était Y Éloge de Vauban, a été réservé pour l'année prochaine, ainsi que celui fondé par l'abbé Raynal, et pour sujet duquel on avait proposé un Discours historique sur le caractère et la politique de Louis XL Le prix d'utilité a été accordé à M. Gudin de La Brenellerie pour son ouvrage sur les Comices de Rome, les états généraux de France et le Parlement d' Angleterre ; cette distinction pourra faire connaître l'ouvrage, assez ignoré jusqu'ici. Le prix d'encouragement a été donné à M. l'abbé Noël, et celui de vertu à une domestique du sieur Réveillon, qui est à son service depuis plus de quarante ans, et qui a déployé un courage surnaturel pour son sexe et pour son âge au milieu de l'horrible pillage de la maison de son maître dans la dernière émeute du faubourg Saint-Antoine.
Ce qui a étonné du moins quelques personnes, c'est d'en-