Necker
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tendre que le sujet du nouveau prix d'éloquence proposé par l'Académie pour l'année prochaine était Y Éloge de Jean-Jacques Rousseau. Qu'en diront les mânes de d'Alembert et de Voltaire? Mais on ne gagnera que six cents livres à louer Rousseau, et deux mille quatre cents à déchirer Louis XI.
— Examen politique et critique d'un ouvrage intitulé : Histoire secrète de la cour de Berlin, ou Correspondance d'un voya~ geur français, par Frédéric, baron de Trenck. Un volume in-8° avec cette épigraphe
Quid immerentes hospites vexas?
Cave, cave, namque in malos asperimus Parata tollo cornua.
(Horat., Epod. Od. VI.)
On croira difficilement que M. le baron de Trenck, si tant est que l'ouvrage soit de lui, ait trouvé la meilleure manière de répondre au fameux voyageur. Est-ce d'un examen politique et critique que Y Histoire secrète devait paraître susceptible ? En prenant ce parti, ne fallait-il pas éviter au moins les longueurs, les répétitions fastidieuses dont ce gros volume est rempli? Les injures viennent bien animer quelquefois la discussion, mais dans le genre de l'injure ne sait-on pas que depuis longtemps M. le comte de Mirabeau a laissé loin derrière lui tous ses rivaux et tous ses modèles? Voici cependant un échantillon des plaisanteries de M. de Trenck, qui a paru assez ferme, à propos des fausses prédictions du comte sur l'affaire de la Hollande : « Ne mériterait-il pas, dit-il, d'éprouver le sort du juif Michée? Tout le monde connaît l'aventure du prophète : il prédit la destruction de Jérusalem, un autre prophète lui donna un soufflet en lui disant : « Par quelle inspiration prophétises-tu ? »
Si l'on désire quelque autre exemple du style de M. le baron de Trenck, le voici. « Que vogue donc la galère prussienne ! Guillaume en sera toujours le capitaine, et tandis que le duc de Brunswick en sera le pilote, qu'Hertzberg observera la boussole, que Mollendorf, Calskreuter, le prince de Prusse, etc., seront ses lieutenants, elle saura toujours éviter les écueils, et l'aigle noir, toujours puissant et formidable, conservera en Europe sa réputation et sa gloire, etc. »
M. le baron, qui prétend savoir parfaitement le secret de tous les grands cabinets de l'Europe, ne blâme pas toujours le voyageur français, il trouve du moins qu'il raisonne fort juste sur ci1 qu'a fait la cour de Russie pour empiéter sur les droits du duché de Courtaude, en le traitant comme une province légitimement conquise. Je pourrais encore y ajouter, dit-il, quelques réflexions, mais je garde le silence. Je neveux pas prévenir les dispositions de la Prusse sur un article qui intéresse si fort son arrondissement el ses frontières; quand l'instant sera venu, on - convaincra que ce Guillaume (l'indolent, si lourd, si inactif au jugement de M. de Mirabeau) peut bien se reposer, mais non pas s'endormir sur les lauriers de son prédécesseur... Les projets du prince Potemkin, dit-il dans un autre endroit, annoncent des révolutions. C'est à ces révolutions que doit veiller la Prusse, afin de garantir ses Ktals, par la suite, des incursions des Kalmouks et des Tartares. »
Nous ne garantissons pas plus l'anecdote suivante que tout le reste, mais elle nous a paru cependant avoir un air de vérité :
« Pendant qu'on méditait en Prusse la vengeance de la prin-
se d'Orange, je quittai Berlin pour retourner à Vienne. L'empereur me parla des aiïaires de la Hollande : je vis facilement qu'il ne s'attendait à rien de sérieux de la part des Prussiens ; qu'il était persuadé qu'on agirait comme il avait agi lui-même dans la dispute sur la navigation de l'Escaut : je lui expliquai la situation des affaires, les projets conçus, les mesures prises pour l'exécution ; je l'assurai positivement qu'à tel jour préfixe le duc de Brunswick entrerait en Hollande, d'après les ordres qu'il en avait reçus et dont j'avais connaissance, qu'enfin sous huit jours les Prussiens seraient à Amsterdam. L'empereur éclata de rire, il se moqua de ma crédulité, me taxa de prévention pour la fermeté comme pour la rapidité des opérations prussiennes. Peu de jours après un courrier apporta à Vienne la nouvelle que le coup était frappé. Le souverain cessa de me questionner, etc.»
ÉPIGRAMME
SUR QUATRE PROCUREURS QUI PORTAIENT LE DAI A LA PROCESSION DE LA FÊTE-DIEU,