‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 145 sur 167 · PAR LE MÊME · texte numérisé non relu

PAR LE MÊME

Jour et nuit mes liens sont doux.

Vous me serrez et me tournez la tête.

Moi je vous serre les genoux :

En un si beau chemin faut-il que je m'arrête?

— Domine , salvum fac regem. Brochure in-8°, ayant pour épigraphe ces vers parodiés de Racine :

0 vous qui combattez pour un chef régicide, Examinez sa vie et songez qui vous guide. Un seul jour ne fait pas d'un lâche factieux Un patriote pur, un prince vertueux.

C'est encore, on l'assure du moins, et nous ne pouvons guère en douter, c'est encore une nouvelle production de la tête volcanique de M. Peltier1, jeune homme de Nantes, l'auteur de Sauvez-vous ou sauvez-nous, de la Trompette du Jugement ) du Coup d'Équinoxe, etc. Si par le temps qui court il y avait encore quelque chose qui pût paraître audacieux, ce serait sans contredit ce pamphlet; on y dit tout crûment qu'il y avait à la cour un

1. Plusieurs personnes m'ont affirmé que le véritable auteur du Domine salvum fac regem était non le fameux Peltier, mais feu M. de Bourgoing. M. Toustain Bichebourg, dans son ouvrage intitulé Famille de Toustain Frontebose, 1799 et 1802, 2 vol. in-8°, affirme que Suleau est l'auteur de ce pamphlet. (B.) — Depuis Barbier l'a mis sur le compte de Peltier. (Voir la dernière édition de son Dictionnaire des anonymes.)

parti pour faire aller le roi à Metz, et pour fomenter une cabale qui proclamât le duc d'Orléans lieutenant général du royaume, et Mirabeau, maire ou ministre de Paris; que les chefs du conseil secret étaient .M. de La Clos, officier d'artillerie, auteur d'un roman honteusement célèbre, nommé les Liaisons dangereuses, M. le comte de La Touche, Shée, secrétaire du prince, etc. On ajoute « qu'Agnès Buflbn, puissante législatrice du duc, était

l'âme de cette horrible intrigue qu'il avait fallu une grande

étude préliminaire pour agencer tout, et surtout une grande combinaison de choses pour faire sortir le duc d'Orléans de son

apathie, de son épicurisme, tranchons le mot, de sa jeanf

habituelle, mais que rien n'était impossible au séducteur de la présidente de Tourvel. » (Personnage du roman des Liaisons dangereuses.) On ne craint pas d'assurer que le départ de Son Altesse est le résultat d'une transaction faite entre les conjurés. « M. de La Fayette, dit l'auteur anonyme, connaissait le moral de l'homme, il se charge de la vengeance du roi, de la patrie.... Il mande sur-le-champ au duc qu'il lui conseille de sortir de la capitale avant trois jours, ou que sa vie est en danger: il fait mieux, il lui fait parvenir par tous les échos de Paris que, puisqu'il a voulu compromettre son existence, il lui offrira l'occasion de se satisfaire, et qu'il le flétrira d'un soufflet en quelque lieu qu'il le trouve, fût-ce dans l'antichambre du roi. La foudre n'a pas un elfet plus prompt que la menace du jeune général, ce lâche et vil conspirateur vient tomber aux pieds du trône qu'il voulait envahir, etc. » Nous ne nous permettrions pas de rapporter ici des inculpations aussi atroces, à beaucoup d'égards même si peu vraisemblables, si l'écrit qui les contient n'avait pas été répandu avec autant de profusion qu'aucune autre feuille du jour. Il est bon d'apprendre aux étrangers quelle est aujourd'hui l'étendue de ce bienfait si désiré par tous nos philosophes, par tous nos législateurs, la liberté indéfinie de la presse.

Le morceau le plus remarquable de ce singulier pamphlet, c'est celui où l'on a essayé de peindre le plus fameux de nos augustes représentants à l'Assemblée nationale; le voici :

« Peut-on s'empêcher de porter ici le regard de l'indignation sur ce composé monstrueux d'éloquence et d'intrigues, de talents et de vices, connaissant tous les principes sans en avoir

aucun ; interdit par les lois et les tribunaux ; faisant des lois et créant des tribunaux : méprisé partout et partout recherché; astucieux comme Ulysse, éloquent comme Hector, et lâche comme Thersite ; caméléon éternel, serpent vénéneux qui vous pique en vous pressant; cœur dès longtemps flétri, étranger aux douceurs de l'amitié, sourd aux accents de la nature, brûlot sulfureux au milieu d'une flotte égarée; vcrtébreux Minotaure de toutes les Pasiphaés; être mal conséquent qui n'a pas eu, dans cette circonstance, l'esprit d'être ou de paraître moral; ennemi né de tout ce qui méritait nos hommages; ami inestimé d'une mésestimable société de révolutionnaires étrangers qui voudraient violer la patrie qui les alimente, etc. »

M. de Mirabeau ayant appris qu'un libraire, Le Tellier, qui s'est permis de contrefaire ce vigoureux portrait, venait d'être arrêté, a eu la générosité d'écrire sur-le-champ une belle lettre au comité de police pour solliciter son élargissement ; le comité n'a pas eu plus d'égards pour ses sollicitations que M. le comte n'en désirait probablement. Le premier imprimeur de l'ouvrage n'étant point connu, l'auteur n'a pu être dénoncé légalement.

— Mémoires secrets de Robert, comte cle Parades, écrits par lui au sortir de la Bastille, pour servira l'histoire de la dernière guerre1. Un vol. in-8<\

M. de Parades, mort l'année dernière dans une habitation qu'il avait acquise à Saint-Domingue, prétendait descendre de la maison des Parades en Espagne. On croit qu'il était bâtard d'un comte de Parades, grand d'Espagne, mort au service de France. Ce qui paraît plus certain, c'est qu'il était fils d'un pâtissier de Phalsbourg.

Les Mémoires que nous avons l'honneur de vous annoncer ne contiennent qu'une justification assez mal écrite de la conduite qu'a tenue l'auteur, relativement aux différentes missions qui lui furent confiées. On y trouve l'état des services qu'il a rendus à la France, et celui de sa fortune ; il avoue que les béné-

1. Publiés par l'abbé Dupin, secrétaire interprète de Monsieur, frère do Louis XVI. Cette place ne demandant point de résidence, l'abbé Dupin s'était attaché d'une manière toute particulière au marquis de Créquy d'Hesmond. Il a fourni un grand nombre d'articles aux journaux royalistes des commencements de la révolution. Il est auteur du Résultai des Assemblées provinciales. Dupin mourut à Hesdin au mois de juillet ou d'août 1792, à l'âge d'environ trente ans. (B.)

fices qu'il fit pour son compte dans l'année 1778 se montèrent à 825,600 livres. S'il faut l'en croire, en 1779, Plymouth était vendu au ministère français, et rien n'eût été plus facile à M. d'Orvilliers que de s'en rendre maître sans coup férir. Il résulte de ces Mémoires justificatifs que toutes les intrigues lis— sues par M. de Parades, toute son habileté, toute sa prudence et deux ou trois millions qu'il fit dépenser au gouvernement, ne produisirent en effet aucun avantage à la France, mais il soutient que ce n'est pas sa faute. C'est donc celle des ministres qui l'employèrent. A la bonne heure !

On lit dans l'avertissement que c'est d'après la lecture de ces Mémoires que M. le maréchal de Castries, alors ministre de la marine, rendit la liberté au comte de Parades, et fit acquitter le reliquat de ses comptes.

— La Galerie des états généraux. Deux volumes in-8°, avec cette épigraphe :

Tros Rutulusve fuat, nullo discrimine habebo.

(Virg.)

C'est une suite de portraits ; et en conséquence de l'épigraphe, il n'y a que M. le comte de Mirabeau et deux ou trois de ses amis qui soient loués sans mesure ; presque tous les autres sont égratignés ou déchirés avec plus ou moins de haine et d'adresse. Il faut avouer cependant que, quoique écrit avec beaucoup d'inégalité, c'est l'ouvrage d'un homme de talent et d'esprit, d'un homme du monde qui connaît même en général assez bien toutes les personnes dont le caractère a pu tenter sa malignité. On l'a d'abord attribué à MM. de Champcenetz et de Rivarol, ensuite à M. le marquis de Luchet. Des gens mieux instruits ont cru y reconnaître la manière de M. Sénac de Meilhan, l'auteur des Mémoires de la Princesse palatine, des Considérations sur les mœurs, etc. l.

1. Barbier, dans son Dictionnaire des anonymes, attribue cet ouvrage à Rivarol. Mirabeau, Choderlos de La Calos et au marquis de Luchet. Il ajoute : « Cet ouvrage a été distingué de la foule des brochures qui ont paru en 1789 et 1790; les portraits qu'il contient sont en général tracés avec autant de talent que d'impartialité. Suivant l'auteur de la brochure intitulée le Comte de Mirabeau dévoilé, ouvrage posthume trouvé dans les papiers d'un de ses amis qui le connaissait bien, 1789, in-8", Rivarol aurait eu la plus grande part à cette galerie; Mirabeau

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