‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 146 sur 167 · SALON DE · texte numérisé non relu

SALON DE

Nous avons vu peu d'expositions de tableaux aussi belles, aussi riches que celle de cette année et il n'en est point sur laquelle il ait paru si peu de critiques ou raisonnables ou piquantes. Nous nous bornerons à l'indication des objets que nous avons jugés les plus dignes d'intéresser votre attention. On a enfin obtenu cette année que le salon fût éclairé d'en haut. Les avantages qui en résultent sont sensibles. Ils le seraient davantage encore si l'on eût employé tous les moyens qui pouvaient procurer une lumière plus également répandue ; le jour étant trop resserré, il jette sur plusieurs tableaux une espèce de crêpe qui en diminue l'effet.

L'Amour fuyant l'esclavage, par M. Vien. L'idée en est ingénieuse, Anacréon ne l'eût pas désavouée. Il y a de la grâce dans la composition, l'ensemble est d'une grande fraîcheur et l'effet harmonieux. La cage d'où s'est échappé l'Amour ressemble fort au modèle d'un temple ; est-ce un mérite ? est-ce un défaut? Quelque petit que soit l'Amour qui s'envole, ne paraît-il pas un peu lourd pour un dieu naturellement si léger ? Je suis tenté de préférer à ce premier tableau celui qui représente une Mère faisant porter par son fils et sa fille des offrandes sur l'autel de Minerve. Il y règne, ce me semble, une simplicité plus douce et plus touchante ; mais si le sujet me plaît davantage, je conviendrai que les détails en sont peut-être moins heureux. La jeune fille n'est pas aussi intéressante que son frère, elle n'a pas toute la grâce, toute la simplesse qui charment à cet âge. Le profil de la figure de la mère est un peu raide. On reconnaît toujours dans ces deux tableaux ce goût sage et pur qui n'appartient qu'à l'étude de l'antique.

n'aurait tracé que le portrait de Necker sous le nom de Narsès et le sien sous celui ù'Iramba; Rivarol se serait peint sous le nom de Cnéis. » — M. Poulet- Malassis, qui avait fait une étude attentive des écrits de Rivarol, s'inscrivait en faux contre cette collaboration, et ne reconnaissait pas davantage la manière ou les traits du pamphlétaire dans le portrait signalé par Barbier.

Alexandre consultant F 'oracle d Apollon, par M. de La Grenée l'ainé. On a remarqué avec raison que le premier défaut de ce tableau était de ne pas représenter convenablement le lieu de la scène. L'artiste a oublié que les prêtres anciens ne rendaient pas les oracles dans des lieux si éclairés. Le groupe principal est bien conçu, mais il y a de la sécheresse dans l'efiet général et de l'aridité dans la composition.

La continence de Scipion, par M. Brenet. Je ne sais ce qu'on peut trouver de louable dans ce tableau, mais ce n'est pas sûrement la sagesse de Scipion. Il n'y a pas une tête là qui puisse passer pour celle d'un héros; j'y reconnais encore moins la femme dont il peut y avoir eu quelque mérite à respecter la beauté.

Ce tableau est pourtant un chef-d'œuvre en comparaison de celui qui représente Henri II décorant du collier de son ordre le vicomte de Tavannes, tableau de 10 pieds, pour le roi. Rien de plus froid, rien de plus monotone et de pensée et de couleur ; il n'a d'autre mérite que l'exactitude des costumes.

Séance des états généraux de France, tenue éi Versailles le 5 mai 1789, esquisse d'un tableau de ïl\ pieds de haut sur 30 de large, destiné à être placé au château de Versailles, dans le salon d'Hercule, par M. Durameau. Ce n'est qu'une esquisse, mais une esquisse qui ne promet rien. Deux tableaux ovales représentant, l'une Jésus-Christ guérissant le paralytique, l'autre Jésus-Christ chassant les vendeurs du temple, ne sont guère mieux encore que de grandes esquisses dont le ton n'a aucune vérité et dont la composition rappelle ces principes factices trop longtemps suivis dans l'école française, mais dont heureusement nos jeunes artistes paraissent sentir aujourd'hui tout le ridicule. Le combat d'Antclle et de Darès, du même, ne présente que des figures sans forme et sans expression, amoncelées avec des animaux, des barricades, des montagnes et de la fumée.

Télémaque et Mentor jetés dans l'île de Calypso, par M. de La Grenée le jeune. Le moment est celui où tous deux retirés après la tempête dans la grotte de la nymphe, le jeune Télémaque paraît se complaire à considérer la beauté et la magnificence des habits que Calypso y a fait apporter et où Mentor lui reproche de s'y trop arrêter. Ce moment a peu d'intérêt ; la composition d'ailleurs en est sage, mais faiblement rendue, le ton un

peu trop noir. Il y a infiniment plus de mérite dans le tableau du même artiste, Achille reconnu par Ulysse au milieu de la cour de Ly corne de.

Le style en est soigné, le dessin correct, les têtes ont de l'expression et celle d'Ulysse est vraie ; le groupe des femmes a de la grâce, la figure d'Achille a un beau mouvement ; on lui reproche cependant de la lourdeur, surtout dans le bas. C'est le sentiment de M. Renou ', et toutes les fois que ses remarques seront d'accord avec les impressions que nous avons éprouvées, nous n'essayerons pas de les exprimer autrement que lui.

Zcu.vis choisissant pour modèles les plus belles filles de la ville de Crotone, par M. Vincent, pour le roi. Zeuxis, célèbre peintre grec, ayant été appelé chez les Crotoniates pour décorer le temple de Junon, leur proposa de faire un tableau représentant Hélène, dans lequel, pour peindre une femme parfaitement belle, il voulait porter son art jusqu'au plus haut degré de perfection. Les Crotoniates, sur sa demande, l'autorisèrent par un consentement public à choisir pour modèles les plus belles filles de leur ville. Zeuxis, ne pouvant trouver réunies dans la même personne toutes les perfections dont il voulait enrichir son ouvrage, fit choix de cinq jeunes filles dont la beauté fut chantée par les poètes de leur temps et devint d'autant plus célèbre qu'elle avait mérité la préférence de la part d'un juge regardé sur ce point comme infaillible.

La composition de ce tableau est agréable et riche, la couleur éclatante et cependant harmonieuse ; il n'est peut-être même aucun tableau de cette exposition qui d'abord attire et séduise plus tous les regards, et cette première illusion se trouve justifiée en effet par de grandes beautés, par un pinceau large et facile, par une distribution de masses et de lumière infiniment heureuse, par un beau choix de costumes. Mais le sujet est-il aussi bien conçu qu'il est bien exécuté? Je suis loin de blâmer tout le luxe qui caractérise et les vêtements de l'artiste et le lieu même de la scène ; on sait que Zeuxis, ayant acquis de grandes richesses, se plaisait à étaler le faste le plus imposant, qu'il

1. Peintre de feu S. M. le roi de Pologne et secrétaire de l'Académie royale de peinture. (Meister.) — Renou a donné, au Journal de Paris, un compte rendu de ce salon; voir 19 et 23 septembre, 7 octobre, 8 et 16 novembre : les articles de Meister n'en sont à peu de choses près que la paraphrase.

donna plusieurs do ses ouvrages, croyant qu'ils ne pouvaient être payés dignement et qu'il se montrait aux jeux olympiques avec un manteau sur lequel son nom était gravé en lettres d'or. Mais cette attitude si tranquille du principal personnage est-elle bien celle qui convenait le mieux à la situation ? Le Zeuxis assis avec tant de repos et dignité n'a-t-il pas plutôt l'air d'un juge que d'un artiste? Est-ce pour excuser le peu d'enthousiasme que je remarque dans L'expression de sa tête, d'ailleurs assez noble, qu'au lieu de belles Grecques ML Vincent ne nous a montre que de belles Françaises? La femme nue qui parait destinée à fixer le plus longtemps les yeux de son juge n'est-elle pas d'un ton trop également rougeàtre de la tète aux pieds? Elle semble, diton, frissonner de pudeur. L'effet- de cette expression pouvait-il être plus sensible et plus intéressant? Celle qui cherche à se dérober à la matrone qui la déshabille semble laisser échapper en même temps dans ses regards un désir de se montrer qui rend sa physionomie très-piquante ; mais serait-ce avec intention que celle qui ramasse ses habillements paraît un peu équivoque de dessin? En général ce tableau, quoique fait pour soutenir et même accroître la réputation de l'artiste, me paraît parler beaucoup plus aux yeux qu'à l'imagination. L'exécution en est infiniment soignée, infiniment brillante, mais il ne réveille pas, ce me semble, toutes les idées délicates, riantes et voluptueuses dont le sujet paraissait susceptible.

Les tableaux de M. Yernet ressemblent trop à ceux qu'on a si souvent loués pour ne pas mériter toujours les mêmes éloges. On a distingué cette année celui qui représente le Naufrage de Virginie à i 'Ile-de-France, sujet tiré du roman de Paul et Virginie de M. de Saint-Pierre. 11 intéresse au moins par le choix du sujet, par les idées qu'il rappelle, par le caractère neuf des objets qui le composent.

Les portraits de M. Roslin se font toujours remarquer par une touche fort simple et par une grande vérité.

C'est une extrême facilité qui caractérise les nombreux ouvrages de M. Robert. Celui qui représente un Temple circulaire, jadis dédié à Vénus et que l'on a restauré pour servir d'asile aux pigeons qui désertent leur colombier, joint encore au mérite d'une idée riante un ton de couleur ferme et vigoureux sans aucune dureté. 11 y a dans celui qui offre une suite a" anciens por-

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tiques ornés de statues et de fontaines un effet de perspective tout à fait surprenant. La Vue de la Bastille dans les premiers jours de sa démolition nous a paru sans effet.

Si les ouvrages de M. Roland de La Porte, qui sont plutôt des imitations que des tableaux, sont fort admirés de la multitude, les vrais connaisseurs n'y verront que le succès d'une extrême patience.

Pour juger de la distance infinie qu'il y a du genre des Heurs à celui de toutes les autres natures mortes, il suffit de se rappeler les tableaux de fleurs de Mme Vallayer-Coster et de M. Van Spaendonck. Quelle charmante composition, quelle couleur brillante, quelle douce harmonie dans celui de ce dernier qui représente un Vase garni de différentes fleurs et posé sur une table de marbre où se trouvent deux ananas et une corbeille garnie de différents fruits!

L'Été ou les fêtes de Cérês, par M. Gallet. (Pour le roi.) La composition et le ton en sont agréables, mais on remarque toujours avec peine une sorte de gêne dans le dessin.

La constance d'Elèazar, l'un des princes des scribes et des docteurs de la loi que le ministre d'Anîiochus veut contraindre de sacrifier aux idoles et qui préfère la mort au crime de manger de la chair défendue, par M. Berthellemy. (Pour le roi.) On y peut louer un certain large dans la composition, une grande facilité dans le dessin, de la netteté dans le plan et des masses bien conçues. La tête d'Eléazar est d'un assez beau caractère, mais à la manière dont il lève les yeux et les mains au ciel, peut-on deviner si c'est pour refuser ou pour bénir la chair qu'on lui présente? Le mouvement du soldat qui veut l'entraîner rend-il l'action plus claire ou plus équivoque?

Le combat naval qui a assuré la conquête de la Grenade, par M. Hue. L'effet général en est trop gris; la mer paraît lourde et sans profondeur. Dans le paysage représentant l'Ile de Chypre, du même peintre, on a cru remarquer une imitation trop affectée de Claude Lorrain. Le ton en est trop diaphane et les masses n'ont pas assez de solidité, mais on a trouvé les figures bien faites; ce sont des nymphes et des amours portant des offrandes au temple de Vénus placé sur une éminence. Le paysage des environs de Rome est d'une plus belle couleur que tous les autres tableaux de M. Hue ; l'effet en est vrai et harmonieux.

11 semble que le talent de M»» Le Brun acquière d'un salon à l'autre un nouveau degré de perfection. Ses portraits se distinguent toujours par le choix de l'ajustement, de l'attitude, de l'action la plus convenable aux personnages qu'ils représentent. Celui de M'"e lu duchesse d'Orléans est rempli de noblesse, de grâce et de bonté ; l'artiste a saisi l'expression la plus agréable de ses traits, elle l'a saisie avec tant de finesse et l'a exprimée avec tant de vérité qu'en se permettant d'embellir beaucoup son modèle, elle a su le rendre d'une ressemblance frappante. Le ton de ce tableau est clair et le dessin très-correct.

Le portrait du jeune prince Lubomirsky représentant l'Amour tenant une couronne de myrthe et de laurier, est en général parfaitement bien dessiné, la tète surtout est ravissante, mais je ne sais si la pose du corps ne laisse pas quelque chose à désirer et particulièrement celle du pied. Est-ce de l'épine du dos que devaient sortir les ailes de l'Amour? Ce n'est pas ainsi, du moins, que les a placées le Corrège. Ce que les peintres ont le plus admiré, ce me semble, dans ce tableau, c'est que, quoique lumineux, il présente une dégradation de couleurs admirable.

Le portrait du peintre Robert, rempli de vie et de vérité, est du ton le plus ferme et le plus vigoureux ; il prouve qu'avec tant de grâces, le pinceau de Mme Le Brun n'en a pas moins de force et d'énergie lorsque le sujet paraît l'exiger. Quelle est naïve et piquante la petite fille qui cherche dans un sac à ouvrage, ce qui ne l'empêche pas de songer à quelque autre amusement ! Aucun de ces tableaux ne paraît cependant réunir autant d'intérêt, autant de beautés que celui qui représente une mère 1 et son enfant qui s'embrassent mutuellement. Les deux tètes sont célestes et, comme M. Renou, je ne connais rien de plus enchanteur que le style et la couleur harmonieuse de ce tableau.

Les portraits des deux ambassadeurs de Typpo-Sultan Mahomet-Dervich-Kan et Mahomet-Osman-Kan n'ont guère d'autre mérite que celui d'une grande ressemblance ; on y trouve tout le repos des mœurs asiatiques.

Les ouvrages de Mme Guyard n'ont pas eu cette année le

1. C'était le portrait de Mmc Rousseau, femme de l'architecte, avec sa fille.

même succès que ceux de sa rivale. Il y a dans le portrait de M.™ Victoire des détails bien faits ; mais les critiques les plus indulgents lui reprochent un peu de crudité. Dans celui de Mme la duchesse de Parme elle paraît avoir cherché des effets de lumière dont elle n'a su tirer aucun parti vraiment agréable.

— Marie de Brabanl, tragédie en cinq actes, en vers, représentée pour la première fois au Théâtre-Français le mercredi 9 septembre, est de M. Imbert, l'auteur du Jugement de Paris, du Jaloux sans amour, etc.

Le sujet de cette pièce est puisé dans l'histoire de France; voici le fait tel qu'il est rapporté dans l'Abrégé du président Hénault : « Pierre de La Brosse, autrefois le barbier de saint Louis, devenu depuis le favori de Philippe le Hardi, craignant le trop grand attachement que le roi avait pour la reine Alarie sa femme, accuse cette princesse d'avoir empoisonné Louis, fils aîné de Philippe du premier lit. La calomnie est découverte par une religieuse ou béguine de Nivelle en Flandre, que l'on alla consulter. La Brosse est pendu. » (Année 1275 — 79.)

Les trois premiers actes de cette nouvelle tragédie ont été en général assez bien accueillis ; le quatrième a paru faible et vide d'action. Quelque satisfaisant que soit le dénoûment, on a trouvé les moyens qui l'amènent trop brusques, trop précipités. Le seul personnage de la pièce dont le caractère très odieux ait du moins une sorte d'énergie et de profondeur, c'est La Brosse; tous les autres sont si malheureusement imbéciles qu'on n'est guère disposé à s'intéresser beaucoup à leur malheur. La seule scène qui annonce quelque talent dramatique est celle du second acte entre Philippe et Alarie. Le style de AI. Imbert ne manque pas d'élégance et de noblesse, mais il a rarement la force et la couleur tragiques.

— Le 15 septembre, on a donné sur le théâtre de l'Académie royale de musique la première représentation de Démophon, tragédie lyrique, en trois actes. Les paroles sont de AI. Dériaux, l'auteur du poëme de la Toison d'or, la musique, d'un Allemand nommé Vogel. Ce jeune artiste, déjà connu par celle du premier opéra de AI. Dériaux, est mort avant d'avoir achevé entièrement celle-ci.

Le sujet du poëme est assez connu par l'opéra du célèbre Alétastase qui porte le môme titre, et par l'imitation qu'en a

donnée il y a quoique temps M. Marmontel sur ce même théâtre.

M. Dériaux a supprime avec raison les personnages épisodiques de Néade, second Gis de Démophon, et d'Ircile, princesse phrygienne : l'action y gagne plus de rapidité, et l'intérêt n'est plus partagé comme dans l'opéra de Métastase et dans celui île M. Marmontel: mais cet intérêt est encore assez faible, la supposition sur laquelle il est fonde paraît d'autant plus romanesque qu'on en ignore le motif. Des chœurs inutiles ou trop multipliés diminuent encore cet intérêt, en ralenti-saut trop souvent le mouvement de la scène. Quant au style, il est de la plus extrême négligence. La musique est un peu moins dépourvue de chant que celle de la Toison d'or, mais c'est un tissu de réminiscences dont nos progrès en musique nous ont appris à faire justice. Ce qui a été le plus vivement applaudi, c'est l'ouverture, on l'a fait répéter une ou deux fois ; le caractère en est imposant, et la facture nous en a paru même assez neuve.

— Raymond V, ou le Troubadour, comédie en cinq actes, en prose, de M. Sedaine, a été représenté pour la première fois au Théâtre-Français le 22 septembre.

Le sujet de cette pièce a paru piquant, du moins par sa singularité ; la conception en est ingénieuse, mais en même temps si dépourvue d'intérêt qu'il n'y a que la gaieté des détails et le charme d'une exécution brillante et soignée qui eussent pu en as.-!irer le succès.

Quelque original que soit le fond de l'ouvrage, on sent que ce qui lui manque essentiellement, c'est ce degré d'intérêt, d'importance du moins, qui paraît nécessaire pour attacher, durant cinq actc-s, l'attention et la curiosité des spectateurs. A force d'esprit on aurait pu y suppléer sans doute par des peintures d'une critique fine et maligne, par la variété des développements, par les saillies d'un dialogue vif et spirituel; mais ce sont là des ressources qui n'appartiennent guère au talent de M. Sedaine. On a bien reconnu, dans le rôle du grand référendaire, quelques traits de l'ancien garde des sceaux M. de Miroménil, dans celui du premier chambellan feu M. le maréchal de Duras, dans celui de l'intendant M. de La Ferté; mais, dans ce genre, ce qui pouvait être encore assez piquant il y a six mois est aujourd'hui sans effet. En un mot, l'on n'u trouvé dans cette comédie que

l'étofTe d'un proverbe, et l'on a jugé, non sans quelque justice, qu'un proverbe en cinq actes était beaucoup trop long.

M. Sedaine composa cette pièce pour se venger de la cabale qu'avait faite le maréchal de Duras pour empêcher la représentation de Paris sauvé. En 1777, il eut l'honneur de l'envoyer à Sa Majesté l'impératrice de Russie, qui daigna l'accepter et le récompenser avec sa magnificence accoutumée. Ce qui est plus curieux et plus comique peut-être que la pièce, c'est sa destinée ; cette comédie, qui roule tout entière sur une pièce qu'un prince souverain ne peut parvenir à faire jouer sur sonthéâtre, vit échouer aussi, dit-on, en sa faveur toute la puissance de Catherine II : l'homme de la cour chargé de la direction de ses spectacles crut y voir une satire personnelle contre lui, et la bonté de sa souveraine, pour ne pas l'affliger, finit par renoncer à en demander la représentation.

Ce qui n'a pas peu contribué sans doute au peu de succès que l'ouvrage a eu sur le théâtre de Paris, c'est la manière dont l'auteur en avait distribué les rôles ; à l'exception de celui de la comtesse de Boulogne joué par M"c Contât, il n'en est aucun qui ait été bien rendu, et celui qui l'a été le plus mal est le rôle le plus intéressant, celui du vieux Gavaudan, dans lequel le sieur Dazincourt nous a paru toujours hors du sens commun.

— Correspondance particulière et historique du maréchal duc de Richelieu en 1756, 1757 et 1758, avec M. Pâris-Duverney, conseiller d'État, suivie de Mémoires relatifs à l'expédition de Minorque, et précédée d'une Notice sur la vie du maréchal1. Deux volumes in-8°. Les lettres du maréchal sont si pitoyablement écrites qu'il n'est pas aisé d'en soutenir la lecture, mais il faut pourtant les consulter comme des matériaux d'histoire assez curieux. Le journal de l'expédition de Minorque occupe presque tout le second volume. Pour prouver que l'auteur de la notice historique ne peut être soupçonné d'avoir présenté son héros sous un aspect trop favorable, on ne citera que l'anecdote suivante ; elle pourra donner en même temps l'idée du style et du bon goût de notre panégyriste. « Il survint, dit-il, au maréchal une maladie de peau ; on lui conseilla d'appliquer sur les parties affectées des tranches de veau, ce qui fit dire aux

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