LA PETITE CHIENNE
fable, r.\R m. sIlis, l'auteur d'one traduction des Satires de perse.
« Quoi ! tout un jour je suis abandonnée (Disait un jour Favorite étonnée), Nul duc n'a demandé si je me portais bien! Nul ministre nouveau, nul ministre ancien,
Pour courtiser ma puissante maîtresse, Ne s'est extasié dans un long entretien Sur mes talents et sur ma gentillesse ! Aucun académicien Va fait des vers à mon adresse !
Je n'ai point aujourd'hui vu la moindre princesse, Et Bonneau ne m'a pas ici conduit de chien!... » Qu'avec raison elle était agitée!
Le matin même de ce jour Celle qui la mit à la cour, La Montespan l'avait quittée.
— Les Trois Noces, quoique représentées sur le Théâtre de la Nation le 23 et le 24 février avec le plus grand succès, n'ont pas tardé à être retirées du répertoire de ce théâtre, parce qu'il a été décidé dans le conseil intime de M. Mole et de Mlle Contât, qui n'y avaient point de rôles, que ce petit ouvrage était d'un genre tout à fait étranger à la Comédie-Française, et qu'en se permettant de jouer sur leur théâtre des opéras-comiques, ils n'oseraient plus trouver mauvais que les Italiens jouassent des pièces de Molière et de Racine. 11 est bien vrai que les Trois Aoces ne sont véritablement qu'un très-petit opéra-comique,
mais dont le sujet est tout à fait national, car les apprêts des trois noces villageoises dont il s'agit ne sont pour ainsi dire que le prétexte de la pièce; ces apprêts, qui remplissent la première scène d'un tableau digne de la palette riante de Boucher ou de Watteau, sont bientôt troublés par des brigands qui viennent incendier le château de la dame du lieu ; mais cette dame n'étant rien moins qu'aristocrate, on vole à son secours, et les gardes nationaux repoussent et dispersent la horde incendiaire. Dans ce moment même arrive de Paris la fille de madame la marquise, qui fait à sa mère le récit le plus touchant de l'arrivée du roi à l'Assemblée nationale. Le tout est terminé par un divertissement où le sieur Deshayes, premier maître des ballets du Théâtre de la Nation, a eu l'art de figurer le serment civique de la manière la plus solennelle et la plus ingénieuse.
Les paroles et la musique sont de M. Dezède1, qui réussit pour la seconde fois sur la scène française comme poëte et musicien. Le morceau de musique qui nous a paru le plus piquant est une assez longue ariette en prose que chante une mère à sa fille pour lui apprendre comment une femme adroite ne saurait manquer de gouverner son mari. Le rôle de cette mère a été parfaitement joué par Mlle Joly ; les autres ont été également bien rendus par Mmes Bellecour et Petit , Mllcs de Vienne , Lange, etc. M. Dazincourt a mis dans le rôle du bailli toute la gaieté dont son talent peut être susceptible.
— Le Bon Père, représenté pour la première fois au Théâtre- Italien le lundi 1er février, est imprimé depuis longtemps clans les œuvres de M. le chevalier de Florian. 11 y a dans cette pièce le même talent qui a fait réussir toutes celles qu'il nous a données dans le même genre; et si celle-ci a eu moins de succès que les autres, c'est sans doute à la manière dont a été joué le principal rôle qu'il faut s'en prendre; ce principal rôle n'est pas en effet d'une exécution bien facile. Nous devons, comme on sait, au génie créateur de M. de Florian, une nature d'Arlequin absolument nouvelle; il lui a prodigué toute la petite sensibilité de son âme, toutes les petites grâces de son esprit ; dans le Bon Père, il a essayé de lui donner encore un ton et des mœurs d'un style plus élevé. Arlequin est devenu riche, il vit à Paris