Le général Grimoard, dit Barbier dans ses Remarques
vous parûtes au ministère. » 11 accompagnait, ajoute-t-on, cette incartade d'un mouvemenl de bras très expressif.... Mais en voilà bien assez et beaucoup trop peut-être pour faire juger l'esprit dans lequel cet ouvrage a été rédigé.
— Intituler une comédie nouvelle le Philinte de Molière , ou la Suite du Misanthrope, c'est sans doute une assez grande témérité ; aussi la pièce que M. Fabre d'Églantine1 s'est permis de donner sous ce titre au théâtre même de Molière a-t-elle été reçue d'abord avec une sorte de défaveur, du moins avec beaucoup de sévérité. Le mérite réel de l'ouvrage n'a pas tardé cependant à se faire jour, malgré les torts qu'a pu lui donner cette première impression, malgré les défauts plus graves que la critique la plus indulgente n'a pu manquer d'apercevoir et dans le plan et surtout dans l'exécution.
Excepté Gélimène et les rôles épisodiques qui ne pouvaient entrer dans la nouvelle conception de M. Fabre d'Eglantine, on retrouve ici tous les personnages du Misanthrope, Philinte, Alceste, Eliante et jusqu'au fidèle Dubois; mais tous ces personnages se trouvent dans des situations fort différentes, leur caractère est changé à beaucoup d'égards, et, ce qu'on ne peut s'empêcher de regretter infiniment, c'est que leur style, leur langage n'est pas reconnaissable.
Si xVlceste est toujours misanthrope, il est encore plus humain, plus sensible, plus bienfaisant. Philinte n'est plus cet homme indulgent, mais sensé, qui, en convenant qu'iJ serait à désirer que tous les hommes fussent faits d'autre sorte, ajoute noblement :
Mais est-ce une raison que leur peu d'équité
Pour vouloir se tirer de leur société?
Tous ces défauts humains nous donnent dans la vie
Des moyens d'exercer notre puilosophie;
C'est le plus bel emploi que trouve la vertu;
Et si de probité tout était revêtu,
Si tous les cœurs étaient francs, justes et dociles,
1. M. Fabre d'Eglantine a débuté dans la carrière dramatique par une comédie donnée en 1787 au Théâtre-Italien, les Gens de lettres, ou le Poète provincial à J'aris; cet essai ne fut rien moins qu'heureux. On a vu de lui, la môme année, au Théâtre-Français, une tragédie intitulée Augusta, qui n'a guère eu que cinq ou îLy représentations. La Suite du Misanthrope a été représentée pour la première fois le lundi 22 février. (.Meister.)
La plupart des vertus nous seraient inutiles, Puisqu'on en met l'usage à pouvoir sans ennui Supporter dans nos droits l'injustice d'autrui.
Ce Philinte est devenu l'égoïste le plus dur, le plus odieux. Seraient-ils changés à ce point, l'un parce qu'il a vécu dans la solitude, l'autre parce qu'il s'est marié et que des vues d'ambition et de fortune l'occupent aujourd'hui tout entier?
Ce serait sans doute une peine fort inutile que d'appuyer sur l'invraisemblance de quelques incidents, sur les longueurs de plusieurs scènes, les défauts d'un style souvent obscur, lâche et embarrassé. Il n'est aucun de ces reproches que ne doive faire oublier le mérite d'une conception aussi dramatique, aussi heureuse que celle delà situation qui termine le troisième acte. Ce n'est ici ni le Philinte, ni l'Alceste de Molière ; mais si l'on n'apas su conserver à ces deux caractères autant de finesse, autant de profondeur que leur en avait donné le plus grand peintre de notre théâtre, il faut convenir au moins qu'on a eu le mérite de les présenter sous un point de vue plus important et plus moral. Le nouveau dessin tient peut-être un peu de la caricature, mais l'intention semble avoir été dirigée vers un but plus utile, et quelque imparfaite que soit à beaucoup d'égards l'exécution de ce drame, il prouve cependant tout à la fois dans son auteur du génie, de l'invention et une assez grande connaissance du théâtre.
M. Mole n'a jamais joué l'Alceste de Molière comme il a joué celui-ci ; l'ouvrage doit à ses talents une partie de son succès.
VERS