‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 68 sur 167 · MAI 17SS · texte numérisé non relu

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sienne de Dancourt. Soit que le fond de ces pièces soit fort peu intéressant par lui-même, soit que les détails qui ont fait le sucrés en Angleterre aient perdu dans la traduction ce qu'ils avaient de plus piquant, nous ne pensons pas que la peine que Mn,e de Vasse a prise de les traduire ajoute beaucoup en France à l'opinion que l'on avait du génie et dos talents de (iarrick. Mmc de Na-se est l'auteur de deux mauvais romans, l'un dédié à M. de Genlis, l'autre à M. île Thelusson.

Recherches historiques et politiques sur les Etats-Unis de l'Amérique septentrionale ) oh l'on traite des établissements des treize colonies, de leurs rapports, de leurs dissensions avec la Gr<indc-Bret</gin\ de leurs gouvernements avant et après la. révolution, par un citoyen de Virginie (c'est-à-dire par M. Mazzéi, qui, plusieurs années avant la guerre, fut s'établir dans un canton de cette province avec des paysans de Toscane que le grandduc lui avait permis d'emmener). Avec quatre lettres d'un bourgeois de New-Haven (c'est-à-dire de M. le marquis de Condorcet) sur Vunitè de la législation. Quatre volumes in-8°.

M. Mazzéi a écrit, dit-on, cet ouvrage en italien; c'est un avocat assez obscur de ce pays-ci qui l'a traduit en français. M. de Condorcet s'est chargé de revoir la traduction, d'en être l'éditeur, et d'en faire, dans le Mercure, le bel éloge qui pensa faire ôter au sieur Panckoucke le privilège de ce journal, parce qu'on y célébrait avec trop de complaisance tout ce que le citoyen de Virginie a osé dire en faveur de la liberté indéfinie de conscience établie dans cette province par la loi de 178/i, rédigée par M. Jefferson.

Le premier volume de ces recherches renferme une histoire abrégée de l'origine des colonies anglaises, avec un précis de la révolution, de la formation des différents gouvernements, et de la manière dont les pouvoirs y sont distribués, etc. La seconde partie est une réfutation très-sévère, quelquefois même assez brutale, de l'ouvrage de M. l'abbé de Mably sur les États-Unis;

mais c'est dans cette partie que l'on trouve un grand nombre d'anecdotes intéressantes : l'auteur les a rassemblées pour prouver que l'héroïsme et l'amour de la patrie peuvent obéir à une raison tranquille sans rien perdre de leur chaleur et de leur énergie.

Dans la troisième partie, l'auteur réfute ce que M. l'abbé Raynal a dit de l'Amérique dans son Histoire philosophique j il ne le traite pas avec plus d'égards que l'abbé de Mably, mais il parle des événements en homme qui les a vus, qui souvent même y a eu part.

11 a placé à la fin de la seconde partie les Lettres d'un bourgeois de New-Haveit. On y a remarqué une diatribe tout à fait curieuse contre l'injustice commise universellement envers les femmes, qui, dans aucune constitution appelée libre, n'ont exercé le droit de citoyennes. Après avoir établi que la raison exige absolument qu'on cesse d'exclure les femmes du droit de cité, le nouveau bourgeois maintient encore leur éligibilité aux fonctions publiques.

« La constitution des femmes, dit-il, les rend peu capablesd'aller à la guerre, et, pendant une partie de leur vie, doit les. écarter des places qui exigent un service journalier et un peu pénible. Les grossesses, les temps des couches et de l'allaitement les empêcheraient d'exercer ces fonctions ; mais je ne crois pas. qu'on puisse assigner à d'autres égards, entre elles et les hommes, aucune différence qui ne soit l'ouvrage de l'éducation. Quand même on admettrait que l'inégalité de force, soit de corps, soit d'esprit, serait la même qu'aujourd'hui (si elles avaient reçu une éducation conforme au nouvel ordre de choses) r il en résulterait seulement que les femmes du premier ordre seraient égales aux hommes du second, et supérieures à ceux du troisième, et ainsi de suite. On leur accorde tous les talents, hors celui d'inventer, c'est l'opinion de Voltaire, l'un des hommes qui ont été les plus justes envers elles et qui les ont le mieux connues. Mais d'abord, s'il ne fallait admettre aux places que les hommes capables d'inventer, il y en aurait beaucoup de vacantes, même dans les académies. [Qui le sait mieux que nous?] Il existe un grand nombre de fonctions dans lesquelles il n'est i pas même à désirer pour le public qu'on sacrifie le temps d'un homme de génie. D'ailleurs cette opinion me paraît très-incer-

taine. Si on compare le nombre des femmes qui ont reçu une éducation soignée el suivie à celui des hommes qui ont reçu le même avantage, ou qu'on examine le très-petit nombre d'hommes de génie qui se sont tonnes d'eux-mêmes, on verra que l'observation constante alléguée en faveur de cette opinion ne peut être regardée comme une preuve... D'ailleurs, est-il bien sûr qu'aucune femme n'ait montré du génie?... Tour ne parler ici que des Françaises, ne trouve-t-on pas le génie du style dans M"10 de Sévigné? ne citerait-on pas dans les romans de Mme de La Fayette et dans quelques autres plusieurs de ces traits de passion et de sensibilité qu'on appellerait des traits de génie dans un ouvrage dramatique?

Vajoutons que deux noms, Elisabeth et Catherine II; l'une reçut une éducation très-distinguée1, l'autre est son propre ouvrage, et ce n'est pas le seul trait de supériorité que lui reconnaisse aujourd'hui l'Europe sur la première. »

— Le mardi 29 avril, on a donné, sur le théâtre de l'Opéra, la première représentation d'Arvirc cl Évcliiui, tragédie lyrique en trois actes. Les paroles sont de M. Guillard, l'auteur d'Iphigênic, d'Œdipe à Colone, etc.; la musique, de Sacchini. Ce célèbre compositeur n'avait pas fini entièrement cet ouvrage lorsque la mort nous l'a ravi ; mais la protection particulière dont l'avait honoré la reine pendant sa vie s'est étendue encore au soin de sa gloire après lui; ayant désiré que sa dernière composition fût achevée, et le fût par un artiste digne de remplir cette tâche, Sa Majesté voulut bien ordonner elle-même au célèbre Piccini de finir ce qui restait à faire du troisième acte. Il reçut avec reconnaissance des ordres dont l'intention était si honorable pour l'art, pour l'artiste, le compatriote et le rival dont il venait de déplorer la perte d'une manière si intéressante dans l'excellent éloge qu'il en a fait dans le Journal de Paris. Ni les ordres de la reine, ni le vœu public, ni le zèle de Piccini, n'ont pu l'emporter cependant sur les réclamations et les remontrances de notre parlement lyrique; il a soutenu avec l'obstination la plus respectueuse que c'était une insulte faite aux musiciens français que de charger un Italien du soin d'achever l'ouvrage d'un compositeur italien ; en conséquence, le batteur de mesure

\. Voyez l'Histoire d'Angleterre de M. Hume. (Meister.)

de l'Opéra1 s'est emparé de l'ouvrage de Sacchini, en a mis en musique les trois dernières scènes, et M. Piccini s'est bien gardé de faire valoir ses titres; il sait trop ce que l'on risque en se brouillant avec l'Opéra, qui pendit en effigie, il y a trente ans, J.-J. Rousseau pour avoir dit du mal de la musique française, et qui ne lui a jamais pardonné, à lui Piccini, d'avoir osé le premier faire réussir en France la meilleure musique de l'Italie.

Le sujet d'Arcire et Êvélina est tiré de la tragédie anglaise de Caractacus, de M. William Mason, donnée à Londres en 1776. Caractacus fut un des rois qui gouvernaient l'Angleterre lors de la conquête des Romains; ce roi résista plusieurs années aux plus grands capitaines de l'empereur Claude ; il fut enfin vaincu par Ostorius, sa femme fut prise et emmenée captive à Rome, et Caractacus se sauva parmi les druides, dans l'île de Mona, où il échappa longtemps aux recherches du vainqueur; mais enfin il fut trahi par une reine de Rrigante ou de Lénox, secrètement alliée des Romains : Elfrida se servit de ses fils pour découvrir et livrer ce malheureux roi à ses ennemis. Ils le conduisirent à Rome, où sa fermeté lui concilia la bienveillance de l'empereur Claude, qui le combla de présents et le renvoya dans ses États. Cet extrait d'un avertissement que M. Guillard a mis en tête de son poëme nous a paru nécessaire pour jeter quelque jour sur une action dont on aurait, sans ce secours, beaucoup de peine à démêler l'exposition.

Le succès de cet ouvrage n'a point répondu à l'attente générale ; l'action en a paru froide. Il était difficile que ce fait historique pût intéresser sur le théâtre de l'Opéra, il paraît même presque impossible qu'une trahison, qui n'est pas produite et justifiée en quelque sorte par une grande passion, puisse intéresser sur aucun théâtre. Telle est cependant celle de Vellinus, qui, sans autre motif pour ainsi, dire que celui d'obéir aux ordres d'un général étranger, ne balance pas un instant à se prêter aux plus vils mensonges pour découvrir et livrer un vieillard malheureux aux ennemis de son pays. La vertu d'Irvin ne peut guère intéresser davantage, parce qu'on le voit y manquer, y revenir ensuite avec une facilité qui annonce trop un prince

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