‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 70 sur 167 · QUELQUES ANNÉES APRÈS, LUI REPROCHAIT EN PLAISANTANT · texte numérisé non relu

QUELQUES ANNÉES APRÈS, LUI REPROCHAIT EN PLAISANTANT

Ql'lL AVAIT L'AIR D'AVOIR PEUR D'ELLE.

Air de Calpigi.

Je ne puis m'en défendre, Aminthe,

J'éprouve une certaine crainte

En voyant votre air 'séducteur :

Oui, d'honneur, vous me faites peur, {bis.)

Vous avez une ressemblance

Avec une femme de France

Que j'aimai tant pour mon malheur.

Oui, d'honneur, vous me faites peur, (bis.)

Comme vous elle était jolie;

Je voulus, pour toute ma vie,

Lui bâtir un temple en mon cœur,

Mais cela même lui fit peur. (bis.)

Bientôt par maint et maint caprice,

Elle détruisit l'édifice,

Et ne me laissa que douleur.

Elle en fut quitte pour la peur. (bis.)

Il ne faut pas oublier de rappeler, pour l'intelligence de ce dernier couplet, qu'après une explication fort vive, cette femme lui dit un jour, avec autant de dépit que de naïveté : « Ne suis-je pas bien à plaindre? Il n'y a peut-être qu'un homme délicat dans le monde, il faut qu'il me tombe! »

— Considérations sur la guerre actuelle des Turcs, par M. Volney, l'auteur du nouveau Voyage en Syrie et en Egypte. Brochure in-8°, avec cette épigraphe : « Le temps présent est gros de l'avenir. »

L'auteur examine deux questions : la première, quelles seront les suites probables des démêlés des Russes et des Turcs? la seconde, quels sont les intérêts de la France, et quelle doit être sa conduite?

Dans la première partie de son examen, M. Volney observe que les relations de M. le comte de Choiseul pour la Grèce, l'Archipel et la côte d'Anatolie, celles du baron de Tott pour les environs de Gonstantinople, les siennes pour les provinces du Midi, offrent le même résultat ; que, par les observations de ces trois voyageurs, dont la connivence ne peut pas même être soupçonnée raisonnablement, il est démontré que l'empire turc n'a désormais aucun de ces moyens politiques qui assurent la consistance d'un État au dedans et sa puissance au dehors. « Ses provinces manquent à la fois de population, de culture, d'arts et de commerce, et, ce qui est plus menaçant pour un État despotique, l'on n'y voit ni forteresses, ni armées, ni art militaire... Sans population et sans culture, quel moyen de régénérer les finances et les armées? Sans troupes et sans forteresses, quel moyen de repousser les invasions, de réprimer les révoltes? Comment élever une puissance navale sans art et sans commerce? Comment enfin remédier à tant de maux sans lumières et sans connaissances?... Le sultan a de grands trésors; on peut les nier comme on les suppose, et, quels qu'ils soient, ils seront promptement dissipés... Il a de grands revenus. Oui, environ quatre-vingts millions de livres, difficiles à recouvrer; et comment en aurait-il davantage? Quand des provinces comme l'Egypte et la Syrie ne

rendenl que deux ou trois millions, que rendront des pays sauvages comme la Macédoine et l'Albanie, ravagés comme la Grèce, ou déserts comme Chypre et l'Anatolie?...On a retiré de grandes sommes d'Egypte. Il est vrai que le capitan-pacha a fait passer, il y a six mois, quelques mille bourses, et que, par capitulation avec Ismaël et Hasan-Beck, il a dû lever encore cinq mille bour- - - sur le Delta: mais quatre mille resteront pour réparer les dommages du pays, et l'avarice du capitan-pacha ne rendra peutêtre pas dix millions au kosné... Ainsi, tout s'accorde en dernier résultat à rendre plus sensible la faiblesse de l'empire turc, et plus instantes les inductions de sa ruine. Il est singulier qu'en ce moment le préjugé en soit accrédité dans tout l'empire; tous les musulmans sont persuadés que leur puissance et leur religion vont finir ; ils disent que les temps prédits sont venus, qu'ils doivent perdre leurs conquêtes, et retourner en Asie s'établir à Konié. Ces prophéties, fondées sur l'autorité de Mahomet même et de plusieurs santons, pourraient donner lieu à plusieurs observations intéressantes... Mais je me bornerai à remarquer qu'elles contribueront à l'événement en y préparant les esprits, et en ôtant aux peuples le courage de résister à ce qu'ils appellent l'immuable décret du sort. »

M. Yolney, après avoir tracé le tableau imposant de tous les accroissements de l'empire de Russie depuis quatre-vingts ans, compare plus particulièrement les forces militaires des deux empires, (c La plupart des soldats turcs, dit-il, n'ont jamais vu le feu; le grand nombre des soldats russes a fait plusieurs campagnes; l'infanterie turque est absolument nulle, l'infanterie russe est une des meilleures de l'Europe. La cavalerie turque est excellente, mais seulement pour l'escarmouche; la cavalerie russe, par sa tactique, conserve la supériorité. Les Turcs ont une attaque très-impétueuse, mais une fois rebutés, ils ne se rallient plus ; les Russes ont la défense plus opiniâtre, et conservent leur ordre dans leur défaite. Le soldat turc est ianatique, mais le Russe l'est aussi; l'officier russe est médiocre, mais l'officier turc est entièrement nul. Le grand vizir, général actuel, ci-devant marchand de riz en Egypte, élevé par le crédit du capitan-pacha, n'a jamais conduit d'armée; la plupart des généraux russes ont gagné des batailles... Le divan n'a que de la présomption et de la morgue ; depuis vingt ans le cabinet de Pétersbourg passe xv. M

pour l'un des plus déliés de l'Europe. Enfin les Russes font la guerre pour acquérir, les Turcs pour ne pas perdre; si ceux-ci sont vainqueurs, ils n'iront pas à Moscou; si ceux-là gagnent deux batailles, ils iront à Constantinople, et les Turcs seront chassés d'Europe... A ces idées de la puissance de la Russie l'on oppose que son gouvernement despotique, comme celui des Turcs, est encore plus mal affermi... Mais pour conquérir, il n'est pas même besoin d'esprit public, de lumières, ni de mœurs ; il suffit que les chefs soient intelligents et qu'ils aient une bonne armée... L'on s'étonne que les Russes n'aient pas fait de grands progrès clans la civilisation ; mais, à proprement parler, elle n'a commencé pour eux que depuis vingt-cinq années; jusque-là le gouvernement n'avait créé que des soldats, ce n'est que sous ce règne qu'il a produit des lois; et si ce n'est que par les lois qu'un pays se civilise, ce n'est que par le temps que les lois fructifient. Les révolutions morales des empires ne peuvent être subites...; et peut-être le caractère d'une bonne administration est-il moins de faire beaucoup que de (faire avec prudence et sûreté, etc. »

M. Volney termine son ouvrage par la discussion des différents projets conçus pour indemniser la France; il s'arrête essentiellement à celui de nous approprier l'Egypte, mais il y voit de grands et nombreux obstacles. D'abord il faudrait soutenir trois guerres, la première de la part des Turcs, la seconde de la part des Anglais, la troisième enfin de la part des naturels de l'Egypte, et celle-là, quoiqu'en apparence la moins redoutable, serait en effet la plus dangereuse... « Nos établissements dans l'Inde et les Antilles nous dévorent; que serait-ce du climat de l'Egypte?,.. Année commune, l'on pourrait compter sur l'extinction d'un tiers de l'armée, c'est-à-dire de huit à dix mille hommes, car, pour garder cette conquête, il faudrait au moins vingt-cinq mille hommes. »

VERS

adressés aux auteurs de V Almanach des Grands Hommes,

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