‹ Correspondance littéraire (volume 2)Chapitre 88 sur 167 · LA COURONNE, ÉPIGRAMME FAITE A LYON · texte numérisé non relu

LA COURONNE, ÉPIGRAMME FAITE A LYON

Larive obtint ici jadis une couronne; A Duval ' aujourd'hui tout le public la donne. Ce public est changeant, mais il s'y connaît bien, Il rend toujours hommage au plus grand comédien.

— Le mardi 1 L novembre, on a donné, sur le Théâtre-Italien, la première représentation des Dangers de V absence, ou le

1. A son passage à Lyon, H. Duval d'Éprémesnil a été reçu avec des empressements infinis. Lorsqu'on l'a vu paraître au spectacle, il y a été applaudi comme le serait un général d'armée après une victoire qui aurait sauvé le royaume. On a sur le théâtre des vers et une couronne de laurier. Le public a demandé que les vers fussent lus à l'assemblée; ils ont malheureusement paru fades et mauvais; cependant on a crié à l'auteur d'aller porter la couronne sur la tête de M. d'Éprémesnil. Le Caton de nos jours l'a déposée modestement sur la tête d'un M. Barroud qui était à côté de lui": ce M. Barroud a préféré l'honneur de l'exil à celui de présider un des grands bailliages de M. de Lamoignon. Trop modeste pour garder la couronne, il l'a posée respectueusement sur la tète de Mme d'Éprémesnil, ci-devant Mme Thiloricr, ci-devant la maîtresse de M. deClugny, etc. Cette suite de lazzis, leur chute imprévue, a refroidi l'enthousiasme public, et aux applaudissements se sont mêlés des éclats de rire assez indécents. « Ce qui doit immortaliser à jamais H. d'Éprémesnil, disait un de ses plus anciens confrères, c'est d'avoir si bien réussi à faire faire tour à tour la plus grande sottise possible au Parlement et à l'autorité. Ce sont de ces choses de génie qui ne se font pas mieux avec beaucoup d'esprit et de talent. » (Meister.)

Souper de famille, comédie en prose et en deux actes, de M. Pujoulx, de plusieurs sociétés littéraires.

Cette pièce, qui est plutôt un proverbe qu'une comédie, malgré beaucoup de scènes inutiles ou languissantes, a eu le succès qu'aura toujours la peinture de nos ridicules et de nos mœurs, lorsqu'on y reconnaîtra du naturel et de la vérité. Plusieurs détails ont paru bien sentis; le tableau du vieillard jouant à la bataille avec ses deux petits-enfants a quelque chose de doux et d'intéressant. Si le dénoûment ne fait pas plus d'effet, c'est qu'il est beaucoup plus attendu qu'il n'est heureusement préparé. Le caractère de M"10 de Florville a des nuances trop prononcées; on sent bien qu'elle ne peut décemment se dispenser de reconnaître à la fin l'erreur qui l'avait séduite, mais on n'en est pas plus touché de son repentir, et peut-être serait-on même assez excusable de n'y pas croire.

— Le samedi 15 novembre, les Comédiens français ont essayé de donner une représentation du Faux Noble, comédie en vers et en cinq actes, de M. de Chabanon.

Nous eûmes l'honneur de vous rendre compte de cette comédie lorsqu'elle parut imprimée dans les Œuvres de cet estimable académicien l; l'accueil qu'elle vient de recevoir au théâtre n'a que trop confirmé le jugement que nous en avions porté alors ; mais si la sévérité avec laquelle le parterre a traité le Faux Noble n'est pas absolument injuste, elle est au moins infiniment dure et cruelle : les murmures qui avaient commencé dès les premières scènes ont éclaté avec tant de violence à la fin du troisième acte qu'il n'a pas été possible d'achever la représentation. Ce sont moins quelques expressions triviales ou négligées, quelques détails de mauvais goût, qui ont occasionné cette chute effroyable, que l'espèce de langueur qui règne dans tout l'ouvrage ; les situations, comme les caractères, ont paru manquer de naturel et de mouvement; on sent partout l'effort de l'auteur, qui cherche des contrastes et se tourmente à faire marcher une intrigue qui n'en paraît pas moins immobile. Quelques scènes d'une intention assez comique n'ont produit aucun effet, tantôl parce qu'elles sont trop prolongées, tantôt parce qu'elles passent la mesure de l'exagération théâtrale. La vérité du co-

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