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et la réponse de la veuve Simoneau au président de l'Assemblée nationale, cette lettre que n'eût pas désavouée la mère des Gracques et par laquelle cette généreuse citoyenne refusa les dédommagements pécuniaires que le président de l'Assemblée nationale avait été chargé de lui offrir pour ses enfants. « Mes enfants, disait-elle dans cette lettre, mes enfants n'en ont pas besoin, je veux qu'ils héritent dans toute sa pureté du dévouement de leur père pour que, riches d'un bien qui ne peut périr, ils sachent mourir comme lui pour la patrie et pour la loi, sans autre récompense que celle d'avoir rempli leur devoir. »
Le département de Seine-et-Oise, dans lequel est située la ville d'Étampes, précédait le livre de la Loi placé sur un trône d'or élevé sur plusieurs gradins chargés de trophées et surmontés par une figure de Minerve en or ; au bas du trône était écrit : La loi seule commande à tous. Un détachement de sapeurs fermait la seconde division du cortège.
Un second corps de musir|ue précédait un autel sur lequel des enfants en habit de lin avec des ceintures tricolores jetaient de temps eu temps des parfums ; ils étaient entourés de femmes vêtues en blanc ponant des couronnes de fleurs sur leur tête et dans leurs mains des rameaux d'olivier *. Douze esclaves portaient la figure colossale de la Loi*. Cette figure assise, d'un caractère tout à la fois sévère et doux, avait un bras appuyé sur les tables de la Loi, de l'autre elle tenait un sceptre d'or. Le socle et les gradins qui supportaient son siège paraissaient soutenus par seize hommes drapés à l'antique.et armés de faisceaux.. On lisait autour du socle : Les hommes sont esclaves de la Loi. Ils étaient suivis par les ministres du roi, par la députation de l'Assemblée nationale. Des chœurs de musique chantaient des hymnes analogues à cette fête. Des corps nombreux de gardes nationales et de troupes de ligne fermaient ce cortège, dont la marche imposante par un ordre et un silence religieux caractérisait parfaitement l'objet de la fête et contrastait surtout avec le désordre qui signala celle qu'on avait donnée quelques mois au-
1. Qnel dommage qu'au lieu d'être de belles et jeunes citoyennes noblement Têtue», ce ne fussent la plupart que de lourdes poissardes et les sales Toinons de no« Taioqueurs de la Bastille! (Meister.)
2. Cette figure est de M. Roland, de rAcadémie royale de peinture et sculptore. (Id.)
lU CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.
paravant aux soldats de Châteauvieux sous le nom de Fête de la Liberté.
Ce cortège s'est rendu au champ de la Fédération parles boulevards, la place Louis XV et le pont de Louis XVL
Les soixante bataillons de la garde nationale, cinq régiments de troupes de ligne ou de chasseure, celui des gardes suisses, différentes brigades de gendarmerie à pied et à cheval entouraient dans un grand espace l'autel de la Patrie ; il était surmonté par un grand palmier auquel on a suspendu Técharpe de Simoneau. Son buste a été placé au-dessous, la statue de la Loi sur le dernier plan des marches de Tautel, environnée des différents tribunaux de justice. Plus bas et sur le second plan on avait disposé les différents emblèmes et toutes les enseignes qui avaient accompagné le cortège. Ce qui le composait d'ailleurs garnissait le troisième plan de cet autel qui, s'élevant au milieu et au-dessus des signes si variés qui l'entouraient, offrait comme un trophée majestueux élevé à la gloire de la Loi et de son généreux martyr. Le président de la députation de l'Assemblée nationale est monté à l'autel au son d'une musique imposante et lugubre; il a prononcé l'éloge de Simoneau assassiné par des furieux auxquels il disait : Vous pouvez me tuer, mais vous ne me ferez jamais manquer à la loi : « C'est ce dévouement véritablement civique que je couronne, a-t-il dit, au nom de la nation », en plaçant la couronne de chêne sur le buste de Simoneau. A l'instant les soixante drapeaux de la garde nationale placés aux quatre angles de l'autel se sont agités dans les airs, les cris de Vive la loi! ont été répétés d'une voix unanime et par les troupes présentant les armes et par une foule immense qui garnissait les amphithéâtres du champ de la Fédération. Ces cris ont redoublé loreque le président a embrassé les de«^x fils de Simoneau qui fondaient en larmes à ses pieds : « Oui, nous mourrons comme lui », disaientils en recevant l'un la couronne de son père, et l'autre la palme civique que le président leur a donnée. Ne pouvant retenir luimême ses larmes, il les a confondues avec celles que versaient ces enfants adoptifs de la patrie. La foule qui entourait l'autel a payé le même tribut à leur religieuse douleur. Le frère de leur père, mon ami depuis vingt-cinq ans, m'ayant aperçu dans ce moment, a couru vers moi pour m' entraîner auprès de ses neveux. « Embrassez-le, mes enfants, leur a-t-il dit, c'était l'ami de votre
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père, c'est M. Pitra, celui qui, le premier, a eu le courage de reprocher à la municipalité ses torts et de provoquer les honneursquevous et votrepère recevez aujourd'hui... » Je vousavoue, monsieur, que l'instant où ces enfants m'ont embrassé, où les spectateurs ont applaudi, a été le plus doux instant de ma vie. C'est ainsi que la mémoire de Sinioneau et la loi pour laquelle il est mort ont été honorées. C'est par de semblables cérémonies si bien faites pour en porter l'amour dans tous les cœurs qu'on pourrait en faire chérir l'observance et lui concilier cette espèce de culte religieux si nécessaire au maintien de sa force et de son autorité. Mais les factieux qui souillèrent notre révolution de tant de crimes ont corrompu par l'abus le plus coupable les signes mêmes à l'aide desquels il est si important d'attacher le peuple à ses devoirs, à son respect pour la loi et pour ceux qui sont chargés de la faire exécuter. Ils font plus que de prêcher la licence, 1 oubli des convenances morales et sociales, ils consacrent par des fêtes l'oubli, le mépris de toutes les conventions qui constituent l'organisation d'une société, et la fête de la Loi que je viens de vous décrire est loin de pouvoir réparer tout le mal qu'ils ont fait par la farce impie et scandaleuse qu'ils n'ont pas craint d'honorer du nom sacré de Fête de la Liberté.
— Si la foule de nouveautés dramatiques qu'on voit donner chaque jour sur nos mille et un théâtres est telle que nous D*avons pas même le temps de les apercevoir avant qu'elles aient disparu pour jamais, nous ne croyons pas devoir nous dispenser de parler tôt ou tard de celles dont un succès soutenu annonce au moins le mérite ou la faveur. De ce nombre est l'Amour filial ou les Deux Suisses^ opéra-comique en un acte représenté par^ les comédiens de la rue Feydeau, paroles de M. Demoustier, Fauteur (ÏAlcesle à la campagne, du Conciliateur^ etc., musique de M. Gaveaux, un des première acteurs de ce théâtre. Le fond du poëme est composé de deux idylles de Gessner, Myrtil et la Jambe de bois. L'auteur dit dans un des couplets qui terminent la pièce qu'il a voulu y mettre plus de sentiment que d'esprit, mais cela n'est pas tout à fait exact, car la prétendue naïveté de son style est trop souvent de la manière, ce qui ressemble encore plus à de l'esprit qu'à du sentiment. Cette espèce de tort a été moins remarqué du parterre que l'excès de complaisance XVI. 40
avec laquelle le père du jeune homme s'empresse d'encourager les désirs amoureux de son fils. Quoi qu'il en soit, l'ensemble de ce petit ouvrage offre un tableau de mœurs simples et touchantes que le public a très favorablement accueilli. La musique est analogue au sujet, d'un style agréable et facile.
Cadichoriy opéra-vaudeville en deux actes, représenté à ce même théâtre, n'a pas obtenu beaucoup moins de succès. Il est de M. Pujoulx, auteur de la petite comédie du Souper de famille. Gadichon est un jeune paysan qui craint de n'être pas aimé de sa maîtresse parce qu'il l'a vue faisant lire son contrat de mariage à l'amant de Lucette. Voulant savoir s'il est aimé pour lui-même, il s'adresse à deux bohémiennes qu'il prie de changer sa figure ; celles-ci lui promettent de le changer si bien qu'on ne le reconnaîtra pas, pourvu qu'il ne se regarde ni dans une fontaine, ni dans son miroir, sous peine de ne jamais recouvrer sa figure naturelle. L'imbécillité de Gadichon prête à plusieurs méprises assez bouffonnes. Après s'être amusé quelque temps de sa crédulité, on finit par lui avouer qu'on s'est moqué de lui; mais, guéri de sa jalousie, il obtient le pardon de sa maîtresse et l'épouse. Ce sujet, à quelque invraisemblance près, assez usé, a cependant réussi grâce à plusieurs jolis couplets. Il avait déjà été traité sur le théâtre de l'Opéra par M. Mayersous le titre de Damèteet Zulmis; il me semble que l'idée en a été prise dans un poëme allemand, et, si je ne me trompe, de Gellert.
— Mémoires du ministère du duc d'Aiguillon^ pair de France^ et de son commandement en Bretagne^ pour servir à l* histoire du régne de Louis XV et à celle du commencement du régne de Louis X VI ^ un volume in-8°.
L'éditeurde ces mémoires est encore l'abbé de Soulavie,et c'est probablement encore une des conquêtes que son patriotisme s'est permis de faire dans la bibliothèque du maréchal de Richelieu. Il parait, dit-on dans ses remarques inprimées à la fin du volume, il paraît que ces mémoires ont été adressés à quelque prince ou seigneur qui avait la confiance de la reine, et qu'ils étaient destinés à lui servir auprès de Sa Majesté de règle de conduite ou d'instruction. On ignore également le nom de l'auteur et celui de la personne à qui l'ouvrage est adressé, mais il est au moins fort naturel de penser que le duc d'Aiguillon y doit avoir eu lui-même plus ou moins de paît, lui seul ayant pu
communiquer la plus grande partie des notes qui s'y trouvent. Quoi qu il en soit, ces mémoires, écrits avec beaucoup de négligence, avec beaucoup de confusion, avec la partialité la plus marquée, n en sont pas moins fort curieux; on y reconnaît souvent un homme d esprit, et plus souvent encore un homme fort instruiten affaires, surtout de toutes les grandeset petites intrigues de la cour et du Parlement: ce sont les résultats d'un espionSL^ profond, d un espionnage suivi de tous les partis qui ont eu quelque mfluence sur les dernières années du règne de Louis XV et les commencements plus heureux du règne de Louis XVI Lanimosite de 1 auteur contre les Ghoiseul est extrême et suffirait seule pour démontrer que si l'ouvrage n'est pas de la main même du duc d'Aiguillon, il fut inspiré! moins^ltZ^ par son amour-propre, par ses préventions les plus intimes! Sans cendre d'avance des atrocités dont il ne donne pas mêrn^ le plus léger indice, il ose imputer au duc de Ghoiseul la mort du Dauphin, de la Dauphine et de la reine qu'il assure a^o r peri par le poison. «amc avoir
C^t contre une calomnie si peu vraisemblable que s'est élevé M. de La Harpe dans son Mercure, mais la manière don J a repoussé l'idée d'une pareille hoire'ur n'a pas sa fit ^ amis du mmistre dont il s'est chargé de wenlTwZTet sa p^tendue impartialité lui a y.t f: ZT',^ ^^Zi le Journal de Par s. Nous avons de bonni r2sonsTuHa
« Je n'ai, dit M. de La Harpe, aucun intérêt à défendre In ^i ^^^^^yeChoiseuUeraifortpeuconnu,ZTil^:^^^^ Pl-* en placera Qu'est-il besoin d'autre intérêt que celui dét vemé pour detrtiire une imputation calomnieuse? EstTné et saire qu un ecnvam impartial aitconnu les hommes dont ilparlt pour se croiœ obligé d'exammer les torts dont on les chargea
^urauTa^rriT'^' ^'""^^•«" générale suS tout autre qu à M. de La Harpe, mais le cas particulier dans lequel U se trouve paraît exiger une réponse particulière mb,t nu donc qu à supposer qu'il ne fût pas de son intérêt de rempHr son devoir, le sentiment des convenances aurait pu 'enZr à défendre la mémoire de M. de Choiseul, à ne pas dS quU.. lavaupas connu lorsqu'il était en place, eUserap^l
1er des détails dont il est bien extraordinaire qu'il ait totalement perdu ou dédaigné le souvenir.
« M. de La Harpe fit presser M. de Choiseul par plusieui's de ses amis d'entendre Mêlante ; le jour de la lecture fut désigné, j'y assistai, elle fut applaudie, M. de Choiseul donna à l'auteur les éloges qu'il méritait. M. de La Harpe crut ne pouvoir mieux y répondre qu'en confiant à M. de Choiseul son infortune et l'impossibilité où elle le mettait de faire les frais de l'impression de sa pièce. M. de Choiseul fit ce qu'il faisait dans de pareilles circonstances. Il existe encore des notes qui prouvent que ce ne fut pas la seule occasion où il eut l'avantage d'être utile à M. de La Harpe. Désirant même qu'il méritât par un ouvrage classique l'appui et le secours du gouvernement, il l'engagea à traduire Suétone. On lit à la tête de cette traduction une épître dédicatoire de M. de La Harpe à M. de Choiseul qui commence ainsi : (( La reconnaissance m'oblige à vous présenter cet ouvrage entrepris pour vous plaire.... »
« Il paraîtra peut-être assez difficile de concilier ce que M. de La Harpe imprime aujourd'hui avec ce qu'il imprimait pendant que M. de Choiseul était en place, et d'expliquer comment on n'a pas connu quelqu'un auquel on a témoigné publiquement sa reconnaissance.
« M. de La Harpe finit par remarquer qu*en approfondissant le caractère de M, de Choiseul d'après ses actions connues^ on trouvera quil ny avait rien en lui qui pût le faire croire capa-ble de grands crimes comme de grandes vertus.
« On ne sait comment on parviendrait à prouver qu'un homme qui avait le caractère élevé, tous les sentiments nobles, qui par sa franchise et sa fermeté avait rendu à la France sa dignité et lui avait procuré un grand ascendant sur les autres puissances, qui n'a jamais oublié un service, puni une injure, connu le malheur sans le soulager, on ne sait, dis-je, comment on prouverait qu'un tel homme était incapable de grandes vertus. Ce que l'on comprend encore moins, c'est que ce soit M. de La Harpe qui prononce ainsi, lui qui, du vivant de M. de Choiseul, avait fait son éloge et qui l'aurait fait imprimer dans la Galerie des hommes célèbres si la famille de M. de Choiseul, qui connaissait son aversion pour les louanges, ne s'y fût opposée et n'avait retenu le manuscrit. Gomment M. de La Harpe aurait-il
manqué de pudeur au point de prostituer son talent à louer un homme qu'il aurait cru incapable de grandes vertus?
« Je ne puis terminer ces observations sans remarquer qu'un des effets les plus sensibles de la Révolution est d'anéantir sans retour la mémoire d'un grand nombre d'individus. Les opinions qu'ils ont professées, les écrits qu'ils ont publiés, les liaisons qu'ils ont recherchées, les moyens dont ils se sont servis, les bienfaits qu'ils ont reçus, ils ont tout oublié. On croirait qu'ils n'ont pas échappé à cette maladie cruelle qui détruit à tel point la trace du passé, qu'on est obligé de rapprendre tout ce qui avait été enseigné dans les premiers jours de l'enfance. »
— Défense des Constitutions américaines^ ou De la Nécessité Sune balance dans les pouvoirs cCun gouvernement libre^ par M. John Adams, ci-devant ministre plénipotentiaire des États- Unis près la cour de Londres, et actuellement vice-président des États-Unis et président du Sénat. Deux volumes in-8°, avec cette épigraphe de Pope :
Ail naturels différence keeps ail naturels peace. L^oppositioa de toute la nature tient toute la nature en paix.
11 n'y a dans cet ouvrage aucune espèce de plan ni de méthode, mais des intentions infmiment respectables et des vues d'un grand sens. C'est une suite de lettres dans lesquelles l'auteur prouve encore plus par des autorités ou des faits historiques que par des raisonnements : l'» qu'il n'exista jamais et qu'il ne peut exister un gouvernement simplement démocratique, soit collectif, soit représentatif; 2® qu'un gouvernement formé de deux branches seulement ne fut jamais et ne peut être stable, parce qu'il arrive toujours, et souvent après un long enchaînement de troubles et de calamités, que l'une des branches parvient à renverser l'autre ; 3** que si jamais un État libre prospéra, ce ne fut que par l'effet de la balance établie entre les pouvoir^ de son gouvernement, c'est-à-dire par la concurrence de trois pouvoire dont l'un puisse dans l'occasion se joindre au plus faible contre le plus fort et maintenir l'équilibre.
M. Adams, pour démontrer la vérité de ces principes qui ne sont pas nouveaux, mais qu'on a trop oubliés sans doute, analyse avec plus ou moins de détail le gouvernement de toutes les républiques anciennes et modernes, petites et grandes, de Rome et
San Marino, de Bienne et de Zug, ainsi que de TAngleterre et de la Pologne. Il discute dans le même esprit les différentes opinions des plus célèbres publicistes depuis Zaleucus et Pythagore jusqu'aux docteurs Price et Franklin.
Dans la seconde partie du volume l'auteur examine : si la succession des pouvoirs n'est pas le moyen le plus sûr de détruire les factions, le meilleur remède contre les instigations de l'intérêt personnel ; si le peuple ne doit avoir qu'une part dans le gouvernement, ou si le chemin des emplois doit être ouvert à tous; si le peuple est seul intéressé au maintien de la liberté, s'il est moins adonné au luxe que les grands ; s'il existe de Tes prit public dans une démocratie, et si la minorité n'y est pas toujours opprimée ; si la forme démocratique est plus que toute autre conforaie à la raison, plus que toute autre favorable à l'égalité ; enfin si ce n'est pas l'espèce de gouvernement dans laqu^îlle la responsabilité des administrateurs est le moins praticable.
C'est par complaisance pour son libraire que M. de La Croix, auteur de l'ouvrage que nous avons eu l'honneur de vous annoncer sur les différentes constitutions de TEurope, paraît s'être chargé d'ajouter au livre de M. Adams quelques notes tendant à prévenir les impressions défavorables que son système pourrait inspirer contre la sublime infaillibilité de notre nouvelle Constitution. Il veut bien avouer que la Constitution des Américains est la plus sage de toutes celles qui ont été combinées pour des hommes dégagés de tout bien, mais il ajoute avec sa douceur et sa bonhomie accoutumées : «La nôtre sera peut-être un jour ce qui convient le mieux à la France. Pour prononcer affirmativement sur ce point il faut que le temps nous démontre la facilité du jeu de tous ses rouages, l'accord de tous ses mouvements et la régularité de son balancier. [Ce balancier, c'est apparemment ce pauvre diable de veto suspensif.] Alors si les Américains offrent d'un côté un beau modèle à toutes les républiques, les Français en montreront de l'autre un superbe à toutes les monarchies. » Ne voyez-vous pas aussi comme déjà toutes les puissances de l'Europe s'empressent de venir contempler de plus près une si rare merveille !
1. Constitutions des principaux États de P Europe et des États-Unis d'Amérique, Buisson, i79i>1802,6To].in-8^L'artiGledeMeisteryécrit sansdoate en 1791, ne nous est pas parvenu.
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— Almanach général des spectacles de Paris et de la province pour Tannée il 92^ contenant une notice exacte des spectacles de la capitale et des provinces^ les noms des directeurs, auteurs^ musiciens^ employés^ la critique impartiale de toutes les pièces jouées à Paris en 1794 ^ le nom des auteurs et compositeurs^ remplacement et la description des salleSy le prix des places; des anecdotes et des réflexions relatives à tous les spectacles en général et à chacun en particulier^ un tableau philoêophique de l'utilité générale et particulière de chaque théâtre^ de leurs succès relatifs, des obstacles qui peuvent s'opposer à leurs progrès^ etc.^ et généralement de tout ce qui contribue aux progrès de Fart dramatique en France. Ouvrage absolument nouveau dans ce genre j nécessaire à tous ceux qui ont des relations avec les théâtres, curieux pour tous les amateurs, et utile à tous les étrangers^ par une société de gens de lettres. Un volume in-12. Qu'ajouter après ce titre à tout le bien, à tout le mal qu'on peut penser de cet ouvrage? Nous ignorons à quelle société de gens de lettres le public en est redevable, mais il y a tout lieu de croire que personne n'y a plus travaillé que le cousin Jacques, M. Reigny de Beffroy, l'auteur des Lunes, de Nicodème, du Club des bonnes gens, etc *. Un des plus longs articles de l'almanach est employé à démontrer qu'aucune pièce n'a rapporté plus de profit au théâtre de la rue Feydeau que les trente premières représentations du Club des bonnes gens, et ce petit ouvrage mérite en effet tout le succès qu'il a obtenu, non-seulement par des tableaux remplis de naturel et de simplicité, mais encore par le bon esprit dans lequel il paraît avoir été fait, car iî ne respire que l'amour de l'ordre et la haine qu'on doit à toute faction, à tout esprit de parti. Cet almanach est d'ailleurs un monument assez curieux de la stérile abondance de toutes nos richesses dramatiques.
— Mélopée moderne, ou F Art du chant réduit en principes,, composé et dédié à M. Lenormant d'Étiolés, par M. Martini,, surintendant de la musique du roi, l'auteur de la musique de r Amoureux de quinze ans, de celle du Droit du Seigneur, etc., etc.
Cet ouvrage est divisé en deux parties ; la première traite de
1. Le catalogue Soleinne lui donne comme collaborateurs Etienne et Lebrun.
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la manière d'enseigner à chanter, de la voix, de la respiration, des différents accents de la voix et de tous les exercices qu'il faut pratiquer pour la travailler. La seconde contient des exercices ou sonates de voix faites dans l'intention d'accoutumer les élèves à concevoir, à retenir une longue diction musicale et de leur apprendre à résumer la partie chantante avec la partie harmonique. Les accompagnements de tous les exercices sont écrits à trois parties, et celte section harmonique, la moins connue en France, est, dit-on, la plus élégante et la plus instructive.
Nous ne pouvons juger cette production que sur parole, mais les artistes faits pour l'apprécier la regardent comme un des meilleurs ouvrages élémentaires qui aient encore paru sur l'art du chant; la méthode de l'auteur est claire et précise, ses exemples sont bien choisis, bien conçus et bien gradués.
— Les ÉmigranteSj ou la Folie à la mode, par M'"* ***. Un volume in-8° avec cette épigraphe : Les plus courtes folies ont leur danger^.
Des femmes lasses de conversations politiques prennent tout à coup le parti d'émigrer, mais en attendant l'exécution de ce beau projet, chacune s'engage à raconter son histoire. Une d'entre elles, Phémise, a un frère plus jeune qu'elle de deux ans et qui n'a point encore paru dans le monde ; c'est par lui qu'elle s'avise d« se faire remplacer en le présentant à ses compagnes sous des habits de fille. Le jeune homme, d'une figure charmante, habillé en femme et prenant de sou mieux le maintien d'une demoiselle, ne manque pas d'être admis avec beaucoup d'empressement ; il plaît à toutes nos voyageuses, mais c'est surtout auprès d'une jeune Anglaise, miss Fanny, qu'il cherche à réussir, et ses soins, après l'avoir vivement intéressée, finissent par obtenir la plus douce des récompenses, car il devient son époux. Voilà le cadre où l'auteur a fait entrer une douzaine de petites historiettes dont le fond, sans être ni très-neuf ni trèsingénieux, a pourtant plus ou moins d'agrément et de variété. C'est, dit-on, l'ouvrage d'une femme.
— Après beaucoup de débats, d'intrigues, de sollicitations, de conseils, d'incertitudes, c'est au nouveau théâtre du Marais que M. de Beau marchais s'est déterminé à donner sa Mûre coupable y
1. Nous n*aYons pu voir un exemplaire de ce livre dont Tauteur nous est inconnu.
OH r Autre Tartufe^ et le jour au moins de la première représentation (le mardi 26 juin), il a eu sans doute toutes les raisons du monde de s'en repentir, car jamais pièce nouvelle ne fut plus mal accueillie et surtout plus mal jouée-, mais ce n'est pas sur cette première impression que nous nous permettrons de juger l'ouvrage.
La marche des premiers actes est longue et lente, quoiqu'habilement tissue. Le quatrième acte est d'un trop grand effet pour que le cinquième, qui est un complément nécessaire de toute l'action, ne paraisse pas un peu languissant. Le style a les défauts la négligence et la singularité qui caractérisent la manière de l'auteur, mais souvent aussi de la chaleur, de l'énergie, des expressions heureuses et piquantes. Quand je me rappelle l'impression différente que m'ont faite les détails de cette pièce à la lecture que j'en avais entendu faire à l'auteur, et à la représentation, je suis tenté de croire que le charme très remarquable du son de voix de M. de Beaumarchais a contribué beaucoup à lui faire illusion sur le mauvais goût d'un grand nombre de ses expressions, car il est certain que ces expressions, qui lui sont trop familières, n'ont presque plus rien qui vous surprenne et vous blef^se avec sa manière de s'en servir et de les prononcer. 11 ne faut pas oublier d'ailleure que Figaro, si connu depuis longtemps, s'est acquis le droit de faire supporter la bizarrerie de son caractère et de son langage.
A l'exception du rôle du comte Almaviva dont le sieur Baptiste a tiré tout le parti possible *, la pièce, fort mal jouée le premier jour, l'a été moins à la troisième et à la quatrième représentation ; mais le succès de cet ouvrage qui, donné au Théâtre-Français, eut sans doute infiniment mieux réussi, n'aurait pourtant jamais égalé celui du Mariage de Figaro^ non-seulement à cause des circonstances qui ne sont plus les mômes, mais encore parce que la Mère coupable^ quoique l'objet en soit plus moral, la conception plus forte et plus élevée, quelques situations plus hardies et plus intéressantes, n'offre ni le mémo mouvement de scènes ni la même variété de tons.
1. MM. d*Hc>'lli et deMarcBCOt, dans leur excellente édition du théâtre de Beaumarchais, disent que les interprètes de la Mère coupable n*ont laissé nulle part, trace de leurs noms; Yoici la preuve du contraire pour le principal rôle. Le pot' jNmrri publié ici n*a, que nous sachions, jamais été cité.
Le dénoûment de ce drame si sérieux, si terrible n'en a pas moins rappelé le- joli conte de M. de La Condamine.
Alain disait : a Ma femme, écoute-moi : Je t'avouerai qu'avant d'être à toi, Bien jeune encore, je fis une folie :
J*eus une fille ; elle est, ma foi, jolie. Prends-la chez nous, faute de nourrisson ; Je veux de toi qu'elle prenne leçon.
Tu l'aimeras, car elle te ressemble.
— Et moi j'ai fait, dit-elle, un gros garçon ; Il nous faudra les marier ensemble, i