Pièce inconnue aux bibliographes
pour gendre un jeune fat nommé Yorbel. Celui-ci n'a jamais vu Sophie, il arrive le jour même et doit Tépouser le lendemain. Pour déranger ce brusque mariage, Mercourt imagine de se déguiser en militaire et de se présenter au château sous le nom de Ducastel, ancien camarade de M. Duflos. Celui-ci le reçoit fort bien et ne manque pas de l'entretenir très longuement de leurs exploits guerriers. M"* Duflos et son jardinier s'endorment à ces contes rebattus. Mercourt profite de ce moment pour fuir avec Sophie, à l'aide de Dupré» valet adroit qui s'était emparé des defs de la grille du château. Pendant que le vieux aveugle raconte toujours sans être écouté , Vorbel aiTive ; il réveille M"* Duflos. Celle-ci cherche des yeux sa fille et ne l'aperçoit pas; elle apprend bientôt qu'elle est montée avec Mercourt dans une voiture précédée de Dupré à cheval. Le père et la mère crient au rapt, à l'enlèvement. Yorbel trouve fort singulier qu'on lui ait fait abandonner les plus jolies femmes de Paris pour venir épouser une fille qui prend la fuite avant de l'avoir vu. Toute la maison se met en campagne pour aller à la recherche de Julie.
Acte second. — Le théâtre représente une auberge. Le maître de cette auberge tient la poste aux chevaux; ils sont tous en course, excepté quatre qu'Usera obligé de conduire lui-même s'il arrive des voyageurs. Un valet français, que milord et milady Spleen ont pris à Paris pour leur servir d'interprète et de courrier jusqu'à Calais, vient leur retenir des chevaux et à souper; il ne tarde pas à repartir pour leur prépai*er un autre relais. Mercourt, Sophie et Dupré arrivent, se disent Anglais, mangent le souper et partent aussitôt. A peine se sont-ils éloignés, conduits par le maître de poste lui-niême, que les véritables Anglais arrivent. Surprise, fureur de milord dont on a pris les chevaux et mangé le souper. Milady apprend en fort mauvais français aux spectateurs qu'elle a pressé son mari de quitter Paris pour éviter les suites d'une affaire d'honneur avec Vorbel qu'il a surpris plusieurs fois chez elle lui oflrant des vœux très empressés ; il s'est battu avec lui et croit l'avoh* tué. Quoi qu'il en soit, ne trouvant ni chevaux ni vivres, ces étrangers vont se coucher de fort mauvaise humeur. M"' Duflos et Vorbel anîvent, ils s'informent de Sophie et de Mercourt. L'hôtesse, soupçonnant que milord et son épouse pourraient bien être les fugitifs que l'on cherche, va questionner milady Spleen. Celle-ci, eflrayée, ne doute
pas qu'on ne poursuive son mari pour le meurtre qu'il a commis, lorsqu'elle voit paraître Vorbel qu'elle croyait mort en duel. Cet étourdi lui débite des fadeurs qu'interrompt bientôt la présence de milord. Jiifin M. et M"* Duflos se remettent à la poursuite de leur fille, et sont accompagnés par les deux Anglais qui suivent la même route qu'eux.
Acte troisième. — Le théâtre représente un simple relais de poste. Les deux amants profitent encore des chevaux préparés pour milord et milady Spleen. Nouvelle colère de milord. M™* Duflos trouve heureusement de vieilles gazettes qui l'occupent pendant que son mari excite une vive dispute entre lui et M. Spleen en parlant désavantageusement des Anglais dans le récit qu'il fait de la bataille de Fontenoy. Cette altercation finit à l'arrivée de Mercourt et Sophie ; ils ont été attaqués par des voleurs et forcés de revenir à la poste. Le rusé Dupré tire nos jeunes gens d'embarras en disant à M. et à M"* Duflos qu'un faux Ducastel, chef des brigands de la forêt, avait enlevé Sophie à qui Mercourt a sauvé l'honneur et la vie en l'arrachant à ce lâche ravisseur qu'il a tué. Le père et la mère donnent leur fille à son prétendu libérateur et renvoient le fat Vorbel rejoindre à Paris la foule des femmes désolées de son absence.
Ce chaimant imbroglio, auquel le jeu des acteurs et surtout le rôle original des deux Anglais donnent une gaieté très-rare aujourd'hui sur nos théâtres, ne doit pas être jugé avec toute la sévérité de l'art. Il est si doux de pouvoir rire au spectacle, qu'on aurait mauvaise grâce de bouder contre le plaisir quand il se présente avec une intention si louable. Cette folie est terminée par des couplets fort agréables ; on a fait répéter ce dernier dans lequel l'auteur paraît vouloir prévenir le principal reproche que l'on pourrait faire à son ouvrage :
Je vois un critique sévère Sur cet ouvrage prendre feu.
€ Aux règles la pièce est contraire; Où donc est Tunité du lieu? »
Un argument de cette espèce Ne me paraît pas bien malin.
On court deux postes dans la pièce ; Est-ce faire trop de chemin ?
— * Le mercredi 20 février, on a donné sur le théâtre ci-
devant Italien, aujourd'hui le Théâtre-Comique national, car à présent nos théâtres changent de nom comme nos grands hommes, la première représentation du Déserteur de la montagne de Haniy anecdote historique mêlée d'ariettes. Les paroles sont de M. Dejaui-e, ia musique est de M. Kreutzer *.
On fait historique, cité dans une lettre du général Beurnonville du 16 décembre deniier, a fourni le sujet de ce petit drame.
La scène représente les bas de la montagne de Ham couverts de neige. On y voit une auberge. Trinckman, l'aubergiste, visité tour à tour par les Français et par les Allemands, s'est avisé d'avoir deux enseignes pour plaire à ces diiférents hôtes. L'une porte : La Liberté^ malgré les envieux, nous rendra tous heu-reux^ celle-ci est pour les patriotes ; l'autre a po ur inscription : A la Boite de Bender-^ celle-là est pour les coalisés. La première de ces enseignes pend à l'auberge. Des volontaires occupent le pied de la montagne ; ils vont boire et chanter au cabaret. L'un d'eux, Belamour, en voulant empêcher un de ses camarades ivre de maltraiter une femme, a manqué l'heure de son sei*vice. Humilié par son capitaine qui l'accuse de lâcheté, il déserte et passe dans le camp autrichien, situé sur le haut de la montagne. Cependant une colonne de douze cents Français arrive pour attaquer l'ennemi; elle s'est engagée dans des défilés très périlleux, lorsque Belamour, paraissant sur une hauteur où il s'était caché, avertit le général Sully que ce côté, défendu par trois mille Autrichiens et par de forts retranchements, est inexpugnable ; que, s'il continue d'avancer, il tombera dans une embuscade où toute sa troupe ne peut manquer de périr. Il avoue qu'il a déserté malgré lui ; son camarade le justifie en racontant ce qui s'est passé ; le général lui accorde sa grâce. Belamour, glorieux d'être reconnu pour un brave soldat, conduit ses camarades par un autre chemin ; ils gravissent la montagne, et le combat s'engage derrière la scène. L'aubergiste Trinckman et sa femme, croyant que les Autrichiens sont vainqueurs, s'empressent d'arborer l'enseigne de la Botte de Bender; mais les Français revenant victorieux, ils l'ôtent bien vite pour y substituer la première. Les vainqueurs et les prisonniers chantent ensemble, et la pièce finit par des couplets en l'honneur de la liberté.