‹ Correspondance littéraire (volume 3)Chapitre 43 sur 354 · DE GRIMM · texte numérisé non relu

DE GRIMM

APPENDICES

Les opuscules de Grlmm ont été rassemblés par Barbier dans le Supplément qu'il donna en i8U et reproduits par MM. Taschereau et Chaude, sans adjonctions ni notes nouvelles, au tome XV de leur édi- ' tion. Pourtant la collection de ces écrits épars eût pu, sans jamais devenir bien importante, se grossir de morceaux qui avaient leur valeur; c'est ainsi qu'on trouvera ici réimprimés pour la première fois : la préface du Journal étranger^ sur la paternité de laquelle il ne saurait subsister de doute (voir tome II, p. 352) ; le Projet de souscription pour Vestampe de la famille Calas qu^on peut attribuer sans crainte à Grimm (nous en donnons plus loin les motifs); les dédicaces et les errata des traductions de Goldoni {le Véritable Ami et le Père de Famille) qui faillirent lai valoir les honneurs de la Bastille ; enfin, sous réserve il est vrai, cette facétie sur les Oreilles à ressort que Galiani estimait digne de Swift (voir sa lettre du 20 juillet 1771 à M"« d'Épinay); malheureusement la réponse de M>°* d'Épinay nous est inconnue et c'est sur la seule autorité du spirituel abbé que nous reprenons dans le Mercure ces pages oubliées <.

1. Nous ne donnons ici que la bibliographie des écrits en langue française. Pour les autres, les bibliographes allemands ne mentionnent qu'une dissertation latine sur Maximilien I'' (Regensburg, 1747, in-4*'), thèse universitaire dédiée au comte Louis-Gottlob de Schomberg et sa tragédie de Banise. Un historien de la littérature française, M. Hettner, dans sa Geschichtê der franz&sischm Literatur m 18' Jahrhundert (Brunswick, 1860, p. 381-404) donne sur toutes ses premières tentatives des renseignements intéressants ; il cite une lettre que Grimm écrivit des bancs du collège à Gottsched, le 10 avril 1741, et qui a été pubUée dans rétude de M. Daniel sur le critique (Gottichedund seine Zeit, Leipzig, 18 i8). Dans cette lettre, Grimm se présente comme un jeune homme qui cultive le latin et • les autres arts libéraux » ; il professe la plus haute admiration pour Gottsched et lai envoie une satire contre les contempteurs de la philosophie, ainsi qu*ane ode. Dans une seconde lettre du 28 août de la même année, il lui fait savoir qu'il est en train d'écrire un drame d'après le célèbre roman oriental de Banise en se conformant entièrement à sa méthode et son art poétique. Banise ne fut publiée que lorsque Grimm devint étudiant à Leipsig ; il reprit sa première esquisse et elle fut intiérée par Gottsched dans la quatrième partie de la Deutsche Schaus b^ne (Leipsigy 1743). « Ce drame n'est ni plus mauvais ni meilleur que les autres

250 NOTICE PRÉLIMINAinE.

Ua moment, nous avions eu la pensée de placer les opuscules de Grlmm en tête de la Correspondance littéraire ; si Tordre chronologique y eût gagné, puisque la plupart d'entre eux sont antérieurs à sa grande entreprise, nous n'aurions pu donner sur leur origine ou leur bibliographie les renseignements que nous avons recueillis au cours môme de Tirapresslon. Nous les faisons suivre d'un certain nombre de lettres particulières de Grimm, suivant en cela l'exemple de Barbier, qui en avait emprunté treize aux Œuvres posthumes de Frédéric ; l'édition Preussen a depuis fait connattre trois autres qui complètent cette partie ; tout aussi bien Barbier aurait-il pu ne pas omettre la jolie lettre à M"^Geoffrin que l'éditeur des Éloges de cette femme célèbre avait jointe en 1812 à leur réimpression. Nous y ajoutons, pour notre part, deux épttres à Voltaire, dont une inédite, toute une série adressée à la grande-duchesse de Saxe-G otha et au duc Ernest II, son fils, quelques le ttres ou billets à Garric k , d'autres enfin à divers contemporains. Peut-être sera-t-on surpris du nombre relativement restreint de lettres que nous reproduisons ici : Grimm, dira-t-on, a dû, par suite de ses fonctions officielles ou officieuses, en écrire des centaines. Assurément, mais sans parler de l'extrôme difficulté de coordonner une pareille masse de documents disséminés dans tout le Nord de l'Europe et le plus souvent dans d'inaccessibles archives privées, une simple réflexion doit adoucir nos regrets : les lettres de Grimm sont beaucoup moins intéressantes qu'on ne serait tenté de le croire et l'on est surpris, en les comparant à ses articles de critique littéraire, de leur infériorité notoire ; autant sa prose de journaliste est nourrie, claire, ironique ou vigoureuse, autant ses lettres sont diffuses et, dès qu'elles sont destinées à un haut personnage, écœurantes de flagornerie. Aussi, contrairement à nos habitudes d'éditeur, nous nous sommes décidé à écarter du volumineux dossier cppié aux Archives ducales de Gotha toutes les lettres qui n'offraient que d'interminables protestations de dévouement, sans qu'un seul fait anime un peu cette phraséologie obséquieuse ou larmoyante; de plusieurs des autres nous n'avons gardé que la partie vraiment historique. Ainsi réduites, elles ne perdent rien de leur valeur et l'on lira certainement avec plaisir les passages concernant Mozart, Huber, Diderot, ceux dans lesquels Grimm s'exprime sans ambages sur Rousseau ou bien résiste, avec une fermeté inattendue, au grand Frédéric lui-même, qui eût souhaité trouver dans ses feuilles plus d'anecdotes et moins de digressions critiques. Presque toutes ces lettres ont d'ailleurs paru intégralement dans la Revue des documents historiques de M. Etienne Gharavay (5* année, 4877) et c'est là que les curieux pourront les retrouver; mais les spécimens que nous avons conservés et ceux que présentent les lettres à Frédéric II suffiront sans doute pour édifier les plus incrédules.

Il y a cependant une correspondance privée qui tient dans la vie de

drames de l'école de Gottsched, sans aucun sentiment poétique, en lourds alexandrins, avec le maintien le plus sévère de l'unité de temps et de lieu. Grimm avait assez d'esprit pour reconnaître que ce n'était pas là sa véritable vocation... n

Grimm une place considérable, qui offre un tout autre intérêt que celles que nous venons d'énumérer et qui n'a été retrouvée qu*à Tétat de fragment^; : c'est celle qu'il entretint avec Catherine 11. Ce qui en subsiste a été publié en octobre 1880, sous les auspices de la Société historique russe, par M. Jacques Grot. C'est, à moins de découvertes imprévues, tout ce qui nous est conservé de ces relations épistolaires qui durèrent vingt ans, presque jour pour jour. Il ne semble, pas qu'il y ait rien à regretter en ce qui concerne les lettres de Catherine, mais, ce qui est plus singulier, c'est l'état dans lequel nous sont parvenues celles de Grimm. Les lacunes qui les déparent sont énormes : après trois billets de 1764 et 1765 (dont deux au prince Galitzine, et tous trois relatifs à l'envoi des « feuilles » à Catherine), la correspondance ne commence que le 24 novembre 1776, trois ans après le premier voyage de Grimm en Russie ; interrompue pendant toute l'année 1778, elle se poursuit assez régulièrement de juillet 1779 à août 1781, saute de février 1785septembre 1786 au mois d'août 1790, et se clôt par une lettre du 17/28 novembre 1796, écrite le jour et peut-être à l'heure où Catherine tombait foudroyée par l'apoplexie. N'est>il pas curieux que les lettres de l'impératrice, adressées à un homme dont la maison fût dévastée en 1794 et dont les papiers furent dispersés aux quatre vents, se retrouvent intactes, et que les archives de la Russie ne puissent fournir ai^jourd'hui que de véritables bribes des réponses qu'elles provoquaient? Catherine, il est vrai, insista vivement auprès de Grimm, lors des débuts de la Révolution, pour qu'il détruisît ce qu'il appelait a son trésor » ; mais il réussit à le faire passer en Allemagne quand il quitta définitivement la France, et il fut transporté après sa mort à Saint-Pétersbourg. La tradition veut que Catherine, effrayée des excès de la Révolution, ait elle-même jeté au feu les lettres qu'elle avait reçues des encyclopédistes; ne pouvant anéantir le souvenir des relations qu'elle avait si longtemps entretenues avec le patriarche de Ferney, puisque l'édition de Kehl les avait rendues publiques, elle fit alors disparaître, dit-on, les objets d'art qui les lui rappelaient, entre autres les tableaux et les découpures d'Huber ; il est certain, du moins, qu'on n'a retrouvé jusqu'à ce jour que quelquesunes des lettres fort nombreuses que Diderot dut écrire à sa bienfaitrice ; mais faut-il supposer que la majeure partie de celles de Grimm disparut dans cet auto-darfê? Et pourquoi les siennes plutôt que les lettres de M">* Geoffrin et de Falconet, éditées par la même Société < 7

Celles de Grimm avaient une tout autre importance, et leur destruction partielle est à jamais regrettable. Les sobriquets de « factotum », de « souffre-douleur», qui reviennent dans chacune des lettres de Catherine, sont assez justifiés quand on le voit chargé des missions les

i. M. Grot ne donne aucun détail sur cette disparition, ni même sur la reconstitution de rensemble qu*il publie aujourd'hui; il dit toutefois qu'outre le petit dossier retrouvé aux archives de la ouronne, les archives du prince WoronzofT, que H. Pierre Bartenief a classées et en partie publiées, lui ont fourni un notable contingent

plus délicates, telles que la surveillance d'un fils naturel de l'impératrice, élevé en Allemagne, puis en Angleterre, sous le nom de Bobrinsk !, ou s'entremettant à Spa auprès du prince Henri, pour le « tâter » sur les dispositions de la Prusse à l'égard de la Russie et de l'Autriche. Mais d'ordinaire son rôle, pour être tout aussi actif, était moins périlleux. Grimm était, avant tout, le fournisseur attitré de tout ce qui pouvait flatter les goûts artistiques de Catherine, et il faut lire attentivement ces deux volumes si Ton veut se rendre compte de l'accroissement des collections de l'Ermitage sous le règne de la Sémiramis du Nùrd : on la volt tour à tour acquérir les galeries de Tronchin (des Délices), de Robinet, de Zuckirantel, pensionner à Rome Raphaël Mengs, et un fin connaisseur, le baron de Reiffenstein *, faire venir à grands frais les copies des Loges de Raphaël, attirer à Saint-Pétersbourg des architectes comme Glérisseau et Quarenghi, des musiciens comme Paesiello, acheter'le cabinet de pierres gravées (dont elle raffolait) du duc d'Orléans *, le cabinet d'histoire naturelle de M^»» Clairon, les émaux de Hurter, de Weyier, de Tereslna Maron, demander à Houdon quelques-uns de ses plus beaux marbres, emmagasiner les bibliothèques du frère de Galiani, de Voltaire, de Diderot; sans parler de toutes les ofi'res qu'elle n'accepta pas toujours, mais dont Grimm nous a conservé le souvenir : c'est Moreau le jeune qui veut lui dédier la suite des estampes qu'il grave pour le Voltaire de Kehl ; c'est Cochin qui propose de faire pour les victoires et conquêtes de la Russie ce qu'il a fait pour celles de la Chine; c'est Cozette, le directeur de la manufacture des Gobelins, dont l'ambition serait de reproduire sur la tapisserie les traits augustes de Catherine; c'est Le Paon, le peintre-dragon, qui voudrait « faire grand », et fixer sur la toile les hauts faits des troupes impériales contre les Turcs, etc., etc.; il y a là tout un chapitre, encore assez mal connu, de l'influence européenne du goût français au xviii* siècle.

M. Jacques Grot a traduit en russe toutes les lettres qu'il avait entre les mains, et jusqu'aux passages en allemand dont elles sont hérissées. Il eût rendu à plus d'un lecteur français un signalé service s'il avait pris pour ceux-là la même peine dans notre langue. La préface du premier volume contient une sorte de clef, aussi complète qu'on l'a pu faire, des abréviations, surnoms et allégories que Catherine employait pour dépister les curieux. Cette clef, que voici, n'a pas été non

i. Une note de M. Grot dans les Lettres de Catherine à Grimm (p. 76) nous apprend que le baron de Reiffenstein, né dans la Lithuanie prussienne, à une date qu'il ne donne pas, fit ses études à Kœnigsberg, voyagea de 1761 à 1762 avec le comte Linar, se lia à Rome avec Winckelmann, et finit par s'étabUr dans cette ville; sa connaissance de l'art et de Tantiquité Vy fit rechercher des voyageurs de haut rang comme le cicérone le plus instruit, et il eût peut-être succédé à Winckelmann, en qualité de bibliothécaire du Vatican, s'il eût été catholique, n a publié, en allemand, plusieurs ouvrages relatifs aux arts et à la littérature. Il est mort le 13 octobre 1793.

plus traduite en français; elle est cependant indispensable pour le lecteur d'un recueil de cette nature :

L'homme aux deax physionomies (quelquefois Ptccolo Bambino) Joseph II.

Maman Marie-Thérèse.

Frère Ge George III, roi d'Angleterre.

Hérode Frédéric IL

Frère Gu Gustave III, roi de Suède et plus tard

Frédéric-Guillaume II, roi de Prusse.

Gcgu Ces deux rois ensemble.

Ântonin, FalstaflT Gustave III.

Les SecondaU Tantôt Frédéric II et Joseph II, tantôt le

czarowitz Paul et sa femme.

La Glace ou le Boutonné M. de Herz, ambassadeur de Prusse.

Collet de Mootorgueil M. de Hertzberg, ministre des affaires

étrangères de Prusse.

Souffre-douleur, Factotum, les Gens de

Grimma Grimm lui-même.

Pyrrhus, roi d'Épire ... Korsakow.

L*Habit rouge Mamonow.

L« Divin ou l'amplissime baron Le baron de Rciffenstein.

Saint-Nicolas (duc de) Roumiantzoff.

Les épiciers Les Suédois.

Les marchands drapiers Les Anglais.

Les marabouts Les Turcs.

Arme Leute (En allemand, pauvres gens), les Français*

au temps de la Révolution.

L'Égrillarde La Révolution.

Koether ' . (En allemand, chien croHé), les fauteurs

de l'anarchie.

Purée de pois, soupe aux pois La diplomatie et les diplomates.

U n'entre d'ailleurs nullement dans le plan de notre édition de reproduire les correspondances privées de Grlmm : c'est ainsi que nous avons omis les lettres à M*"* d'Éplnay intercalées dans ses Mémoires ; les originaux nous en sont inconnus et les copies ont pu fort bien subir des remaniements qui atténuent à nos yeux leur valeur; un savant professeur de Tuniversité de Genève, M. Eugène Ritter, a, dans uacurieux opuscule S prouvé que M"" d'Épinay, soit qu'elle fût trompée par sa mémoire, soit qu'elle eût intérêt à commettre ces erreurs, avait plusieurs fois altéré le texte de ses propres lettres et les billets de Rousseau; aussi bien a-t-elle pu arranger celles de Grimm et de Diderot qu'elle a conservées ei nous avons cru devoir les laisser dans le curieux livre qui les a fait connaître.

Gela dit, nous diviserons cette notice préliminaire en deux parties distioctes.

1. Nouvelles recherches sur les Confessions et la correspondance de J.-J. Bous- <«>ii. (Extrait du tome II de la Zeitschrift fUr neufranxœsische und sprache Lii^ratur.) Oppeln et Leipzig, 1880, in-8».

Lettres à Tauteur du Mercure sur la littérature allemande.

Ces deux lettres ont paru dans les volumes d'octobre 1750 et de février 1751.

Louis de Beausobre a publié dans le même journal sept Lettres d'un Pruhsien à M, l'abbé Raynal sur le même sujet (septembre-décembre 1752, février-avril 1753).

Lettre de M, Grimm sur Omphale^ tragédie lyrique, reprise par l'Académie royale de musique le 14 janvier 1752. S. 1. MDCCLII, 2 ff. et 52 p. Épigi-aphe : •

iDgeoiumcui ait, cui mens divinior atque os Magna sonaturum, des nomiois hujus hoDorem.

Cette brochure, qui fut Torigine de la réputation de Grimm comme critique musical, en provoqua deux autres de ton fort différent, Tune signée D*** : Remarques au sujet de la lettre de J/. Grimm sur Omphale. A Paris, MDCCLU, in-8«, 28 p. et 1 f. pour le privilège, dont l'auteur nous est inconnu; Tautre de J.-J. Rousseau : Lettre à M. Grimm au sujet des remarques ajoutées à sa lettre sur Omphale, S. 1. MDCCLII, 1 f. et 29 p. Épigraphe:

PicœquiB docuit verba oostra conari?

Barbier a, le premier, appelé l'attention sur cet opuscule, qui avait échappé aux divers éditeurs de Rousseau et qui a été réimprimé intégralement au tome XIU de l'édition Lefèvre. Bien que deux éditions des Œuvres de Rousseau, parues de son vivant, renferment le passage de cette lettre relatif à Rameau, il est vraisemblable que la rupture de Jean-Jacques avec Grimm l'empêcha de reproduire plus tard les éloges qu'il lui adressait alors.

Grimm répliqua aux Remarques de l'anonyme par une lettre à l'abbé Raynal, insérée au Mercure et ainsi datée : A Paris, le jour de Pâques, 2 avril 1752, à la sortie du concert. On la retrouvera à la suite de sa lettre sur la tragédie lyrique de Lamotte-Houdard.

Le Petit Prophète de Boehmischbroda. S. I. n. d. [17531 In-8, 58 p. ^'

En regard du titre, un frontispice anonyme, au trait, à Teau-forte pure, représentant un jeune musicien tenant un violon et écoutant la

▼olz mystérieuse. Des toiles d'araignée pendent du toit crevassé et 8*accrochent au tuyau brisé du poêle ; une chandelle plantée sur le goulot d^une bouteille éclaire le grenier. Dans la marge on lit : La vériiable efigie du Petit Prophète de Boehmischbroda.

n serait puéril, croyons-nous, de chercher une ressemblance quelconque entre Grimm et le personnage de cette vignette, mais il serait intéressant, en revanche, de savoir quel en est Fauteur. Un iconographe des plus experts, M. Emmanuel Bocher, est tenté d'attribuer le frontispice du Petit Prophète soit à Gravelot qui a dessiné au trait, dans le même style, le frontispice d'une édition de Caquet Bon-Bec (1763, iii-8*},80it à J.-B.Le Prince, dont les figures du Roué vertueux ont quelque analogie avec celle-ci; mais, en 1753, Gravelot, revenu d'Angleterre depuis huit ans, avait la vogue et ne se serait peut-être pas donné la peine de travailler pour un inconnu; et Le Prince, né en 173/ii, n'avait pas vingt ans.

Barbier indique deux autres éditions : Tune, s. 1. 1753, in-8% 58 p.; Tautre, sous la rubrique de La Haye, 1774, in-12, dont Catherine annonce la lecture à Grimm dans sa lettre du 2/i octobre 1774.

Nous en connaissons trois autres et la liste est sans doute incomplète : Tune avec la rubrique : Du coin du roi, ce i5 janvier 1753, in-8^ fig. (Gat. A. de La Fage, n** 1269); Tautre que nous avons vue à la Bibliothèque de rOpéra : s. 1. n. d., 56 p. en tout (p. 49 : Réponse du coin du roi au coin de la reine par (Voisenon), seconde édition corrigée et augmentée}^; la troisième est suivie de : le Correcteur des bouffons (par Jourdan), la Guerre de l'Opéra (par Cazotte) et, ce que le titre ne dit pas, la Déclaration du public. S. L 1753, in-12, 139 p '.

Quérard est tombé dans une erreur que Fétis a été le premier, croyonsnous, à relever : il a pris pour une nouvelle édition du Petit Prophète la brochure anonyme intitulée les Vingt et Un Chapitres de la Prophétie de Gabriel Joannes Nepomucenus Franciscus de Paula WaXdstorsch, dit Waldstcerchel, qu'il appelle sa vision. Imprimé à Prague en Bohême, 8. d., in-12 ; c'est un pamphlet de M"** Gottsched, femme du critique, contre un opéra-comique de Weise : les Femmes métamorphosées.

Barbier a signalé une particularité curieuse au sujet du Petit Prophète : il figure dans Tune des deux éditions du tome II des Œuvres de M. Rousseau, de Genève, Neufchâtel (Paris, Duchesne), 1764, 10 voL iD-8^, publiées par les soins de l'abbé de La Porte. Dès le 4 avril 1763,

1. A la fin de la Réponse du coin du roi se trouve Taffiche suivante qui visait Grimm et d'Holbach :

t Avis au public. Vous êtes averti que le Goût a été perdu sur là place du Fikis-Royal ; il a été trouvé par deux AUemands ; ils sont priés de le rendre lonqu*on leur aura demandé compte de ce qu'ils ont cru trouver. Du coin du roi, ièS5 Janvier 1753. >

1 Adrien de La Fage avait rassemblé la majeure partie des brochures que vit naître cette longue querelle (voir le catalogue de sa vente, rédigé par M. L. Potier, 186%, n^ 1250-1290). La coUection la plus riche de ces curiosités est aujourd'hui, dit-on, ceUe de M. Ernest Thoinan.

Jean-Jacques Rousseau réclama par une lettre adressée à Tabbé contre cette insertion, et la seconde édition du tome II comprit, à la place da Petit Prophète et de l'analyse des brochures relatives à la lettre de Rousseau sur la musique française, Pygmalùm, V Allée de Sylvie, quel* ques autres pièces.

Dans la piquante brochure où il a conté la découverte d*un recueil formé par Rousseau des ripostes que souleva la Lettre sur la musique française, et restitué à Diderot une facétie de tout temps attribuée à d'Holbach ^, M. Poulet-Malassis a relevé la clef inscrite par Jean-Jacques sur les marges de son exemplaire du Petit Prophète. Nous ne Tavons pas laissé perdre, et nous Pavons placée en renvois signés des initiales de Rousseau.

Marmontel a, dans quelques vers plus flatteurs que remarquables, rappelé la part prise par Grîmm à la guerre des coins :

Biais ton AchiUe ou plutôt ton Ulysse, Cest l*anii Grimm, muse, il faut ravouer. Et de tous ceux que Je viens de louer Nul n*égala ton prophète en malice.

Sous ces grands chefs s'assemblait ta milice; J'étais du nombre et Je parle en soldat, Soldat obscur, mais présent au combat.

{Polymnie^ chant IV.)

En compulsant les papiers de la direction de la librairie soui Malesherbes* nous avons trouvé cette curieuse lettre de Fréron, vraisemblablement inédite, et qui nous révèle un petit épisode ignoré de sa biographie. Il aurait attaqué Grimm dans uùe de ses feuilles, et Malesherbes l'aurait obligé à modifier ce passage ou plutôt à le biffer; car, malgré nos recherches, nous n'avons pu le retrouver ni dans les Lettres sur quelques écrits de ce temps ni dans V Année littéraire . Le fait sur lequel roulait le débat entre le directeur de la librairie et le journaliste nous est également inconnu : Grimm avait-il songé à prendre la direction d*un opéra italien? Gela n'est pas impossible. Quoi qu'il en soit, les amateurs de casuistique se complairont au curieux distinguo que Fréron établit entre les personnalités intérieures et extérieures : les bons pères du collège de Clermont pouvaient être fiers de leur élève.

Monsieur,

Comme je dois ôtre en garde contre les personnalités, je m'en suis figuré de deux sortes : les unes intérieures, si je puis parler ainsi, les autres extérieures. Les premières attaquent le fond du caractère et blessent l'honneur même, elles sont les plus odieuses. Ainsi, si je disais

1. La Quêrellê dès bouffons (J. Baur, 1876, in^«)« 3. Bibliothèque nationale, Fr., n. acq. 3531.

que tel auteur est un débauché, un Iftche, un impie, un firipon, etc., ce serait une personnalité très offensante et digne de punition. Je m'étais mis dans ce cas lorsque vous supprimâtes mes feuilles à Toccasion de ce que j^avais dit sur Voltaire, et j*ai toujours dit que je méritais cette suppression. Les personnalités que j*appelle extérieures sont celles qui, en quelque sorte, sont étrangères à l'homme et qui, cependant, le touchent de près, comme de lui reprocher sa naissance, sa laideur, sa pauvreté, etc. Elles sont certainement beaucoup moins offensantes que les autres, mais elles le sont toujours assez pour que je ne me les permette jamais.

Si mes principes sont justes, monsieur, et si vous voulez bien les appliquer à ce qui m*est échappé sur M. Grimm, je me flatte que je ne serai pas dans le cas de la répréhension. Je n'ai point dit que M. Grimm fût un libertin, un athée, un homme sans honneur et sans bonne foi : première personnalité. Je n'ai point dit qu'il eût été houzard chez M. le comte de Friesen, qui, lui trouvant quelque esprit. Pavait fait étudier et en avait fait son secrétaire : deuxième personnalité. Ce que Jai dit est tout à fait indifférent et ne désigne aucun défaut, aucun vice de Tesprlt, du cœur ni du corps. 11 n'y a pas plus de personnalité à dire que M. Grimm hait la musique française parce qu'il avait envie d'être l'entrepreneur d'un opéra italien, qu'il n'y en aurait à dire ce que j'ai dit au sujet du chevalier de Saint-Mars, qu'il hait la poésie parce qu'il n'a fait et que son projet est de ne faire que des ouvrages en prose. Les auteurs sont intéressés à étendre ce mot de personnalité, mais j'ai trop de confiance dans vos lumières, monsieur, pour craindre leors interprétations fausses et intéressées. Je vous supplie d'ailleurs, moDsieur, de considérer que depuis mes feuilles sur Jean- Jacques, sur Diderot et sur Duclos, je suis très mal avec cette clique, et que je le wrai probablement toujours, mon projet n'étant pas de me raccommoder ni de vivre avec des enthou^^iastes, des fanatiques et des gens odieux au gouvernement et à la société. Au reste, ce que j'ai dit de Grimm est très-vrai, et c'est ce qui l'offense, lui et sa cabale. Son projet était réellement d'être à la tête d'un opéra italien.

Je suis, avec un très profond respect et une reconnaissance infinie ^ toutes vos bontés, monsieur, etc.,

Fréron.

Ce Ttndredi au soir, SO man.

La compétence musicale de Grimm a été examinée de nos jours <^ deux brochures auxquelles nous renvoyons le lecteur :

— Grimm et la Musique de son temps, par Jules Cariez, membre de ÎAcadémie des sciences, arts et belles-lettres de Caen. Gaen, imprimerte F. Leblanc-Hardel, 1872, in-8». Extrait des Mémoires de i'Académie,

— to Musique et les Philosophes au xviii* siècle, par Adolphe JnlUen. Paris, J. Baur, 1873, in-8*. Extrait de la Revue et Gazette musi- ^ et réimprimé dans la Ville et la Cour au xviii« siècle. ( Rouveyre,

Journal étranger.

Dans son « ordinaire » du 1*' mai ilbU, Grimm « supplie n ses correspondants de lire la préface qu'il avait rédigée pour le Journal étranger^ dont il eut la direction pendant les mois d'avril et de mai de cette même année. Elle avait été négligée par nos prédécesseurs.

Le Père de famille^ comédie en trois actes et en prose, par M. le docteur Charles Goldoni, ancien avocat au Parlement de Venise. Traduite de l'italien en français, par M***. A Avignon, 1758. Et se vend à Liège, chez Etienne Bleichnarr, sous les Piliers, à l'image de saint Potentien. In-S"*, 7 ff., non paginés pour le titre, la dédicace et Terrata, et 216 p. Épigraphe : « Asinorum autem et muliorum ingenium in eo cernitur quod... raro nec libenter desînant. » (Hier. Vida. De arte poetica.)

Le Véritable Ami^ comédie en trois actes, et en prose, par M. le docteur Charles Goldoni, avocat. Tra'^luite de l'italien en français par M. Tabbé ***, chanoine de l'église de Saint-Luc. A Avignon, 1758. Et se vend à Liège chez Etienne Bleichnarr, sous les Piliers, à l'image de saint Potentien. In-S**, 4 ff. pour titre et dédicace, et 165 p. Épigraphe : « In quibus hoc mirabile nimis quod adversus ventum mingentibus tibiae nunquam in'orentur. » (Aristoteles, De Animalibus^ lib. IV.)

La traduction du Père de famille et celle du Véritable Ami sont attribuées par Barbier à Deleyre seul, qui voulait prouver, par une comparaison dès lors fiicile, que Diderot n'avait point emprunté à Goldoni le sujet de son drame ; mais dans le cabinet de M. Rathery (n" 526 de son Catalogue d'autographes. Et. Charavay, expert, 1876), figurait une lettre de Forbonnais (publiée tome XIX, p. k^lx des Œuvres complètes de Diderot), qui avait pour but de le disculper « dans l'affaire des dédicaces » ; et le danger paraît avoir été sérieux pour tou< trois, si Ton en juge par la lettre inédite suivante, adressée à Maloslierbes ou à Sartines, et qu'a bien voulu nous communiquer M. Eugèm* Charavay.

Paris, le 16 novembre ITSS.

J'ai été fort surpris, monsieur, d'apprendre qu'on avait mis à la tête des traductions des pièces italiennes des épîtres dédicatoires et que ces épîtres offensent. Vous me remîtes de la part de M. de Forbonnais sa traduction de l'Ami vrai. Quelque temps après, M. Deleyre, qui avai^ traduit le Père de famille^ en fit autant. J'attesterai à toute la terre qu'il n'y avait aucune épître dédicatoire, et que celles qui paraissent ne sont ni Tune ni l'autre des traducteurs. Le soupçon qui peut résulter de

)à, que je les ai faites ne peut me dispenser de dire ce que je sais être rrai. Mais je dois vous assurer, à vous qui connaissez ma sincérité, que je n'y ai pas la moindre part. Je gardai pendant quelques jours les deux traductions. Votre avis était que, celle de M. de Forbonnais n'étant pa» a^^z conforme à Toriglnal, il fallait absolument la réduire à Texactitude^ en ^orte qu^on ne rendit l'auteur italien ni meilleur ni plus mauvais; mais comme il ne me convenait en aucune façon de me mêler de ee travail, je cédai à M. Deleyre la traduction de VAmi vrai pour qall en fit, et de la sienne, tout ce qui lui plairait. Je crus pouvoir e^ user ainsi d*un ouvrage auquel je pensais, je crois , avec raison , que M. de Forbonnais n'attachait d'autre mérite que celui d'obliger un homme \^mT qui il a toujours eu de Tamitlé. M. Deleyre partit pour farmée. Dans ces entrefaites, on vint me demander de sa part les deux traductions. Je les remis comme je les avais reçues, sans épftres dédicatoires. fy joignis seulement un billet par lequel je priais qu'on en soign&t tVdltioD, qu'on se conformât à celle de Parme, que Goldoni a avouée» et qu'on ne publiât rien avant mon ouvrage. Depuis je n'ai plus entendu i':irîer des deux ouvrages. Tout ce que j'ai su, c'est qu'on les supprimait, mais je ne les ai lus ni en manuscrit ni en imprimé. A présent même que je vous écris, je ne les connais pas encore. Je suis très-fâché t"^ tout ce que je lis dans la lettre de M. de Forbonnais, à qui je suis l'ien Aloigné de faire ni de souffrir qu'on fasse aucune noirceur. Je vais cjurir après son manuscrit. Je me suis déjà donné quelques mouvements pour le recouvrer. Je ne négligerai rien pour qu'il soit satisfait là-(lf»ssus. C'est là mon unique inquiétude.

le suis, avec tous les sentiments d*amitié et d'attachement que vous niH connaissez, monsieur.

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

DlDEIOT.

Grimm d'ailleurs attribue à deux amis de Diderot, qu'il ne nomme l'as, ces traductions devenues rares ; quand on les rencontre, elles sont il'ordinaîre réunies en un seul volume. Goldoni ne semble pas en avoir eu connaissance, car il ne les mentionne pas dans ses Mémoires,

U Père de famille avait été dédié à la princesse de Robecq, et le ' yèritable Ami à la comtesse de La Marck. Ces dédicaces et l'errata do ^ériiable Ami sont deux persiflages dont les allusions étaient aisément saisies par les contemporains. Selon Barbier, elles faillirent faire emprisonner leurs auteurs; mais, à la suite du désaveu formel de Diderot, ' 'l"'on vient de lire, les deux offensées ne donnèrent pas suite à leurs plaintes. Grimm se contente de dire (tome IV, p. 58) qu'on ne put découvrir le véritable auteur de ces épîtres « qui ont fait plus de bruit qu'elles ne valaient ».

Nous devons à M. Etienne Charavay la communication de la lettre* •nédite suivante de Diderot, adressée « A monsieur, monsieur Suard, à Vhfttel des Indes, rue Traversière »; elle complétera ce petit historique d'une des innombrables querelles littéraires d'alors. . j

Je vous demande mille pardons, monsieur, de vous avoir fait envoyer chez moi hier soir en vain pour une chose sur laquelle j*aurais dû "VOUS prévenir. Mais c'est plus la faute de M. Lambert que la mienne. Imaginez que je n'ai reçu le petit nombre d'exemplaires dont nous étions convenus qu'hier au soir, qu'ils ont été envoyés chez M. Grimm. J'y vais à l'instant, et, comme il demeure dans votre voisinage, je mettrai à votre porte un exemplaire de mon Père de famille que je vous prie d'accepter , un autre que je vous prie de faire passer à M. Deleyre, avec un exemplaire des deux pièces italiennes traduites. Je suis bien fâché qu'un des suffï'ages qui me flatteraient le plus, si je l'avais mérité, soit un des derniers que j'obtiendrai, si je l'obtiens.

Je suis, avec les sentiments d'attachement et l'estime la plus vraie. Monsieur,

Votre très humble et très-obéissant-serviteur.

Diderot.

Dimanche.

Projet de souscription pour une estampe tragique et moraley S. 1. n. d. 11. (Titre de départ, mais pas de titre.)

Nous avons extrait d^un petit dossier provenant de Grimm et communiqué aussi par M. Etienne Gharavay, ainsi que d'un dossier plus important conservé à la Bibliothèque nationale ( Mss. fr. nouv. acq* 1185), plusieurs pièces inédites qui, avec la liste de souscription déjà recueillie par M. P. Bonnassieux dans {« Cabinet historique (1877), apporteront un contingent de détails inconnus sur ce lamentable épisode de l'histoire des persécutions religieuses.

Du poème lyrique, 1765.

La bibliographie de ce grand article écrit pour V Encyclopédie n'offre rien de particulier, mais l'exposé des théories de l'auteur reçut trente-deux ans plus tard l'application la plus inatendue : Merlin de Thionville, dit M. Eugène Maron * , présentait à la Convention un plan •d'jèducation nationale romanesque et théâtral, mais non sans grandeur, puisé d'ailleurs en grande partie dans le curieux article de Grimm sur rOpéra, publié dans V Encyclopédie. Nous avouons qu'après les recherches les plus conciencieuses dans les tables du Moniteur^ nous ne pouvons que répéter cette assertion sans être en mesure de la confirmer.

Lettres diverses.

On trouvera sous chacune d'elles, ou au commencement des séries <|ue forment quelques-unes d'entre elles, les indications bibliographiques indispensables.

i. Histoire littéraire de la Convention naUonate (Poulet-Malassis, IMO, in-i8 -P' 118); '

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