‹ Correspondance littéraire (volume 4)Chapitre 121 sur 377 · Copie retrouvée dans les papiers de M. Assézat · texte numérisé non relu

Copie retrouvée dans les papiers de M. Assézat

des circonstances entraîne entre vos frères et moi? Il est vrai que nous ne nous voyons plus tant, nous ne sommes plus enfermés dans la même boîte entre quatre roues qui roulent ; chacun ayant ici ses allures, ses devoirs, son train de vie, il faut bien s'y plier aux dépens de quelque chose; mais j'espère qu'il n'est arrivé aucun autre changement entre nous trois. Parce que je vous ai dit que vous gâtez votre frère cadet, vous supposez que je l'aime moins. Parce que je parle de son frère, pour lors absent, avec plus de sensibilité, vous supposez que je n'aime plus l'autre. Vous osez même toucher à cette corde redoutable et me mettre sur la voie d'examiner lequel des deux j'aime le plus. Est-ce que je veux le savoir, moi? N'y a-t-il pas des choses qu'il ne faut jamais éclaircir? Pourquoi vouloir démêler des sentiments si délicats, des nuances imperceptibles? Et puis, ne deviez-vous pas savoir que l'absent est toujours le plus cher, le plus près du cœur? Actuellement j'ai bien acquis les droits paternels puisque je vous ai grondée bien paternellement.

Pour vous parler de moi, princesse, avec un peu plus de sûreté, il faudrait attendre encore une huitaine de jours, mais Serge ne me pardonnerait jamais de laisser sa lettre huit jours sur ma table, et sa sœur non plus.

Je crois pourtant que je partirai incessamment. Ne pouvant me dispenser de me trouver à Paris cet hiver, j'espère que l'impératrice me permettra de profiter des beaux mois qui nous restent. Vous savez que nous avons le roi de Suède en visite ; mais qu'est-ce que cela vous fait? Vous aviez sûrement vos oreilles ailleurs quand la princesse d'Orange vous a dit qu'elle avait une lettre de moi. Jamais je n'ai eu ni le droit, ni le bonheur, ni le prétexte d'écrire à Son Altesse Royale, mais bien toujours la plus forte passion de me mettre à ses pieds sous vos auspices, de faire parler à M"e de Dankelmann de mon respect et de vous demander la continuation de vos bontés malgré la dureté de mes reproches. Mes hommages, je vous supplie, au prince et à M. Hemsterhuys, et dites surtout à la fille que les cieux et vos bontés m'ont accordée que, sans préjudice du respect que je lui dois, je l'aime à la passion.

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