‹ Correspondance littéraire (volume 4)Chapitre 129 sur 377 · Apologie des Jésuites, par l'abbé Guidi · texte numérisé non relu

Apologie des Jésuites, par l'abbé Guidi

3. Tout ce paragraphe fait allusion à des affaires intimes qui nous sont inconnues. Pibrac était chirurgien-major de l'École militaire ; Pierre Rocques avait été reçu docteur en 1721 à la Faculté de Montpellier.

A Aix-la-Chapelle, ce 13 juillet 1763.

M. de Castries, monsieur, soutient ses douches à merveille. Cependant il en prend déjà deux par jour. 11 dort toutefois plus que je n'osais l'espérer. 11 mange avec appétit et, après son dîner, il fait ce qu'il appelle ses exercices qui consistent dans différents essais qu'il fait de son bras. Hier, par exemple, il a porté assez longtemps de la main gauche un grand panier rempli d'assiettes d'étain. Il était très lourd, je vous assure. 11 n'y a sorte d'hommages d'estime, de considération, de déférence qu'il n'ait reçus du prince héréditaire qui nous a quittés pour aller à Spa. Le prince Ferdinand, que nous conserverons jusqu'au 19, continue à lui rendre journellement les plus grands égards, les plus marqués, les plus distingués. Je n'en suis point étonné. Ces deux princes me paraissent des hommes plus grands encore que leurs succès, portés par conséquent à honorer même la supériorité. 11 est impossible d'ailleurs d'être plus honnêtes qu'ils ne le sont. Souper avec six rois à Venise est une bagatelle à laquelle en effet ce n'est pas la peine de faire attention, mais ce qui en mérite est de se voir à même de converser librement avec un général qui a créé une armée, qui de vingt peuples divers n'en a fait qu'un, et l'a conduite à travers mille obstacles de succès en succès.

Je ne puis m'empêcher de vous parler encore d'une femme anglaise. Elle arrive il y a deux jours, débarque au bal, voit M. de Castries, demande son nom, et puis se récrie : « C'est celui que les Anglais ont senti. » N'aimez-vous pas cette expression ?

On parlait hier devant elle de la nouvelle, vraie ou fausse, que la fille de M. de Roncherolles, qui avait été inoculée, venait d'avoir la petite vérole; mon Anglaise dit qu'elle ne s'en étonnait pas, qu'elle craignait même pour sa mère avec qui elle s'est liée à Rarrèges, et qu'à Paris, témoin de l'inoculation de sa Mlle, elle l'avait assuré qu'elle ne prendrait pas, quoique son médecin anglais, qui ne la quitte pas, avait, ainsi que M. Gatti, affirmé le contraire. Elle nous dit à cette occasion qu'elle ne pouvait approuver la méthode de M. Gatti, puisque la poudre dont il se sert n'était que l'extrait de la pustule affaibli encore par la préparation, et que cette poudre, par conséquent, devait avoir moins de vertu. Quant à ce que M. Gatti prétendait qu'on pouvait être très-bien inoculé et avoir réellement la petite vérole sans qu'il parût de boutons, elle en convint, dans

le cas toutefois où il se faisait par l'extension de la plaie un écoulement suffisant. Quoi qu'il en soit, je crains fort que l'accident de la petite de Roncherolles ne décide la faculté de médecine à se déshonorer et la France avec elle.

J'ai parcouru en chemin quelques volumes de la nouvelle édition de l'Histoire universelle de l'homme immortel. Les hommes y sont vengés à chaque page. C'est surtout ceux qu'on élève pour les gouverner qui devraient avoir cet ouvrage entre les mains et le lire sans cesse. Mais de qui le tiendraient-ils?

Nous avons ici la princesse Amélie, sœur du roi de Prusse. Elle a une si mauvaise santé qu'elle ne saurait se communiquer. On la voit cependant tous les jours chez elle et aux assemblées.

Le prince Ferdinand de Prusse est parti pour Spa. 11 n'est pas rétabli de la maladie qu'il a eue et son esprit même s'en ressent. Sa femme est assez jolie et parait aimable.

Adieu, monsieur, j'espère que nous aurons de vos nouvelles. J'ose me flatter que vous en donnerez à l'homme du monde qui vous est le plus tendrementjattaché.

A Aix-la-Chapelle, 6 août 1703.

J'ai ou j'aurais à répondre, monsieur, par mille remerciements du moins, aux deux lettres, longues et de là plus agréables et plus instructives encore, que vous avez bien voulu prendre la peine de m'écrire. Elles m'ont fait un plaisir extrême, car ne pensez pas que la circonstance unique où nous nous soyons trouvés de pouvoir converser le lendemain de la paix avec les deux hommes qui nous ont fait la guerre nous ait gâtés. Plus le cœur s'élève et plus il devient sensible ; il n'y a que la petitesse d'esprit qui le rétrécisse. L'esprit même ne se replie et s'éclaire jamais sur un objet sans en devenir plus agile à se porter sur d'autres. Vous croyez bien que souvent j'ai évité de me trouver en tiers. On parle plus librement à son égal, on se communique pour lors avec plus de facilité, on ne se refuse à aucun aveu. On pense haut. Vous eussiez surtout été content de la simplicité du prince Ferdinand. Avec cela , le prince héréditaire m'a inspiré je ne sais quel intérêt de plus. A vingt-cinq ans être modeste, avoir de l'empressement à honorer son seul vainqueur, lui marquer delà déférence par son maintien et son silence même, c'est, ce me semble, savoir tout à la fois connaître la véritable gloire et la mériter. Quel malheur que nous n'ayons pas eu

de plus celui-là que Rousseau excepte 1 ! Songez donc qu'il devait venir, mais il n'a pu ?e séparer plus longtemps d'avec son peuple dont il se sent, se croit et s'avoue le père. Je conviens que ce père mène ses enfants à la guerre, mais après, aussi, il verse dans leurs plaies le baume de la sollicitude de leurs maux. Sa sœur, qui nous reste, me paraît avoir beaucoup d'esprit, elle est de la plus grande honnêteté, elle sait distinguer la vertu et les talents. «Conservez précieusement, me disait-elle hier en parlant de M. de Castries, ce digne homme à la France. »

Ce digne homme, car je vous avoue que je n'entends pas assez le braver Mann et que sa terminaison même me semble présenter une idée trop petite, ce digne homme, dis-je, a recommencé ses bains et ses douches qu'il avait été forcé d'interrompre parce qu'il était fort enrhumé. Il a pris ce moment pour aller à Spa, où il a reçu encore de nouveaux hommages. C'est ce voyage, dans lequel je l'ai accompagné, qui est cause aussi de ce que j'ai tardé à vous écrire. M. de Castries se rebaigne à présent avec succès. Il est encore un peu enrhumé, mais dans le fond se porte à merveille. Ses yeux, pour lesquels je craignais le plus, sont mieux que jamais et en tout il n'y a qu'à bénir et se réjouir.

Quant à ma santé, puisque vous voulez absolument que je vous en parle, je vous dirai qu'elle est parfaitement bonne. A l'égard des douches que je prends, elles ne sauraient encore me faire un bien sensible, puisque mon mal est fort ancien. Je suis bien fâché que votre amie ne soit point ici. Comment s'est-elle dispensée de venir voir la princesse Amélie qui a besoin de grandes consolations? Son état, suite d'une apoplexie cruelle, est déplorable et rendrait sa société pénible si elle n'avait soin d'y mettre une discrétion, une politesse et une attention infinies pour tout le monde.

M de Lauraguais me rappelle un sot qui veut faire le fat ; il a voulu être singulier et il n'en est que plus plat. Mais c'est qu'il l'est beaucoup; je l'ai, avec cela, toujours regardé comme un imbécile qui pouvait animer encore plus les autres imbéciles contre les philosophes. J'ai craint en conséquence son affiche, l'enseigne qu'il mettait. C'est un frelon qui se dit abeille. J'ai peur que le garçon du jardinier n'en dérange toutes les ruches.

Le réquisitoire de l'homme immortel est admirable, mais moi, qui suis triste, je m'égaye moins des meilleures plaisanteries que je ne m'afflige des déplacements. Maître Orner Fleury à Paris, tandis que M. de La Chalotais est à Rennes, c'est la fièvre en Europe et le

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