‹ Correspondance littéraire (volume 4)Chapitre 58 sur 377 · M. le baron de Cocceji · texte numérisé non relu

M. le baron de Cocceji

i. M. Graun. (Gruim.)

mérite, qu'il me permettra du moins d'appeler mon contemporain. J'ose aussi l'assurer que je n'accorde pas aussi légèrement qu'il semble le croire des places autour du grand Pergolèse, et que M. Adolfati, sans avoir assez de célébrité pour mériter son suffrage, a un titre bien plus précieux pour être placé à côté de ce génie sublime. Ce titre, c'est son talent, et les preuves de son talent, ce sont les morceaux :

Che non mi disse un di, etc.;

Siete barbare amate stelle, etc.;

Scherza, il nocchier talora, etc.;

Tu vuoi ch' io viva, o cara,etc;

Ch' io mai vi possa lasciar d'amare, etc.;

D' un genio che m'accende;

et trente autres qu'apparemment l'auteur des Remarques ne connaît pas. J'ai cru devoir cet éclaircissement sur le mérite de M. Adolfati : je ne me pardonnerais pas d'avoir donné, quoique fort indirectement, occasion à un arrêt injuste, prononcé sans ménagement contre un homme dont le génie est fait pour s'attirer l'admiration et les suffrages de tous les gens d'esprit et de goût; du moins de ceux qui, se mêlant de juger les musiciens, sont obligés de se connaître en musique. En attendant que M. Adolfati mérite, par sa célébrité, l'estime de son censeur, je suis bien aise de lui apprendre que ce musicien vient d'avoir, pour la seconde fois, un succès très-brillant à l'Opéra de Gênes, et en même temps un autre non moins flatteur à Modène.

J'ose aussi l'assurer que je connais peut-être autant que lui les ouvrages, le mérite et le talent de M. liasse et de M. Hœndel, mes contemporains et mes compatriotes, et que je suis tout aussi glorieux que M. liasse peut l'être lui-même du titre de Saxon par excellence que les Italiens lui ont donné, et qu'à leur imitation M. de Voltaire a conféré, en France, au héros du siècle. Si j'avais cru pouvoir placer cet artiste célèbre à côté de Pergolèse1, j'aurais été trop jaloux de la gloire de ma patrie pour y manquer. Mais accabler les grands talents de louanges excessives

1. Tout le monde reconnaît, le mérite de Dancourt et de Dufresny; mais personne ne s'est avisé de les placer à côté de Molière, aussi sublime dans son genre que le grand Corneille l'est quelquefois dans le sien ; tout comme Platée est aussi sublime dans le sien que Zoroastre dans un autre. (Grimm.)

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