ODE ANACRÉONTIQUE A LA ROSE
Tendre fruit des pleurs de Taurore, Objet des baisers du zéptiir.
Reine de Tempire de Flore, Hâte-toi de t'épanouir.
Que dis-je? hélas! crains de paraître, Diffère un moment de t'ouvrir, L'instant qui doit te faire naître Est rinstant qui doit te flétrir.
Thémire est une fleur nouvelle Qui subira la môme loi, Rose,, tu dois périr comme elle; Elle doit briller comme toi.
Descends de ta tige épineuse, * Prête-lui tes vives couleurs;
Tu dois être la plus heureuse Comme la plus belle des fleurs.
Va, meurs sur le sein de Thémire; QuMl soit ton trône et ton tombeau ; Jaloux de ton sort, je n'aspire Qu'au bonheur d'un trépas si beau.
Si quelque main a Timprudence De venir troubler ton repos, Emporte, avec toi ta défense.
Garde une épine à mes rivaux.
Tu verras plus d'un jour peut-être L'asile où tû vas pénétrer; Un soupir te fera renaître Si Thémire peut soupirer.
L'Amour aura soin de t'instruire Du côté que tu dois pencher; Éclate à ses yeux sans leur nuire.
Pare son sein sans le cacher.
Qu'enfin elle rende les armes Au dieu qui serra mes liens Et qu'en voyant finir tes charmes Elle apprenne à jouir des siens.
— On a recueilli, dans un assez gros volume, les pièces qui ont été jouées au Théâtre-Italien depuis trois ou quatre ans. Ce recueil renferme quelques comédies qui ont été goûtées, d'autres qui n'ont pas réussi, et deux qui n'étaient pas de nature à être jouées.
10 août 1750.
Le lundi 27 du mois de juillet dernier, les Comédiens français donnèrent la première représentation d'une comédie en trois actes et en vers, de M. Bret, intitulée la Double Extravagance. En voici l'idée :
Deux amants, le père et le fils, veulent épouser la même
personne. Le père, à qui Ton insinue que sa maîtresse déteste les vieillards, s'habille en jeune homme pour lui plaire. Le (ils, convaincu que sa jeunesse lui nuira dans l'esprit du père de sa maltresse, se met en vieillard. Quand, après plusieurs incidents, on vient à les reconnaître, le fils est préféré comme le moins fou, et le père consent, en galant homme, à un mariage qu'il ne peut empêcher. Le premier et le troisième acte de cette pièce sont regardés assez universellement comme mauvais. Le second a réussi par des plaisanteries assez mauvaises en elles-mêmes, mais qui réussissent toujours, contre les médecins. Les amis de l'auteur soutiennent que son comique est dans le goût de celui de Molière ; les indifférents trouvent que c'est du comique bas. On s'accorde assez à trouver la pièce mal écrite et sans esprit. La double extravagance de la pièce consiste, disait hier un plaisant, dans l'auteur de l'avoir faite et dans les acteurs de l'avoir jouée.
— Crébillon fils, le plus voluptueux de nos écrivains, se retire à Sens avec M"« Stafford, qu'il épousa il y a deux ou trois ans. On ne doute pas qu'il ait imaginé cette retraite pour se débarrasser honnêtement de sa femme. On croit que cette transmigration une fois faite, le charmant auteur de Tanza reviendra prendre à Paris le train qu'il y a toujours mené.
— Histoire de la princesse Jaîren^ reine du Mexique^ traduite de respagnol, deux parties \
C'est un roman qui ne paraît que depuis deux ou trois jours, et dont voici à peu près l'idée :
Thekela, roi de Taoula, envoie demander en mariage la princesse Jaïren, fille unique de Fardedondac, roi de Tzécuzo. Il a tant de vices et il met tant de hauteur dans ses poursuites qu'il est refusé. Pour se venger de cet affront, il porte la guerre dans le Tzécuzo dont, à force de trahison, il vient à bout de vaincre et de faire périr le roi. La princesse, pour éviter le sort qui la menaçait, se retira à la cour de Mexique où elle fut trèsbien accueillie par Izcoalt qui y régnait, et où, par sa beauté et par ses vertus, elle inspira une forte passion à Tobilos, fils aîné du monarque. On était occupé aux préparatifs nécessaires pour la rétablir dans ses États, lorsqu'elle fut enlevée par douze
1. (Composée par l'abbé Cl.-F. Limbert.) Li Haye, 1750, 2 parties petit in-8.
Técubains qui la menèrent à Thekela. Ce prince lui laissa le choix entre le trône et l'esclavage, et la princesse le flatta que peut-être elle pourrait devenir un jour sensible. Par celte adresse, elle donna le temps aux Mexicains d'arriver, de combattre son tyran et de le vaincre ; il périt de la main même de Tobilos. Cet aimable prince conduit en triomphe à Tzécuzo sa chère Jaïren ; elle fut reçue par ses sujets en reine, et de là elle se rendit à la cour du Mexique où le vieux roi abdiqua la couronne pour la placer sur la tête de son fils qui épousa Jaîreo. Leur bonheur fut troublé par Zéide , reine de Tacuba, sœur de l'infortuné Thekela, qui les avait suivis et qui nourrissait une forte passion pour Tobilos , lequel l'estimait , mais ne l'aimait pas. Cependant Askar, frère de Tobilos, brûlait d'un feu trèsviolent pour Zéide. L'insensibilité de cette princesse lui fit croire qu'il avait un rival, et, à force de recherches, il s'assura qu'elle soupirait pour Tobilos. Cette découverte le détermina à former secrètement une ligue avec tous les rois voisins pour perdre son frère, dont la puissance et la réputation leur faisaient ombrage. Quoique Tobilos eût été surpris, il ne laissa pas de songer à se défendre. Il forma deux corps d'armée; avec l'un il alla combattre une armée ennemie; et il laissa l'autre à Askar, dont il ignorait la trahison, pour couvrir la capitale. Tobilos fut vainqueur, mais Askar arrêta les courriers qui venaient annoncer les succès du roi , et il répandit que ce prince avait été vaincu et tué. Ce stratagème ne lui servit de rien; Zéide refusa toujours de l'écouter, et elle se poignarda avec la reine Jaïren. Askar, furieux, se mit déguisé à la tête des troupes ennemies, et alla combattre Tobilos qui revenait triomphant à sa capitale. 11 en reçut le châtiment dû à ses crimes; il fut tué, et les tl-oupes pour lesquelles il combattait dissipées. Après ce nouveau succès, Tobilos se hâte de rejoindre la reine, son épouse, et Zéide; il les trouve poignardées, et, à leur imitation, il se poignarde aussi.
La marche de ce roman est ce que j'y ai trouvé de plus passable. Le style en est maussade et manque de correction.
— De la manière de négocier avec les souverains^ par M. de Callières, 2 volumes in-12.
Il y a environ trente ans que cet ouvrage parut pour la première fois. On vient de le refondre et d'y mêler des faits qui
lui donnent de l'agrément. Quoique le style de cet ouvrage soit extrêmement faible et sans ornement , il est supportable parce qu'il est clair et naturel. L'auteur ne pense pas profondément, mais il a du sens. Je crois que les négociateurs n'y apprendront pas grand'chose ; mais le commun des honnêtes gens prendra quelques idées assez justes du manège ordinaire des cours et de beaucoup d'usages.
— Les Petites Nouvelles parisiennes ^ C'est un recueil d'histoires joliment imprimées qui réussit beaucoup. Le public ne s'est pas aperçu que la plupart sont tirées du Sylphe aérien^ ouvrage que l'équivoque du titre a fait attribuer à Grébillon. 11 a fait effectivement un Sylphe, mais c'est le Sylphe tout court. Le Sylphe aérien n'est que médiocre, ainsi les Petites Nouvelles parisiennes ne sauraient être excellentes.
— Amusements d'un prisonnier^ deux parties '. C'est un militaire, détenu dans une prison pour une affaire d'honneur, qui conte ses aventures*galantes. Le fond de ce roman est usé et la forme n'en est pas agréable ; c'est un de ces petits riens dont, quand on a un peu de goût, on s'amuse un jour, mais dont on ne se souvient pas le lendemain.
— La Force de F éducation, deux volumes ^ C'est un roman qui réussit beaucoup^ et dont voici l'idée :
Le comte de Saint-Eugène avait été envoyé secrètement en Angleterre par le cardinal Mazarin. Le rôle qu'il devait y jouer l'obligea de changer de nom. 11 prit celui de baron de Cromstad. Sous ce déguisement, il devint amoureux de miss Naugton, fille d'un des plus riches négociants d'A-ngleterre. Elle portait déjà le fruit de leur tendresse, lorsque le comte, qui l'ignorait, repassa en France, après avoir heureusement exécuté sa commission. Le cardinal lui fit bientôt après épouser M"* de Villemard, dont il eut une fille qu'on nomma Adélaïde. Elle fut confiée à une nourrice nommée Soclet, qui avait une fille âgée de deux mois. Miss Naugton avait mis au monde le fruit de ses amours, qu'elle appela du prétendu nom du père, le baron de Cromstad. Après
i. (Par L.-F. Delatour, imprimeur et littérateur.) Paris, Délateur, 1750, în-18. Tiré à petit nombre pour présents. Le Sylphe aérien est resté inconnu aux bibliographes.