Paris, 1748, in
plume légère, d'une humeur gaie, et H. Deslandes est TaDtipode de tout cela. V Histoire des anciens philosophes \ qu*il donna ensuite, eut une vogue passagère parce qu'elle fut d'abord attribuée au célèbre M. de Fénelon. On lut et on fut détrompé. L'ouvrage est rempli de plus de recherches que n'en aurait peut-être fait l'ingénieux prélat, mais on n'y retrouve pas les grâces qui le caractérisent. V Histoire de la philosophie est l'ouvrage qui a fait et qui soutient la réputation de M. Deslandes. Il y a de l'érudition, de la critique, de la sagacité, de la hardiesse dans cet ouvrage; peu d'ordre, quelques défauts de logique, un style plus fort qu'élégant et correct. On a agité en France si le luxe était plus nuisible qu'utile à un État. H. Melon, auteur de l'admirable Essai sur le commerce^ a prouvé qu'il était avantageux à un grand État tel que la France, et ruineux pour un petit État tel que la République de Genève. M. Deslandes a fait sa Lettre sur le luxe pour réfuter M. Melon. Gomme les deux champions n'étaient pas égaux, l'avantage est resté au premier, quoique la cause du second fût peut-être meilleure. L* Essai sur la marine et sur le commerce^ de M. Deslandes, qui parut il y y a environ quatre mois, est agréable parce qu'il y règne une liberté qui déplut à la cour, mds qui charma les bons citoyens et les honnêtes gens. N'entreprenez pas la lecture de VEssai sur la marine des anciens, que je vous annonce. La matière et la forme, les choses. Tordre, le style, tout est également mauvais dans cet ouvrage. Il n'y a de curieux qu'une dissertation , qui est à la fin, sur les vers qui détruisent les vaisseaux. Il est certain qu'on ne fait pas assez d'attention à cette vermine qui, transplantée d'Amérique en Europe, y détruit la marine et a failli renverser les digues qui couvrent la Hollande.
— Je reçois , en finissant cette lettre, des vers de l'abbé de Remis, adressés à M"* du Rocage; tels qu'ils sont, je vous les envoie :
£d vain Milton, dont vous suivez les traces. Peint Tâge d'or conmie un songe eflacé; Dans des écrits embellis par les grâces, On croit revoir ce temps si tôt passé.
1. Histoire critique de la philosophie. Paris, 1737-1750, 3 vol. ia-«.
Vivre avec vous dans le temple des muses. Lire vos vers et les voir applaudis, Malgré l'enfer, le serpent et ses ruses, Charmante Églé, voilà le paradis l
L'abbé de Bernis a de la naissance, de la figure, de la jeunesse et assez d'esprit. C'est beaucoup plus qu'il n'en faut pour être à la mode dans ce pays-ci. Autrefois les femmes avaient des fous, des singes, puis des nègres, et enfin des poètes dans le goût de l'abbé de Remis. La mode de ceux-ci commence à passer, et les géomètres commencent à régner aux toilettes. Les poésies de Remis sont peu de choses. Piron prophétisa, en voyant ses premiers ouvrages, que l'abbé serait un printemps qui n'aurait point d'automne ; ce qui s'est parfaitement vérifié. Comme l'abbé de Remis est entré très-jeune à l'Académie française, on a dit qu'il était assez cassé à trente ans pour mériter les Invalides. Nous donnons ce nom à l'Académie parce que les illustres qui la composent se reposent ordinairement après y avoir été reçus. Cela me rappelle un mot du prince Eugène. Il allait attaquer Lille ; on lui dit, pour l'en détourner, qu'elle était défendue par un maréchal de France : « J'aime bien mieux qu'elle soit défendue par un maréchal de France que par un homme qui aurait envie de le devenir. »
Les flatteurs ont donné d'abord à M"** du Bocage plus d'éloges que n'en mérite son Paradis terrestre. Voici un satirique qui le réduit à sa juste valeur 2
Sur cet essai, charmante du Bocage, Veux-tu savoir quel est mon sentiment?
Je compte pour perdus, en lisant ton ouvrage. Le paradis, mon temps, ta peine et mon argent.
— Je vous ai envoyé les vers de Voltaire à M"* la marquise de Pompadour. Le poëte Roy a adressé à cette occasion l'épigramme ï. 9
suivante à son conrrëre« Vous en sentirez la force quand vous saurez que la Bastille est le lieu où nous enfermons les méchants, et Charenton la retraite des fous :
Pour réloge qu'a dicté La folie ou la malice, Quel sort faut-il que subisse L'auteur tant de fois noté?
La Bastille par justice; CbarentOD par charité.
— Robé , poëte licencieux , qui commence à entrer dans la grande vogue, vient d'adresser une épltre un peu diffuse, mais agréable, à son perruquier. Les BéruUiens dont il parle sont les membres de la savante congrégation de l'Oratoire, dans laquelle il n'est pas permis de porter des perruques. Vous connaissez déjà l'abbé Le Blanc, l'homme le plus effronté de l'Europe, et qui fait les honneurs de la pièce que je vous envoie :
Illustre émule des Ringard,
Qui sans rien tenir sais promettre,
Daigne honorer de tes regards
Cette humble et suppliante lettre.
Toi dont le rasoir géomètre
Compassé sur des fronts bénis
Du saint cercle le diamètre;
Brave étuviste, à qui Denis
Sans crainte aurait osé commettre
Le menton qu'à son propre fils
Le tyran n'osait compromettre :
Toi qui, seul, aurais pu remettre
En grâce ceux de ton état
-Avec Julien l'Apostat,
Qui Jadis les chassa de Rome :
Cher La Font, qui, vraiment grand homme.
Dans ton art, à de faux cheveux
Sais donner le tour que tu veux.
Toi dont l'habile ministère,
A chaque chef par toi coté
Conserve son vrai caractère :
Au magistrat la gravité,
La suffisance au petit-maître.
Un tour de cagotisme ^u prêtre.
NOUVELLES LITTÉRAIRES. lâl
Au jeune homme Tair éventé,
Toi qui des cheveux blancs malpropres
Du scrupuleux BéruUien,
Marques la perruque si bien
Qu'on la prend pour ses cheveux propres.
Toi qui... mais hélasl que me font
Ces titres pompeux, cher La Font,
Si, toujours sourd à ma prière.
Des crins inquiétants sur mon front
Tu ne recules la barrière.
Conserverai-je un front étroit
A rinutile modestie ?
Ah l trace-m*en du moins un doigt
Pour quelque peu d'effi'onterie.
C'est par elle qu'en ces lieux-ci
Nos plats messieurs ont réussi;
Viens donc m'en agrandir la marge.
Mais garde-toi bien cependant
De le dessiner aussi large
Que celui de l'abbé Le Blanc.
— M. Roy, poète célèbre, dont j'aurai quelque jour l'honneur de vous faire l'histoire, vient d'adresser la pièce suivante à M"^ la marquise de Pompadour. Ce sont des vers allégoriques sur le talent qu'elle a de jouer admirablement la comédie :