‹ Correspondance littéraire (volume 5)Chapitre 12 sur 113 · PLAINTES DE THALIE · texte numérisé non relu

PLAINTES DE THALIE

Qu'élevée au-dessus du sort d'une mortelle La jeune Hébé triomphe au céleste séjour. Elle en était bien digne, et les ris et l'amour

Pour revivre avaient besoin d'elle.

Je consens qu^avec tant d'attraits

Les syrènes encor lui donnent

Le mérite des chants parfaits,

Et que les Grâces lui pardonnent

Les larcins qu'elle leur a faits.

Mais moi, qui n'eus jamais pour plaire.

Que mes talents et mon emploi. Pour me faire briller la scène est nécessaire ; Hébé m^en dépossède; et lorsque je la vois Enchanter tous les dieux, il ne reste pour moi,

A réjouir que le vulgaire.

Les destins en la formant.

Ne m'ont laissé rien à faire.

Qu'elle eût pris mes leçons quelques jours seulement, J'aurais dans ses succès mon dédommagement.

Cest ainsi que Thalie expose

Son dépit au conseil des dieux.

Sa rivale soumet les cœurs, charme les yeux,

La déesse perdra sa cause.

— Il y a longtemps qu'on ne nous avait rien donné d'aussi agréable que les Lettres éCune Péruvienne^. Elles contiennent tout ce que la tendresse a de plus vif, de plus délicat et de plus passionné. On n'y trouve point ces descriptions honteuses et ces voiles indécents qui révoltent également le bon sens et la pudeur, ni ces lieux communs et ce fade jargon de ruelle si fort en vogue aujourd'hui. C'est la nature embellie par le sentiment, c'est le sentiment qui s'exprime lui-même avez une élégante naïveté. A la vérité, c'est toujours l'amour que ces lettres peignent, mais sous des couleurs si nouvelles, si variées, si intéressantes, qu'on ne peut les lire sans être ému. Cet ouvrage, malgré son succès, a des défauts assez considérables. Le plan en est tout à fait. vicieux. Il y a un grand nombre de lettres assez faibles. Le sentiment en est toujours dans la nature^ mais les réQexions sont faibles, souvent même elles ne sont pas achevées. On trouve des situations qui manquent de vraisemblance. Il est impossible, par exemple, que Zélia, qui aime si éperdûment son cher Aza, puisse ignorer que les soins et les attentions continuelles de Déterville pour elle sont un effet de l'amour qu'elle lui a inspiré. A-t-elle besoin de savoir la langue du chevalier pour apprendre qu'elle en est aimée? Ses yeux le lui disent assez. Aza ne s'est-il pas servi quelquefois de leur langage avec elle dans ces moments où deux cœurs ne s'entendent jamais mieux que lorsque la bouche se tait ? Le portrait des mœurs françaises est vrai, mais superficiel. M"* de Graffigny, auteur de ces lettres, est veuve d'un homme de condition, major des gardes-du-corps du diic de Lorraine. Feu M"' la duchesse de Richelieu l'amena en France, et lui a laissé en mourant une pension de 1,000 écus, qui est assez mal payée. Cette femme^ nepouvant se distinguer par ce qui donne de l'éclat à nos femmes, s*est jetée dans le bel esprit, et vit avec les gens de lettres.

1. La première édition (anonyme) venait de paraître, 1747,in-12.

— Le succès des Anecdotes de la cour de François b% par ]il"^de Lussan\ n'est pas, à beaucoup près, aussi brillant que celui des Anecdotes de la cour de Philippe- Auguste*^ qu'elle publia il y a quelques années. Le règne de François I*", qui a été celui de la galanterie, devait fournir à l'auteur les aventures les plus intéressantes et lui échauffer l'imagination. Cependant son nouveau roman n'a pas cette chaleur et cet intérêt qu'elle a su jeter dans ses autres ouvrages. Peut-être aussi l'historique, (loQt elle a voulu faire un mélange avec sa fable, contribuet-il un peu à ce défaut. Il faut opter, quand on écrit, et ne pas faire une bigarrure déplaisante. La sagesse de l'histoire ne peut pas s'allier avec le^s sidllies de l'imagination. Celles-ci ne plaisent qu'à force de parures, celle-là n'a de prix que par sa majestueuse simplicité. Au reste, ces anecdotes feront pourtant quelque plaisir à lire ; on y reconnaît toujours la plume abon- «lante, agréable et facile qui les a écrites.

— La chute de six ou sept Coriolans^ qui n'ont paru quelquefois sur nos théâtres que pour y mourir au bruit des sifflets, aurait bien dû persuader aux Français que ce morceau d'histoire, tout brillant qu'il est, prête cependant peu de situations heureuses à la scène tragique. M. Mauger, l'auteur à'AmestriSj pièce assez médiocre et qui doit le peu de succès qu'elle eut à la surprise où l'on fut de voir un auteur tragique dans un gardendu-corps, a donc été bien téméraure d'oser tenter le sort, et de s'embarquer sur une mer encore couverte des débris et des ruines de ceux qui y ont navigué. Nautonnier imprudent, ^0 audace a rendu son naufrage éclatant. Les deux premiers actes ne sont qu'une exposition de sujet|f et de là nécessairement languissants. Les scènes en sont mal liées, les caractères inal fondus; il n'y règne point cette chaleur heureuse qui assure le succès des pièces. Ce n'est tout au plus qu'un assemblage mal dirigé d'amplifications de collège, relevées par quelques maximes détachées de politique, et à peu près aussi bien amenées que celles du vieux Sénèque. Goriolan, dans tout le cours ^le la pièce y pai*ait plus dégradé, plus avili que grand et que Romain. Les grâces tendres et naïves de la charmante Gaussin

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