Paris, 1748, 3 vol. in-lî
^ Paris, 1748, 6 Tol. in-12. (En collaboration avec l'abbë Boismoraod.)
iik NOUVELLES LITTÉRAIRES.
n'oDt pu nous intéresser pour Yolumnie; c'est un caractère mal dessiné; l'auteur n*apas eu assez de génie pour présenter un tableau frappant des combats que produisent dans un cœur vertueux l'amour de la patrie et l'amour d'un époux. Pour Yéturie, c'est un personnage mal copié d'après Emilie dans Cinna, et Gornélie dans Pompée. Â la place de la grandeur et de la fierté romaines, Manger substitue l'enflure espagnole et le mépris insultant pour les autres nations. L'auteur, qui croit de la meilleure foi du monde faire revivre en lui les talents du grand Gorneille, s'est sans doute applaudi dans tous ces endroits. Le cinquième acte est absolument misérable; l'auteur en convient lui-même. Je vous demande grâce pour le quatrième acte; on peut dire qu'il n'était pas digne d'une si mauvaise pièce. Il brille de beautés. La jalousie des courtisans y est bien peinte. Ge qui en fait surtout la beauté, c'est l'allusion naturelle qu'on y fait de Coriolan avec M. le comte de Saxe. On y voit la jalousie relever l'éclat du mérite de Coriolan par les efforts insignifiante qu'elle fait pour l'obscurcir.
M. Marmontel vient de donner aux comédiens une tragédie iniiiixléeDenysleTyran^. Jamais aucun auteur depuis Voltaire n'a débuté aussi glorieusement. Sa pièce continue d'avoir le succès le plus brillant; aussi est-elle excellente du côté du style, des pensées et de la conduite. Les éloges sont sortis impétueusement de toutes les bouches, et même de celles des auteurs, qui n'ayant pas eu le loisir de se précautionner contre l'admiration, ont été entraînés par les suffrages de tout Paris. Peut-être que son âge aura prévenu les esprits en sa faveur, et aura fait apercevoir dans sa pièce des beautés qui n'y sont pas. Quoi qu'il en soit, les beautés dodt elle brille sont comme le germe précieux de ces grandes beautés qui, même par le temps, écloront et produiront des fruits surprenants. On peut dire en général de sa pièce qu'elle est écrite noblement, que les vers en
i. Piarift^ 1740, in-S. Représoatée le 5 février i74S.
NOUVELLES LITTÉRAIRES. i^b
sont doux et coulants. On y admire de3 traits hardis, des pensées fortes, des sentiments vertueux, des situations théâtrales, des caractères soutenus, des incidents adroitement ménagés, une intrigue bien nouée, un dénoûment heureux. Il y a même plusieurs morceaux vraiment épiques. C'est un défaut, dit-on, dans une pièce tragique, parce que les personnes qu'on y représente étant naturellement occupées de leurs passions, ne doivent jamais emprunter le langage particulier aux poètes, que la hardiesse des fictions et des termes a fait appeler le langage des dieux, d'autant plus que ce langage étant le fruit de la méditation et de la recherche, l'impétuosité des passions n'en laisse ni le goût ni le loisir. J'en conviens ; mais toutes choses bien examinées, j'aimerais encore mieux ce style, quoique naturellement peu assorti aux circonstances, qu'un style plat, dénué de force et surtout des agréments que prodigue l'ivresse poétique. Au reste, souvenez-vous que le naturel, pour plaire au théâtre, doit être embelli par l'art, et que ce serait agir contre la nature elle-même que de la copier trop fidèlement. Mous sommes fort attachés à la vraisemblance, il est vrai, mais nous le sommes encore plus aux beautés qui nous dédommagent de son absence et en faveur desquelles nous en dispensons les auteurs jusqu'à un certain point. Si nous renonçons quelquefois à ce que nous aimons, c'est toujours pour avoir quelque chose que nous aimons davantage. Ce sont là nos dispositions; dispositions qui font partie de notre essence. Nos monologues, par exemple, sont-ils dans la vraisemblance? Et ce style qui, par sa cadence mesurée, s'élève au-dessus du langage ordinaire, est-il naturel? Rien moins que cela. Tout cela se souffre cependant; on s'y fait, et on sent ce qu'on perdrait si ces imperfections étaient ôtées. Pourquoi donc retrancherait-on rigoureusement tout ce qui approche du style épique, lui qui est fait pour peindre plus fortement ces choses, pour leur donner une nouvelle vie et une seconde expression? En vérité, avec la facilité que nous avons à nous prêter aux illusions, ce serait bien dommage de ne pas nous les donner. Combien de pièces de Voltaire ne se soutiennent qu'à l'aide de plusieurs traits épiques, qui répandent sur elles un coloris plus fort, plus lumineux et plus éclatant !
Pour revenir à Denys le Tyran, le premier acte, et même une partie du second, sont employés à exposer le sujet. La chaleur
ne commence qu'à la fin du second acte, et va toujours en croissant jusqu'au dénomment, qui est un coup de théâtre tout nouveau. A juger de l'auteur par la perfection de l'ouvrage, on croirait qu'il est d'un écrivain nourri du suc des anciens et extrêmement versé dans le genre dramatique, si la muse qui y a présidé, trop amoureuse des vers qu'elle enfante, ne décelait un jeune homme. Les réflexions du tyran sur les chagrins cruels qui le dévorent et le consument sont belles et exprimées en fort beaux vers, mais elles sont trop longues et répandent sur le premier acte je ne sais quelle langueur; c'est dommage que l'auteur n'ait pas eu le courage de les sacrifier à l'intérêt de l'action qui, par là, aurait été'plus chaude et plus animée.
Marmontel est un élève de M. de Voltaire; il était déjà connu par plusieurs petites pièces qui ont remporté le prix dans différentes académies. La plus belle de toutes ces pièces est une idylle faite en l'honneur de M. de Fontenelle. Une élégance simple, naturelle, naïve, en fait tout l'ornement. Dans son poème de V Incarnation brillent le sublime et le majestueux de la religion. On peut dire de toutes, en général, qu'elles sont écrites avec une précision, une pureté et une exactitude qui annoncent plus d'esprit que de génie. Elles n'ont point ce feu, cette âme, cette chaleur qui forment le poète. Il est surprenant qu'il n'ait pas porté dans sa tragédie le froid qui règne dans ses autres ouvrages. Ce qu'il y a de plus admirable en lui, c'est cette docilité parfaite qui le plie au sentiment de ceux qui le critiquent par goût et par raison ; bien différent de ces auteurs dont la moindre censure révolte et blesse l'amour-propre délicat.
Le succès inespéré de la tragédie de Marmontel semble présager qu'il sera le digne successeur de Crébillon et de Voltaire, comme ils l'ont été eux-mêmes de Corneille et de Racine. C'est à ces deux grands hommes que nous sommes redevables de la perfection où la tragédie a été portée en France. Je ne crains point de dire, dût-on m'accuser d'un préjugé ridicule en faveur de ma nation, que notre goût pour le théâtre est plus épuré que partout ailleurs; que la Melpomène française pense avec plus de force et de dignité, s'exprime avec plus de grâce et de noblesse que la Melpomène anglaise, qui n'est encore que rude et sauvage; que la Melpomène italienne, qui n'est que
molle et efféminée ; que la Melpomëne espagnole, qui est toujours montée sur des échasses et chez qui l'enflure tient lieu du naturel, et la pompe des expressions du sublime. Je n'aurais, pour le prouver, qu'à employer ce fameux argument de CicéroQ, pour établir la supériorité de valeur que les Romains avaient sur tous les autres peuples de la terre : un peuple à qui tous les autres accordent la supériorité de valeur immédiatement après eux, est sans doute le premier pour la valeur; or, tous les peuples ne contestaient que pour eux en particulier la valeur qu'ils accordaient aux Romains par préférence aux autres peuples. Donc, concluait Gicéron, les Romains l'emportent par la valeur sur tous les autres peuples. Vous, Anglais, pourrais-je dire à ces fiers rivaux de notre gloire, quel théâtre estimez-vous le plus après le vôtre? Je dis après le vôtre, car je sens bien que l'orgueil anglais ne fera jamais l'humiliant aveu de reconnaître dans quelque genre que ce soit, chez les autres nations, de la supériorité sur vous. Vous répondrez : le théâtre français. J'en ai pour garant vos. propres ouvrages qui nous donnent le premier rang après vous. Vous, Allemands, Ita- Ueos, Espagnols, quelles pièces de théâtre sont plus nobles, plus décentes, plus régulières? J'entends après les vôtres, car je ne veux pas choquer votre amour-propre national. Ce sont les pièces françaises, direz-vous, c'est le dire assez que de faire retentir vos scènes des acclamations que vous donnez à la majesté pompeuse des pensées de notre Corneille et au charme enchanteur des sentiments par lesquels Racine fascine, attendrit et amollit vos cœurs, tandis que les pièces des autres nations ne paraissent jamais exposées à la lumière éclatante de vos théâtres. Le grand, le noble, le majestueux, voilà ce qui caractérise Corneille; le tendre, le passionné, le gracieux, voilà ce qui distingue surtout Racine. Il excite chez nous une pitié tendre, il plonge dans une tristesse douce, il porte à l'âme je ne sais quoi de délicieux. Jamais personne n'a su mieux peindre que lui le mouvement des passions; jamais aucun des traits délicats ne lui échappe; jamais il ne se méprend; jamais il ne met un sentiment à la place de l'autre. Le sentiment, quand il le fait parler, n'a jamais parlé un langage qui fût si vrai, qui fût si bien à lui. Corneille peint la force des passions et Racine leur agrément. Corneille les attaque plus vivement, plus
profondément, mais si Racine étonne moins, il plaît davantage.
— Vous connaissez la pièce que Voltaire a adressée à M"* de Pompadour; voici une épigramme qu'on a faite contre lui à cette occasion ^ :
Dis-moi, stoîque téméraire, Pourquoi tes vers audacieux Osent dévoiler à nos yeux Ce qui devrait être un mystère?
Les amours des rois et des dieux Ne sont pas faits pour le vulgaire; Et, lorsque dans le sanctuaire On porte un regard curieux, Respecter leurs goûts et se taire Est ce qu^on peut faire de mieux.
II faut amuser^ en France comme partout ailleurs, un certain peuple qui n'est fait ni pour agir ni pour penser, auquel le moindre travail de l'esprit coûte, et dont l'oisiveté n'est occupée qu'à chercher un délassement aux plaisirs bruyants qui ne font qu'étourdir l'âme sans l'affecter. Cette espèce de gens n'est que trop commune. Leur parler de lire l'histoire pour connaître les hommes, ou d'approfondir les principes de la morale pour réformer leur cœur, c'est un langage qu'ils n'entendent pas. Les romans, voilà leur lecture favorite. Nos petitsmaitres et nos caillettes leur doivent tout le brillant de leurs conversations, toute la délicatesse de leurs sentiments, tout l'esprit qu'ils répandent dans un cercle.
L'abbé Prévost est, selon beaucoup de gens, le premier de nos romanciers : son style est pur et noble, sa manière est vive et intéressante, il est communément dans la nature, et il connaît très-bien le cœur humain. Mais son crayon est triste et
i. AtUîbttée à Roy par Barbier {Journal, éd. Charpentier, iv, 281).
noir; les aventures qu'il imagine sont souvent trop tragiques; les héros sont babillards; ils ne goûtent jamais un plaisir sans en vouloir savoir la raison. Toutes les fois qu'il s'est mêlé de peindre les mœurs extérieures il a échoué, parce qu'il ne les connaît pas; il attrape bien mieux le sentiment. Les Aventures d'un homme de qualité et le Cleveland sont ses deux meilleurs ouvrages.
M. Le Sage, qui vient de mourir, a fait des romans dans un autre genre : il peint les mœurs bourgeoises avec une naïveté, une simplicité, un sel, une vérité qui frappent peut-être plus que les extravagances les plus marquées; on lit avec un plaisir singulier le Diable boiteux et Gil Blas de Santillane.
M. de Marivaux a embrassé le genre de M. Le Sage, mais avec des talents différents. Il peint comme lui les mœurs bourgeoises, mais avec un esprit qui dégénère souvent en raffinement, avec une profondeur qui va jusqu'à Tobscurité, une métaphysique quelquefois ridicule, une hardiesse d'expression qui approche peut-être du burlesque. C'est incontestablement un des hommes de France qui ont le plus d'esprit. On ne lui accorde pas aussi universellement le goût. Sa Marianne et son Paysan parvenu sont ses meilleurs ouvrages.
M. de Grébillon fils est le père d'une autre sorte de romans qu'il est difficile de caractériser. Sous les extravagances de la féerie qu'il a ressascitée, il peint les mœurs bourgeoises du grand monde où il vit. Son pinceau est vif, voluptueux, léger, efféminé. Il connaît peu les hommes, mais on convient que jamais personne n'a peint les femmes comme lui.
Le succès de Grébillon a tourné la tête à mille sots qui ont voulu faire des romans dans son genre. Nous venons d'en voir UD, intitulé les Bijoux indiscrets ^ Le sujet est un prince qui, à l'aide d'une bague que lui a donnée un génie, force les bijoux de toutes les femmes à révéler leurs secrètes intrigues. Cette idée n'est pas neuve, et elle avait été traitée dans un autre ouvrage aussi licencieux, intitulé Nocrion. Les Bijoux indis^ rrets sont obscurs, mal écrits, dans un mauvais ton grossier et d'un homme qui connaît mal le monde qu'il a voulu peindre. L'auteur est M. Diderot, qui a des connaissances très-étendues
i» Au Monomotapa (Paris), 1748, 3 vol. iQ-12.
et beaucoup d'esprit, mais qui n'est pas fait pour le genre dans lequel il vient de travailler.
— Il paraît depuis peu la suite des Éloges académiques \ par M. de Mairan, qui a succédé à M. de Fontenelle dans la charge de secrétaire de l'Académie royale des sciences. Ces éloges ne sont point dignes de cet académicien, qui a la réputation d*ètre un des plus grands académiciens et des plus grands géomètres de France. Rien n'est plus sec, plus aride, plus triste, plus rebutant, que sa manière d'écrire. Oii Fontenelle avait cueilli des fleurs, il n'a trouvé que des épines. Son style est plein de négligences qu'on ne peut pardonner à un académicien français. Il est simple sans être naturel, pédant sans mettre de symétrie dans les ouvrages d'esprit, précieux sans employer les ornements ambitieux du style. Ses éloges, pour paraître mauvais, n'ont pas besoin d'être enlaidis par ceux de M. de Fon^nelle ; ils sont absolument mauvais. Jamais personne n'a mieux prouvé que lui combien est ingrat le terrain qu'on cultive après les autres. M. de Fontenelle, par les agréments de son style, avait trouvé le secret de rendre intéressantes les matières les plus arides ; son imagination riante avait su y répandre mille charmes inexprimables. Sans dissimuler rien, il a l'art de tout louer. La critique prend chez lui le ton de la flatterie. Les ridicules, qu'il saisit avec tant de finesse, se convertissent chez lui en éloges par le tour heureux qu'il leur donne. M. de Fontenelle est trop philosophe pour avoir du génie. Le vrai génie naît des convenances qui se trouvent entre les lumières de l'esprit et les passions du cœur. Or M. de Fontenelle n'a point de passions. Du caractère dont il est, de quoi s'était-il avisé de chausser le cothurne ? Il éprouva qu'il faut plus que de l'esprit pour réussir dans un genre d'esprit destiné à émouvoir les passions.
— Il parait une Épitre de M. Desmahis à if ™« de Marville^ femme de l'ancien lieutenant de police. C'est un portrait que l'auteur fait de lui-même, de son cœur, de son esprit, de ses talents et de ses mœurs. Ce petit ouvrage, d'environ deux cents vers, est écrit dans le goût de Chaulieu, que l'auteur se propose d'imiter par la molle négligence de sa muse et la volupté de
1. Èlogei das académiciens de l'Académie des sciences, morts de 1741 à 1743. Paris, 1747, in-12.
sa vie. Voici comment il peint cet aimable poëte du dernier siècle :
Ainsi pensa toujours cet aimable génie.
Ce philosophe aisé, ce convive charmant.
L'interprète du sentiment
Et le vrai dieu de Tharmonîe,
Ghaulieu, ce peintre des amours, Anacréon du Temple, Ovide de nos jours,
Dans les vers de qui tout respire^
Et Tatticisme si vanté,
Et la romaine urbanité.
Et ce charme français que je ne puis décrire.
On trouve dans cette épltre du sentiment, de la noblesse, mais peu d'ordre et un peu d'obscurité. On ne dira pas de l'auteur comme du soleil, splendor et ordo. Sa façon de voir est assez semblable à celle de Gresset. Il dit du sentiment :
Lui seul à la vertu prête de nouveaux charmes. Grâces de la pudeur, plaisir touchant des larmes. Tendre son de la voix, silence encor plus doux. Refus, désirs, transports, il vous réunit tous.
Et plus bas, de la morale :
La morale à mes yeux se montre sous Timage
D'une jeune ec tendre beauté.
La timide pudeur règne sur son visage ; Moins belle que Vénus elle plaît davantage. * L'adorable franchise habite à son côté.
Un soupir est tout son langage.
Les larmes de Tamour font la félicité.
Son symbole est un cœur ; qu'enseîgne-t-il au sage ?
La nature et l'humanité.
Voici comme il parle.de lui-même :
Si rhomme est méchant, je roublie.
S'il n'est que fou, j'en ai pitié; J'ignore la haine et Tenvie; Je ne connais que Tamitié.
0 vous, qui pratiquez les plus tendres maximes.
m NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Qui m^aimez pour moi-même et non poiut pour mes rimes,
yen goûte auprès de vous la charmante douceur. *
Le dieu de tous les arts, riogénieux Voltaire,
A formé mon esprit, et vous mon caractère;
Je loi' dois mes talents, mais je vous dois mon cœur.
— Il parait un ouvrage intitulé Essai historique et politique sur le gouvernement présent de la Hollande \ par M. Favîer. Le style de cet écrivain est languissant, la narration embarrassée, rordonnance confuse. L'auteur est d'ailleurs homme de beaucoup d'esprit, très-instruit des matières qu'il traite, et profond dans la connaissance des intérêts de l'Europe.
— Je viens de donner une nouvelle édition de mon Histoire duStathoudérat* considérablement augmentée, et j'ai fait imprimer en même temps V Histoire du Parlement d^ Angleterre*. Vous n'attendez pas, je pense, que je fasse l'extrait de mes propres ouvrages.
On vient de représenter, pour la première fois, sur le théâtre de l'Opéra, le ballet historique de Zaîs^^ dont les paroles sont de M. de Gahusac et la musique de M. Rameau. Le sujet de ce ballet est entièrement d'imagination. Le prologue est peu de chose. Oromazès, roi des génies élémentaires, leur annonce le débrouillement du chaos. Ils s'éveillent à sa voix et, frappés du spectacle nouveau que la nature offre à leurs yeux, ils en célèbrent à l'envi la beauté. Mais comme l'amour manque encore à leur bonheur, ce dieu parait et vient répandre dans les cœurs ce feu sans lequel ils seraient tous languissants, et la nature dépérirait. Voici ce que l'Amour leur dit :
Que l'Amour soit votre maître; Dès qu'on respire il doit être écouté; On ne saurait trop tôt connaître La route qui conduit à la félicité.