‹ Correspondance littéraire (volume 5)Chapitre 31 sur 113 · Par La Feuille, 1736, in · texte numérisé non relu

Par La Feuille, 1736, in

3. Voyage de Paris à Saint'Cloud par mer et par terre. La Haye, 1748, in-12. Réimprimée en l7eM)etl762, avec le Retour àParis par terre, de Lottln l'Alné, cette facétie de Néel, si injunement appréciée par Raynal, a été reproduite avpc iUustrations dans le Magasin pittoresque. Elle a eu, en outre, deux rééditions, Parts, Daabrée, 1843, in-32, et Maillet, 1865, in-16.

adressé une assez mauvaise pièce de vers au magistrat pour l'engager à préférer pour cela une colonne que Catherine de Médicis, la plus mauvaise de nos reines, avait fait construire pour y faire ses enchantements. La bizarrerie de cette idée a donne occasion à cette épigramnie de M. de Bonneval :

La colonne de Médicis Est odieuse à notre histoire ; Pour en eflacer la mémoire On ne doit point être indécis.

Il faut ôtre un hétéroclite Pour vouloir y placer le roi :

Cest du vainqueur de Fontenoy En faire un Siméon Stylite.

Ce Siméon Stylite était un saint extravagant qui a passé sa vie sur une colonne, dans je ne sais quel pays du monde.

— J'aurai l'hdnneur de vous rendre compte, dans ma première lettre, des ouvrages de nos peintres et de nos sculpteurs qui ont mérité de fixer, cette année, l'attention publique ; en attendant, voici une épigramme contre Voltaire, qui est encore de Bonneval :

J*ai vu ta statue au Salon :

Elle est, comme toi, maigre et blôme ;

J'ai consulté ton ApoHon,

Ce n'est pas Teffet du carême ,

Mais bien de l'envie aux yeux creux,

Qui, dévorant ton cœur immonde.

Est le symbole de ces feux

Qu'on te prépare en l'autre monde,

— Je viens de recevoir deux mauvaises brochures sous le nom à' Amusement des fies. L'auteur a fait un dialogue tout à fait fade pour y enchâsser trois ou quatre petites comédies qu'il aurait données autrefois au Théâtre-Italien.

— Zadiffy ou la Destinée y histoire orientale ^^ est un nouveau roman qui mérite quelque attention. 11 n'y a point d'intérêt; ce

1. D*aprè8 Beuchot et Quérard, Zadig aurait paru en 1747; mais comme Voltaire le fit d*abord imprimer pour des distributions particulières, il est assez Traisemblable que Raynal n'en ait eu connaissance qu^on an après.

sont des contes de quelques pages, détachés les uns des autres et qui sont extrêmement froids. Point d'instruction ; ces contes roulent sur des matières frivoles ou sur quelques objets de morale superficiellement traités. Point de sentiment; je ne me souvien^pas d'avoir guère lu rien d'aussi sec; peu d'esprit; les pensées y sont rares et même fort communes. Il règne, en revanche, dans ce petit ouvrage, une correction de style, un naturel d'expression, un respect pour les mœurs et pour le culte reçu, qu'on n'avait vu depuis longtemps dans aucun livre de ce genre.

Les gens du monde, les femmes principalement, en font peu de cas; les vrais connaisseurs et les gens du métier en pensent beaucoup plus avantageusement. On ne sait à qui attribuer ce roman, parce qu'il ne ressemble, pour la manière, à aucun de ceux qui ont paru jusqu'ici.

— Motre ministère s'étarft aperçu que la peinture, qui avait fait des progrès si rapides en France sous le règne du feu roi, commençait à diminuer, imagina, il y a assez longtemps, l'usage d'une exposition annuelle où le public jugerait des talents des artistes et du degré d'estime qui leur serait dû. Outre ce jugement public, nos peintres ont eu à essuyer, il y a deux ans, la critique particulière de M. de La Font, l'année dernière celle de l'abbé Le Blanc, et cette année celle d'un anonyme dont il parait que les connaisseurs louent assez l'exactitude et l'impartialité *. Les deux tiers de cette nouvelle brochure sont un examen, peu agréable des ouvragesde MM. de LaFontet Le Blanc; le reste est employé à examiner les tableaux de cette année, lesquels sont universellement jugés inférieurs à ceux des années précédentes.

i. MM. de MoQtaîgloD et J.-J. Guiffrey ont donné Tun ot Tautre la bibliographie de cette brochure intitulée Lettres sur les peinture, sculpture et architecture, A M"*, 1748, in-12, et Amsterdam, 1749 (édition augmentée); mais ils n'en font pas connaître Taotear.

Lesi tableaux d'histoire qui ont reçu le plus d'applaudissements sont : V" une Exaltation de la Croix^ par Restoat. On y trouve les bonnes et les mauvaises qualités de ce peintre : un bel accord et une parfaite intelligence du clair-obscur, mais un ton verdâtre ; 2* un Sujet pastoral^ de Boucher : c'est un berger qui apprend à jouer de la flûte à une jeune bergère. Le caractère de la bergère est parfait; mais le berger, par la délicatesse de ses traits, ne paraît pas tenir assez de son sexe; 3** le Martyre de saint Ferréolj par Natoire. Le caractère du saint est très-beau, mais le tableau en général est traité d*une manière trop froide ; 4** le Martyre de saint Thomas de Can^ torberyy par Pierre. L'expression de ce tableau est parfaite, mais il règne un ton trop noir dans les couleurs; 5** le tableau de Joseph et Putiphar^ de Halle. C'est la plus belle chose qu'ait jamads faite ce peintre. Le sujet est traité d'une manière neuve et rendu avec toute l'expression possible; 6** Oudry le père, si célèbre par ses animaux et ses paysages, a donné cette année un tableau de 11 pieds de large sur 8 pieds de haut, représentant une laie attaquée avec ses marcassins par des dogues de la plus forte race. Il y a un feu étonnant dans toute cette composition ; elle est rendue avec tant d'expression qu'on croirait entendre crier le marcassin qu'un des chiens tient dans sa gueule. Personne n'a jamais peint avec tant de vérité la nature vivante. Lorsque M. de Tournehem, directeur des bâtiments du roi, vit au Salon ce tableau, il demanda à qui il appartenait, et, sur ce qu'on lui répondit qu'il était à l'auteur : a II est au roi, » repartit-il sur-le-champ, donnant à entendre qu'il le retenait pour Sa Majesté. Quelle manière ingénieuse d'encourager les artistes !

On s'était imaginé, il y a quelque temps, répandre plus de dignité et de variété dans les portraits en donnant des habillements historiques ou pastoraux aux objets que l'on avait à peindre. On est revenu de ce mauvais goût, et La Tour est le premier qui se soit fait une règle de peindre ses portraits avec les habits ordinaires, l^ Ce peintre a moins réussi cette année qu'il n'était dans l'usage de le faire. Il n'a pas assez varié l'attitude de ses portraits, et cette uniformité a beaucoup déplu. Son Portrait de la reine a pourtant été regardé comme un chef-d'œuvre, tant par la ressemblance que par l'art avec lequel

les ajustements y sont traités. 2* Tocqué a composé le Portrait m pied de feue Madame la Dauphine^ comme le meilleur peintre d'histoire aurait pu le faire. On pourrait dire de cet auteur ce que l'on disait de feu Bigaud, qu'il est né pour peindre les rois et les princes. On a cependant trouvé des tons noirs dans le coloris de ce tableau. Tourniëre, Nattier et Nonnotte ont tous fait des portraits dans leur manière, sans qu'aucun ait singulièrement attiré l'attention du public.

La sculpture n'a pas paru cette année avec avantage au Salon. Le seul morceau qui ait mérité l'estime des connaisseurs est une France personnifiée qui embrasse le buste du roi, par Falconet. L'esprit qui règne dans cet ouvrage développe tout ce qu'on peut attendre du génie de ce sculpteur encore peu connu. Il a su rendre avec une âme admirable, dans la France personnifiée, ces vifs sentiments de tendresse dont la nation est pénétrée pour le roi, mais il y règne plus de goût que de correction. On n'a pas vu au Salon, mais on voit dans l'atelier de M. Pigalle les figures de Vénus et de Mercure. L'auteur a choisi l'instant où Vénus engage avec tendresse Mercure à lui faire UQ message. La Vénus est noblement posée, le dessin en est élégant; il tient de l'antique et rappelle bien la nature; son caractère inspire la volupté. Mais une figure dont le sujet exigeait tant d'expression aurait dû avoir les prunelles des yeux marquées; son regard en aurait été mieux décidé et elle en aurait eu plus d'âme. A l'égard du Mercure, il est regardé comme la Ggore la plus heureusement composée qui soit sortie de l'École irançaise. Les anciens ont beaucoup vanté la beauté des mains et des pieds du messager des dieux; aussi remarque-t-on que l'auteur a parfaitement répondu à l'idée qu'ils en avaient conçue. Cependant, quoique les muscles du dos soient rendus sans dureté, on les trouve d'un côté trop prononcés. La tète de cette figure est fine et exprime parfaitement la figure de ce dieu, mais elle paraît un peu trop jeune pour le corps. Le roi de France fait présent au roi de Prusse de ces deux excellents morceaux.

il y a cette année au Salon d'excellents morceaux de gravure, et en quantité ; le détail de tout cela me mènerait trop loin.

— Voici la parodie de Tépigramme contre Voltaire, que j'ai ei l'honneur de vous envoyer il y a deux courriers :

Malgré la basse jalousie D*un Dombre infini d*ennemls, On applaudit Sémiramis ; Le tombeau de Ninus est celui de Tenvie.

Il a paru trois ou quatre critiques badines de cette tragédie. C'est notre usage, nous tournons tout en raillerie dans ce pays-ci; on plaisante sur les malheurs de l'État coaime sur une aventure singulière et bizarre. Un ancien historien obserfe que lorsque Annibal proposa aux Gaulois de s'unir à lui poar aller porter la guerre en Italie, ils lui répondirent par un grand éclat de rire. Nous n'avons pas dégénéré, et nous rions de tout aussi bien que nos ancêtres. Les affaires les plus importantes ont toujours pour nous un côté ridicule ; nous les envisageons de ce côté-là, et nous rions.

— Vous connaissez, je crois, Danchet aux enfert. On a fait, i l'imitation de cet ouvrage de Piron, La Peyronnie ausc enfer$, La Peyronnie était le premier chirurgien du roi; son exaltation le porta à vouloir bien ou mal ennoblir sa profession et à la rendre indépendante de la médecine. Cette prétention a brouillé irréconciliablement les gens des deux professions, lesquels, pour l'intérêt de l'humanité, devraient être si intimement unis. Depuis plusieurs années ils inondent le public de factums, de plaidoyers, de satires les uns contre les autres. La poésie que j'ai l'honneur de vous annoncer est un fruit de cette dispute. On introduit La Peyronnie avouant au monarque des sombres bords que les chirurgiens méritent sa protection parce qu'ils peuplent tous les jours son empire, au lieu qu'il doit exterminer tous les médecins qui prolongent les jours des hommes. Cette idée ridicule et si opposée *à l'idée qu'on a de la médecine n'a pas paru plaisante. On fait faire d'ailleurs à La Peyronnie des aveux qui ne sont pas dans M vraisemblance. Ainsi, la pièce totalement prise est mauvaise; mais il y a quelques portraits qui sont rendus avec une assez grande force de pinceau, celui d'Astruc en particulier.

NOUVELLES LITTÉRAI RES. 221

— L'abbé Lambert, connu dans ce pays-ci par plusieurs mauvaises brochures politiques, vient de publier quatre gros volumes d'Observations curieuses sur les mœurs^ gouvernement^ géo^ graphie^ religion^ commerce^ navigationy artSy de différents pays de VAsiej de V Afrique et de V Amérique^. Voici, je crois, ridée qu'il se faut faire de cet ouvrage : i** C'est purement une compilation de plusieurs voyages; l'auteur n'a rien vu par ses yeux, et on est bien souvent trompé quand on ne voit que par ceux d'autrui. 2" Cette compilation manque absolument d'ordre; l'auteur prend les choses à mesure qu'il les trouve, sans s'être fait un plan d'arrangement qui donne de l'agrément à un ouvrage et qui fait qu'on en peut retirer quelque fruit. 3* Il règne, dans cette compilation, une bigarrure de style qui déplaît aux gens de bon goût. L'auteur ne s'est pas donné la peine d'écrire cela lui-même; il se sert toujours des expressions qu'ont employées les auteurs qu'il copie servilement; ainsi la narration est tantôt fleurie et tantôt sèche; puis noble et ensuite rampante, un peu plus loin serrée et ensuite prodigieusement diffuse. &^ L'auteur a montré peu de discernement dans le choix des sources où il a puisé. On trouve qu'il copie des relations absolument décriées et qu'il néglige des morceaux universellement estimés. Il paraît, en général, donner trop de créance aux ouvrages des jésuites, ô® Pour que vous puissiez vous former une idée plus exacte de ce livre, je vais en transcrire ici un morceau ; c'est un jugement porté par le roi Mariadiramen, célèbre dans les Indes par sa sagesse.

0 Un homme riche avait épousé deux femmes. La première, qui était née sans agrément, avait pourtant un grand avantage sur la seconde, car elle avait eu un enfant de son mari, et l'autre n'en avait point ; mais aussi, en récompense, celle-ci était d'une beauté qui lui avait gagné entièrement le cœur de son époux. La première femme, outrée de se voir dans le. mépris, tandis que sa rivale était chérie et estimée, prit la résolution de s'en venger et eut recours à un artifice aussi cruel qu'il est extraordinaire aux Indiens. Avant que d'exécuter son projet, elle affecta de publier qu'à la vérité elle était infiniment

1. Aecuet/ â^observatims curieuses sur, etc., etc. Paris, 1749, 4 vol. ia-12.

sensible au mépris de son mari, mais qu'elle avait un fils, et que ce fils lui tenait lieu de tout. Elle donnait alors toutes les marques de tendresse à son enfant qui n'était qu'à la mamelle.

a Après avoir ainsi convaincu tout le monde de la tendresse infinie qu'elle portait à son fils, elle résolut de tuer cet enfant, et, en effet, lui tordît le col une nuit que son mari était àxa\ une bourgade éloignée, et elle le porta auprès de la seconde femme qui dormait. Le matin, faisant semblant de chercher son fils, elle courut à la chambre de sa rivale, et, Ty ayant trouvé mort, elle se jeta par terre, s'arracha les cheveux en poussant des cris affreux. Toute la peuplade s'assembla; le> préjugés étaient contre l'autre femme. Car enfin, disait-on, l n'est pas possible qu'une mère tue son propre fils, et quand une mère serait assez dénaturée pour en venir là, celle-ci ne peut pas même être soupçonnée d'un pareil crime puisqu'elle adorait son fils et qu'elle le regardait comme son unique consolation. La seconde femme disait pour sa défense qu'il n'y avaiî point de passion plus cruelle et plus violente que la jalousie, et qu'elle est capable des plus tragiques excès. Cette affaire fot i portée à Mariadiramen. On marqua un jour auquel chacune de> deux femmes devait plaider sa cause. Elles le firent avec cette éloquence naturelle que la passion a le don d'inspirer. Mariadiramen, les ayant écoutées l'une et l'autre, prononça ainsi {( Que celle qui est innocente et qui prétend que sa rivale est coupable fasse une fois le tour de l'assemblée dans la posture que je lui marque. » Cette posture qu'il lui marquait était indécente et indigne d'une femme qui a de la pudeur. Alors la mèi'e de l'enfant, prenant la parole : « Pour vous faire connaître, ditelle hardiment, qu'il est certain que ma rivale est coupable, non-seulement je consens à faire un tour dans cette assemblée de la manière qu'on me le prescrit, mais j'en ferai cent s'il le faut. — Et moi, dit la seconde femme, quand même, tout innocente que je suis, je devrais être déclarée coupable du crime dont on m'accuse faussement, et condamnée ensuite à la mort la plus cruelle, je ne ferai jamais ce qu'on exige de moi. » La première femme veut répliquer, mais le juge lui impose silence, et, élevant la voix, il déclare que la seconde femme, qui est si modeste qu'elle ne veut pas même se

lérober à une mort certaine par quelque action tant soit peu indécente, n'aura jamais pu se déterminer à commettre un si ^and crime. Au contraire, celle qui, ayant perdu toute honte 5t toute pudeur, s'expose sans peine à ces sortes d'indécences, ne fait que trop connaître qu'elle est capable des crimes les plus noirs. La première femme, confuse de se voir ainsi découverte, fut forcée d'avouer publiquement son crime. »

— L'Académie française est dans l'usage de faire prêcher tous les ans le panégyrique de saint Louis dans la chapelle du Louvre. Cette compagnie a été si cbaimée du discours qui a été prononcé cette année qu'elle a député deux de ses membres au ministre qui a la direction des affaires ecclésiastiques pour le prier de donner un bénéfice à l'orateur qui avait montré un talent si marqué. Comme ces messieurs, depuis l'établissement de leur société, n'avaient fait cette démarche qu'une autre fois, on a eu égard à leur demande, et l'abbé Poulie vient d'obtenir une abbaye de huit mille livres. Son discours parait imprimé depuis peu de jours*. Il manque d'ordre, de netteté et d'harmonie; on y trouve quelques belles idées médiocrement bien rendues, et un grand nombre de capucinades. Je crois que les académiciens doivent être bien honteux d'avoir fait tant de bruit pour si peu de chose.

J'ai eu l'honneur de vous marquer, dans une de mes dernières lettres, qu'on était occupé à Paris du soin de trouver un emplacement favorable pour y placer la statue équestre du roi. M. Gresset fit des vers dans lesquels il indiqua une vieille colonne qui a servi autrefois aux sortilèges de Catherine de Médicis. Cette idée bizarre lui attira une épigramme que je vous ai envoyée, et a donné occasion aux vers du célèbre Piron que vous allez lire.

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