‹ Correspondance littéraire (volume 5)Chapitre 32 sur 113 · RONDEAU · texte numérisé non relu

RONDEAU

A rien de beau pour nous, Gresset, Tu ne conclus dans ton placet.

Quoil du roi confiner la gloire Au fût d'un vieil observatoire?

Mieux valait garder le tacet.

Toute colonne, comme on sait.

Avec le temps, comme un lacet, Se rompt et laisse une mémoire A rien.

Avec beaux jetons au gousset.

Sommes-nous pas seize ou dix-sept.

Payés pour le poëme ou l'histoire?

A quoi sert donc notre écritoire ?

ïu l'auras fait dire tout net :

A rien.

— On vient d'imprimer à Paris un recueil de ce qu'on a trouvé de plus agréable dans les mémoires de l'Académie de Berlin. On a fait entrer dans cette compilation : 1^ V Exposition du plan imaginé par le roi de Prusse pour la ré formation de la justice. Ce morceau a paru nerveux, plein de logique, de précision, et digne de M. Formey. 2° Les Mémoires pour servir à Vhisloire du Brandebourg. Ces mémoires manquent de correction et d'agrément. Tout cela est trop sec, trop décharné, trop chronologique. Il y a deux autres vues politiques qui font regretter qu'il n'y en ait pas davantage. On souhaiterait que le roi eût laissé à M. de Maupertuis le soin de revoir cet ouvrage, comme il laissa autrefois à Voltaire le soin de corriger V Anti-Machiavel

i. Titon du Tillet avait proposé d*appeler loioicims les monuments élevés à la gloire de Louis XIV et de Louis XV. Lodoique est une variante de ce néologisme peu connu.

i* Le Discours de M. d'Argensoriy pour prouver l'avantage que retireraient les Académies si elles admettaient dans leur sein des étrangers, est fort peu de chose. L'auteur n'a pas eu sur cela des idées ni bien nettes ni fort étendues. Il y avait mieux à dire sur ce sujet qu'il ne l'a fait. 4* Le Panégyrique du roi^ par Maupertuis, est l'ouvrage d'un homme qui a bien de l'esprit, et qui veut en avoir encore plus qu'il n'en a. Cette affectation dépare ce discours, où il y a, d'ailleurs des idées fort brillantes, b"" La Dissertation sur les sqnges est de main de mattre ; ce sont les idées de M. Wolf rendues avec beaucoup d'ordre et d'agrément. M. Formey a un très-bon style, et s'il peut se corriger de quelques germanismes ou de quelques expressions hasardées, il écrira admirablement. II s'en faut beaucoup que le secrétaire de notre Académie des sciences soit de sa force. Si M. Formey entendait tout ce qui se dit sur cela, il serait bien content de Paris et de la France.

— Un M. Ange Goudar, dont on n'avait jamais entendu parler, vient de nous donner des Pensées diverses^ ou Réflexions sur divers sujets dans le goût de La Bruyère^. C'est le titre de son livre. Ce livre de morale est sans réputation, mais non pas sans prix. On peut distribuer ces pensées en trois classes : il y en a quelques-unes de très-fines et de très-heureusement rendues, un plus grand nombre de médiocres, et enfin plusieurs si mau vaises qu'on a soupçonné que tout l'ouvrage n'était pas du même auteur.

— 11 m'est échappé dans le temps une épigramme que vous serez sans doute bien aise de voir. Pour la comprendre, il faut savoir que Sémiramis a été représentée le même jour qu'on a fait dans nos troupes une réforme de 30,000 hommes. Gomme M. d'Argenson, ministre de la guerre, s'est écarté des usages pratiqués jusqu'ici en pareille occasion, sa conduite n'a pas été universellement approuvée.

En même jour Voltaire et d*Argenson,

l>eux grands auteurs, ont produit leur ouvrage ;

Mais le public, malgré leur étalage,

Les a siffles tous deux avec raison.

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