‹ Correspondance littéraire (volume 5)Chapitre 55 sur 113 · in · texte numérisé non relu

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qu'à décrier la religion. Cet abus de l'esprit est la source de trois malheurs qui retombeHt sur les auteurs, sur le culte reçu, et sur les lettres : 1« les écrivains des livres impies sont exclus des honneurs de la société et de ceux de la littérature : 2** la religion, attaquée par de bons mots et par des plaisanteries, perd de sa dignité et de cet ascendant qu'elle avait pris sur les esprits : les hommes sages et éclairés ne sont pas ébranlés par les sophismes et les railleries des incrédules ; mais les libertins, les génies faibles, les jeunes gens, tous ceux qui courent après Tesprit, se laissent entraîner : 3» un troisième inconvénient trèssensible, c'est la perte des lettres en France. Depuis que nous ne croyons plus dans ce pays-ci, nous n'avons plus de Corneille, de Racine, de Despréaux, de La Bruyère; il en renaîtra lorsque nous serons redevenus croyants. Ne trouvez- vous pas étonnant qu'un homme qui se mêle d'écrire fasse de si pitoyables raisonnements? Voilà à quoi se réduit cette brochure qui est écrite d'un style maniéré, précieux et entortillé comme tout ce qui sort de la main du jésuite qui en est l'auteur.

— Voici une petite pièce de poésie qui a bien de l'agrément, elle fait du bruit ; quoique la pensée n'en soit pas nouvelle et qu'on la voie plus naïvement rendue dans une épigramme du bon Harot. On ne nomme point le père de cette ingénieuse et délicate bagatelle, où il se trouve quelques négligences.

L*Amour entouré des ris Jouait avec la pomme accordée à sa mère Par l'équitable Paris.

Sa main folâtre et légère La jetait, l'attrapait, la rejetait en l'air, * Quand tout à coup l'oiseau qui porte le tonnerre S'élance, la saisit, et fuit comme un éclair. L'Amour, désespéré, parcourt toute la terre ;

Vénus ne l'aimera jamais.

Qu'il n'ait trouvé le prix qu'obtinrent ses attraits.

L'aigle, planant sur nos rivages.

L'avait laissé tomber dans nos riants bocages

Où nos rois ont fixé leur cour.

Un héros parcourant cet auguste séjour

Les voit et lit ces mots : A la plus belle. « Cette pomme, dit-il, regarde Pompadour. » 11 la lui porte devant elle ; A l'instant arrive l'Amour:

A peine il aperçoit cet objet qui i'eochaote Que, transporté de joie, il se jette à son cou : c Maman, s*écria-t-il, vous êtes bien méchante De m'avoir fait chercher si longtemps ce bijou. >

— Il faut avouer que tous les discours académiques jouent de malheur. Ils sont mauvais et le paraissent. Quoi que porte la devise de MM. de l'Académie française, je pense que ceux qui n'ont que leurs discours de réception pour prétendre à l'immortalité courent risque de n'y parvenir jamais. Heureusement le maréchal, duc de Belle-Isie s'est ouvert d'autres routes, et il n'a pas besoin pour être inscrit au temple de mémoire du discours qu'il prononça lundi 30 j'uin, jour de sa réception. On s'attendait à un ouvrage qui réunirait les talents et les défauts du P. de La Neuville ; on n'a eu qu'un squelette sans vie, sans âme et sans couleur. L'abbé du Resnel répondit par un éloge grossier, direct et outré : le style, les choses, le débit de ce discours, tout annonçait plutôt le collège que TAc^ demie. La séance fut terminée par la lecture de quelques réflexions sur la poésie, par M. deFontenelle. Ce Nestor du Pinde prétend prouver que la poésie a été inoculée avant la prose; et il fonde son paradoxe sur ce que les premiers bommes, n'ayant point l'usage de l'écriture, étaient obligés de retenir de mémoire les faits et les lois : or on retient plus aisément les vers que la prose. Après cette première dissertation, le dissertateur divise la poésie en fabuleuse, en spirituelle et en intellectuelle ou métaphysique. La poésie fabuleuse est celle où l'on emploie le système théologique des païens : ces divinités fabuleuses ont ouvert un vaste champ à l'imagination des premiers poètes; mais depuis elles sont tombées de vieillesse, et l'usage qu'on en fait aujourd*bui n'est plus si merveilleux. La poésie spirituelle est, à proprement parler, ou le langage de l'esprit seul, ou celui du cœur. L'intellectuelle est entièrement livrée à la philosophie : telle est la poésie de La Motte. Ce petit ouvrage de M. de Fontenelle n'a pas eu le sort de ses autres productions, il a été peu applaudi. 11 n'est pas difficile de trouver ?a cause de ce phénomène. La dissertation était remplie de paradoxes; il se trouvait peu de ces bluettes que l'auteur a semées avec tant de profusion dans ses autres ouvrages, et il louait excessivement La Motte, qui n'est plus de mode dans ce pays-ci.

Comme tous les événements deviennent ici la matière de quelque épigramme, voici ce que le poète Roy a adressé aux académiciens :

Sur votre liste un nom que la gloire couronne Vous rend bien fiers et bien hautains ;

Pauvres gens, croyez-vous qu*un maréchal vous donne Sauvegarde pour vos Gotins?

— M. Racine vient de nous donner un recueil en trois volumes des lettres que Rousseau a écrites ou de celles qu'il a reçues*. Quoiqu'elles ne paraissent que depuis quatre jours, elles ont excité tant de clameurs que l'éditeur a jugé à propos de désavouer cette collection. Si vous lisez ces lettres, vous y trouverez quelques jugements bien rendus, des détails de littérature qui auraient pu faire plaisir il y a trente ans, de l'aigreur contre ses ennemis, des jérémiades perpétuelles de l'auteur sur ses malheurs, une partialité visible contre les gens qui pensaient autrement que lui sur les matières du bel esprit, un style lourd et beaucoup de lieux communs. Rousseau, si admirable dans ses poésies, est à peine supportable dans sa prose. Pour vous dispenser de parcourir toutes ces lettres, qui sont peu agréables, je vais en extraire tout qui peut piquer la curiosité.

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