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« Le premier homme, etc., et le renvoya. .1
Voilà, madame, tout ce qae vous aurez de moi ce courrier. J'espère que Vous voudrez biea me faire marquer si J*ai saisi ou manqué votre goût. Je suis déterminé à ne rien négliger pour contribuer à Tamusement d'une dime, la gloire de son sexe et un peu la honte du nôtre. Depuis que quelques hommes passent leur vie à la toilette, il est convenable qu'il y ait des dames comme vous qui vivent avec Leiji)nitz ou avec Racine.
Nous ignorons qui avait jeté les yeux sur Raynal pour remplir cette fonction de correspondant littéraire si fort à la mode au xviii* siècle. Nous ne savons pas davantage s'il s*en lassa, comme le dit Meister, ou si le manuscrit de Gotha présente des lacunes; toujours est-il que les années 4752 et 4753 manquent entièrement; les nouvelles reprennent au milieu de 4734 et se succèdent sans interruption jusqu'en février 4755, c'est-à-dire lorsque la correspondance de Grimm avait lieu depuis trois ans. Raynal était-il en concurrence avec lui ? Continuait-il pour la seule duchesse de Saie-Gotha ce que Grimm avait entrepris dès lors pour la plupart des princes allemands? S'il ne fut pas à un moment donné le correspondant de Frédéric II luimême, ce ne fut pas la faute de Voltaire, qui le recommandait en ces termes àDarget, le 24 avril 4750:
Voici une espèce d'essai de la manière dont le roi votre maître pourrait être servi en fait de nouvelles littéraires. L'abbé Raynal, qui commence cette correspondance, a l'honneur de vous écrire et de vous demander vos instructions. C'est un homme d'un âge mûr, très-sage, très-instruit, d'une probité reconnue, et qui est bien venu partout. Personne dans Paris n'est plus au fait de la littérature depuis les in-folio des bénédictins jusqu'aux brochures du comte de Caylus; il est capable de rendre un compte très-exact de tout, et vous trouverez souvent ses extraits beaucoup meilleurs que les livres dont il parlera. Ce n'est pas d'ailleurs un homme à vous faire croire que les livres sont plus chers qu'ils ne le sont en effet : il les met à leur juste prix pour l'argent comme pour le mérite. Je puis vous assurer, monsieur, qu'il est de toute façon digne d'une telle correspondance.
La proposition n'eut pas de suites, pensons-nous : Frédéric, très-mécontent deThiériot qui ne pouvait avoir un rhume sans qu'il en fût informé par un galimatias de quatre pages ^, refusait plus tard pour correspondants Suard, que lui proposait d'Âlembert, et La Harpe qui s'offrait lui-même *.
A cette époque, Raynal était depuis longtemps revenu à ses études historiques et aux compilations de librairie^ par lesquelles il préludait à sa
1. Lettre à M«>« du Ch&telet, 23 janvier 1739. OEuvrn de Frédéric, éd. Preass, t. XVn, p. 14.
2. Ch. Nisard. Mémoires historiques et littéraires inédits, p. 87.
3. Raynal a même reproduit dans l'une d'elles {Anecdotes littéraires, Paris 1750, 2 vol. in-12, et La Haye, 1756, 4 vol. in-12) quelques-unes des particularités concernant Boileau, La Fontaine, etc., que Ton retrouvera plus loin.
rameuse Histoire philosophique. Aucun livre, à coup sûr, ne s'est plus ressenti des collaborations multiples dont il est sorti; la personnalité de celui qui Ta signé y est insaisissable, tandis que dans les Nouvelles liUéraires le goût et le savoir de Tauteur se montrent librement; la variété des renseignements qu'elles révèlent sur les livres, le théâtre^ les beaux-arts d'une période pour laquelle il n'existe aucun recueil aussi complet, suffirait à ustifier leur publication, alors môme que nous n'aurions pas pour garantie de leur valeur propre l'opinion de Voltaire.
Le premier homme de la littérature française, M. de Voltaire, vient de célébrer nos derniers succès de Flandre. Lorsqu'il faisait de bons vers, il déchirait sa patrie ; il lui consacre maintenant des vers vides et languissants. Son ouvrage est une épttre à M'"'' la duchesse du Haine ^ : le style en est prosaïque, les pensées triviales, la contexture irréguliërei II n'y a ni plan, ni tour, ni force, ni délicatesse dans cet avorton ; vous n'y trouverez de supportable, madame, que quelques vers de sentiment sur M. de Boufilers.
— Un ouvrage intitulé Ascanius ou le Jeune Aventurier^ commence à faire du bruit. C'est l'histoire du prince Edouard depuis la malheureuse affaire de GuUoden jusqu'à son retour en France ; on y voit une suite des périls qu'il a courus, des disgrâces qu'il a essuyées, des aventures qu'il a eues. Cette relation est mal Sente et mal fondue; mais il y règne un air de vérité, de simplicité et de candeur qui attendrit et qui persuade; le titre de ce livre est injurieux au jeune héros, le détail lui est favorable. On le blâme seulement d'avoir désespéré trop facilement; sa fermeté aurait pu inspirer de la con-
i. Sur la victoire de Lawfelt.
2. Traduit de l'anglais par d*Iotraiguel. Lille et Lyon, 1747, in-8;etfidimboarg^ 1703, avec le titre de VAMcamw modemtfy qu Vlilustf Aventurier.
fiance aux vaincus et rétablir peut-être les affaires. Quoi qu'il en soit, le prince a paru chagrin de la publication de cette histoire. Par son ordre et sur ses mémoires, M. de Bougainville travaille à un ouvrage entier et exact sur cette matière.
— Vous connaissez, madame, le théâtre anglais ; il est sans mœurs, sans décence, sans règles ; ces insulaires sont naturellement si sombres, si tristes, si mélancoliques, que les scènes les plus fortes, les plus hardies, les plus outrées, ne le sont jamais trop pour les distraire ou pour les toucher. Les Français, qui dans leurs voyages ont le ridicule de n'estimer que leur pays, ont la manie, lorsqu'ils sont chez eux, de ne guère goûter que ce qui est étranger; leur folie est maintenant pour la tragédie anglaise. Le président Hénault vient d'en publier une dans ce goût-là, qui occupe tous les esprits; elle est en prose ; tous les événements d'un règne tumultueux y sont renfermés; les personnages qui y agissent sont sans nombre : on l'intitule François Second^. L'auteur a cherché à y jeter quelque intérêt en faisant contraster les factions des Guises et des princes du sang, lesquelles déchirèrent alors les entrailles de la France. Malgré cela, l'ouvrage est très-froid ; tout son mérite se réduit à être bien écrit et bien raisonné. Ce M. Hénault est ici un homme à la mode ; il a passé sa jeunesse dans la congrégation de rOratoire, où il a fait de très-bonnes études. Sorti de sa retraite, il a débuté dans le monde par des chansons charmantes, talent qui, chez une nation aussi frivole que la nôtre, conduit quelquefois à la grande réputation. Il a publié depuis un Abrégé de t Histoire de France, morceau précieux qu'on n'estime ce qu'il vaut que quand on l'a lu dix fois. Jamais personne n'a mieux connu peut-être et n'a mieux fait connaître le gouvernement, les intérêts, le génie des Français, que cet excellent écrivain.
— Nos comédiens, qui échouent souvent avec d'excellentes pièces, viennent de réussir avec une médiocre ou même mauvaise; elle est intitulée Amestris '. Le style de cet ouvrage est naturel, mais faible; le sentiment vrai, mais usé; les situations
1. François II, roi de France, tragédie en cioq actes et en prose. Paris, 1747, in-8; seconde éd. enrichie de notes, s. 1. (Paris)» 1768, in-6.