‹ Correspondance littéraireChapitre 108 sur 179 · VERS SUR LA COMEDIE DES PHILOSOPHES PAR M. PIRON · texte numérisé non relu

VERS SUR LA COMEDIE DES PHILOSOPHES PAR M. PIRON

Le Méchant plut, le Méchant plaît, Gresset le fit, Palissot Test.

— L'Académie française vient de perdre deux de ses Quarante : M. de Yauréal, ancien évêque de Rennes \ et M. de Mira-

1. Mort le 19 juin 1760, à l'âge de soixante-treize ans. On serait assez porté à croire que Vauréal fut un de ces prélats d'alors qui faisaient leur chemin par les femmes, si l'on ajoutait foi à l'autorité de Collé et à l'cpigramme de Piron : Chez Vauréal, où dînait Boismorand, etc. (T.)

baud, ancien secrétaire de l'Académie ^ Le premier avait été pendant quelque temps ambassadeur du roi en Espagne. Il avait de l'esprit. Il écrivait avec chaleur, et il était d'un commerce très-agréable. M. de Mirabaud était homme de lettres médiocre, mais très-aimable d'ailleurs. Il était simple et parfaitement honnête homme, et, dans la société, droit, doux et récalcitrant; bon enfant, mais volontaire, ce qui ne contribuait pas peu à rendre son commerce piquant. Il avait une certaine mesure d'esprit : les choses au delà étaient nulles pour lui; il ne fallait pas songer à les lui faire comprendre, c'eût été peine perdue, et il ne croyait pas à ce qu'il ne comprenait point. M. de Mirabaud était âgé de plus de quatre-vingts ans. Nous avons de lui une froide traduction de la Jérusalem du Tasse, qui passe pour être exacte; mais on ne saurait lui pardonner celle de l'Ariosle. C'est un sacrilège au premier chef d'avoir travesti un auteur de tant de génie, de verve et de grâces.

— On vient de faire une nouvelle édition de la traduction d'Horace par M. l'abbé Batteux. Cette traduction n'est point estimée.

— Comme tout ce qui regarde M. Le Franc de Pompignan est devenu extrêmement intéressant depuis son discours du 10 mars, on a réimprimé la Prière universelle de Pope, traduite jadis par M. de Pompignan en vers bien plats et bien pauvres. On y a ajouté des notes remplies d'esprit et de sel : à quelques longueurs et à quelques lignes entortillées près, cette brochure me paraît un chef-d'œuvre de plaisanterie. Il faut convenir que M. de Pompignan paye cher la gloire d'avoir prêché contre les incrédules en pleine Académie. Comme on avait dit, dans des Quand publiés contre M. de Voltaire, que celui-ci avait pris le plan cVAlzire dans une tragédie de M. Le Franc, intitulée Zoraïde^ qui n'a jamais été jouée, il s'est retrouvé deux lettres aux Comédiens dans le Pour et le Contre de l'année 1736, l'une de M. de Voltaire, l'autre de M. Le

1. Mort le 24 juin 17G0, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Watelet, auteur du poëme de VArt de peindre, dont il vient d'être rendu compte (lettre du 15 mars précédent), le remplaça à rAcadcmic. La Biographie universelle lui donne pour successeur Buffon. C'est une erreur : BufTon faisait déjà partie des Quarante. Ce qui a paru y donner lieu, c'est que ce fut Buflfon qui reçut Watelet, et qu'il eut par conséquent à faire également l'éloge de Mirabaud. ( ï.)

Franc, par lesquelles il appert que c'est celui-ci qui s'est approprié le plan de la tragédie de l'autre. La lettre de M. de Voltaire est un chef-d'œuvre de politesse, d'esprit et de finesse. Celle de M. Le Franc est aussi un chef-d'œuvre dans son genre. On pouvait s'attendre dès lors à tout ce qu'il a tenu en fait de bonne opinion de lui-même. Les notes de la Prière universelle passent pour être de M. l'abbé Morellet, pensionnaire du roi à la Bastille pour la Vision de Charles Palissot. Vous vous souvenez sans doute d'un traité de M. l'abbé Morellet sur les toiles peintes; je ne sais, mais j'ai bien de la peine à me persuader que l'auteur de ce traité soit coupable de tant de péchés de la nature de celui de la Vision et de la Prière universelle,

— Charles Palissot a voulu effacer le succès qu'a eu sa Vision dans le public par une autre contre-vision qu'il a intitulée le Conseil de lanternes^. On ne peut rien lire de plus triste et de plus plat que cette contre-vision; elle fait soupçonner que le talent de Charles Palissot se réduit à faire des vers atroces.

— Les comédiens italiens ont donné la parodie des PhilosopheSj sous le titre du Petit Philosophe. Si cette pièce n'a pas réussi, ce n'est pas faute d'atrocité; mais, c'est que le public se lasse des méchancetés répétées, et qu'alors les mêmes choses qui l'avaient amusé ou intéressé lui paraissent plates et insipides. L'auteur du Petit Philosophe s'appelle M. Poinsinet ^ On dit que le divin Palissot et l'illustre M. Fréron ont beaucoup de part à cette pièce, que je n'ai point vue, mais qui a été généralement jugée détestable.

— M. Sedaine, maçon et poëte, a fait une nouvelle édition de ses poésies ^ : vous y trouverez beaucoup de naturel et de

1. Conseils de lanternes, ou la Vérita,ble Vision de Charles Palissot, pour servir de post-scriplum à la Comédie des Filosophes (sic). Aux Remparts, 1760, in-12, '24 pages. Cette brochure n'est point de Palissot, qui n'y est pas ménagé. Au verso du titre, une liste fort incomplète des brochures parues pour et contre les Philosophes donne comme sous-titre de celle dont nous parlons : [l'Épouvantable Vision de M. Palissot.

2. Les couplets sont de Davesne. La pièce fut représentée le 14 juillet 1760. (T.)

3. Recueil de poésies de M. Sedaine. Seconde édition. Londres et Paris, 1760, deux parties in-12. Un frontispice dessiné et peut-être gravé par Gabriel de Saint- Aubin et une vignette d'Eisen {Inkle et lariko). Ces deux planches manquent à beaucoup d'exemplaires; celui de Gabriel de Saint-Aubin, couvert de croquis, se-

facilité, et le naturel est une chose si précieuse qu'il couvre, comme la charité, une mulKtude de fautes. Ce poëte a travaillé depuis peu pour l' Opéra-Comique et a laissé à nos musiciens plus de besogne qu'ils n'étaient en état d'en faire.

— Fables nouvelles^ par M. Grozelier^ A en juger par le grand nombre de fabulistes qui paraissent journellement, on croirait qu'il n'y a rien de si aisé que de faire des fables. On ne le croit plus quand on les a lues, et La Fontaine reste toujours sans second.

— Je vous ai parlé de l'Oracle des nouveaux philosophes^ pour servir de suite et d' éclaircissement aux œuvres de M, de

Voltaire^. C'est une compilation d'injures et d'accusations contre le premier écrivain du siècle, en forme de dialogue, par un certain abbé Guyon. Cet ouvrage, d'une platitude à faire trembler,

a cependant eu tant de succès parmi les sots que le libraire en a déjà vendu plusieurs éditions. On dit qu'il faut écrire pour les gens d'esprit; c'est une vieille erreur. Le libraire Claude Hérissant, à l'image de Saint -Thomas d'Aquin, vous dira que c'est pour les sots qu'il faut écrire quand on veut avoir du pain et de l'argent. En conséquence de ce principe, M. l'abbé Guyon a donné une suite à son Oracle, dans laquelle il relève les impiétés de Candide^ de Y Ecclésiaste et du Cantique. Candide se trouve là en compagnie fort décente. Je ne crois pas que l'on puisse lui reprocher rien de suspect ou de malsonnant à lui personnellement ; mais mon ami M. Martin est violemment suspecté de manichéisme par le sévère abbé Guyon. On est bien heureux d'être toujours orthodoxe comme M. le professeur Pangloss.

— M. Brisson, de l'Académie royale des sciences, autrefois démonstrateur du cabinet de M. de Réaumur, vient de publier les trois premiers volumes de son Ornithologie^ ou Description de toutes les espèces d'oiseaux. Cet ouvrage forme six volumes in-4% qu'on peut encore avoir au prix de la souscription, qui est de cent vingt livres.

Ion son habitude, a passe de la bibliothèque de M. Cigongne dans celle du duc d'Aumale. Plusieurs pièces de vers de Sedaine lui sont dédiées.

i. Paris, 1760, in-12.

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