‹ Correspondance littéraireChapitre 112 sur 179 · L'abbé Coyer · texte numérisé non relu

L'abbé Coyer

tant que de prendre la plume ; le Discours restera comme un monument de sagesse et d'équité.

Je n'ai pas été content de la façon dont V écossaise a été jouée; mais le public a été moins difficile. Nos acteurs me paraissent encore bien éloignés de la vérité et de la simplicité que demande le genre de cette comédie, lis ont, dans leur jeu, je ne sais quoi de faux et de maniéré qui tue tout. M'^^ Gaussin a ôté au rôle de Lindane, à mon sens, tout ce qu'il a de touchant. Le rôle de Polly n'est pas bon; mais M"® Dangeville l'a encore rendu plus mauvais. Celui de milady Alton, joué par M'"^ Préville, n'a pas déplu au théâtre autant qu'il le mérite. Armand ne s'est point douté du rôle de Fabrice, qui, bien joué, doit plaire infiniment. Préville n'a ni la figure ni la voix de Freeport ; mais il est si agréable au parterre qu'il réussira toujours dans tous les rôles qu'il voudra entreprendre. Brizard n'a pas mal joué le rôle de Monrose; mais il n'a pas remplacé Sarrasin^ le seul acteur que nous ayons vu au théâtre depuis dix ans, et qui ne sera pas remplacé sitôt. Cette pièce doit être retirée après sa seizième représentation, pour être reprise à l'entrée de l'hiver prochain.

l^*" septembre 1760.

L'Académie française a tenu, le 25 août, selon l'usage, une séance publique pendant laquelle M. d'Alembert a lu des Réflexions sur la Poésie^ qui ont été extrêmement applaudies. Je n'ai pu assister à cette séance; mais des personnes dont j'estime le jugement m'ont assuré que ces Réflexions ne gagneraient pas à être publiées, et qu'on les trouverait attaquables de plus d'une manière*. Quoique M. d'Alembert soit un excellent esprit.

1. Elles se trouvent'dans ses OEuvres, tome IV, page 291 de l'édition de Belin,

il faut convenir qu'on ne lui voit pas, dans les jugements qui sont du ressort du goût et des arts, ce tact qu'on cherche en vain de remplacer à force de raisonnements et de principes didactiques. Ce philosophe établit entre autres, dans ses Réflexionsy que, pour juger du mérite d'un morceau de poésie, on n'a qu'à le traduire dans une autre langue, et, s'il ne se soutient pas dans la traduction comme dans l'original même, on en doit conclure que sa beauté est moins réelle que factice, et qu'il n'est point fait pour séduire les juges d'un goût sévère. Rien n'est plus vrai en apparence et plus faux dans le fait que ce principe; j'en suis si éloigné que je crois, tout au contraire, que le poëte le plus médiocre ne peut être traduit dans une autre langue que la sienne, sans perdre infiniment de son mérite, et que, surtout, la traduction d'un grand poëte est une chose absolument impossible. Le paradoxe contraire est encore plus déplacé dans la bouche d'un Français qu'il ne le serait dans la bouche d'un Anglais, d'un Allemand et surtout d'un Italien, et on doit le pardonner moins à M. d'Alembertqu'à tout autre. Vous trouverez, dans les Mélanges de ce philosophe, des Réflexions sur l'élocution oratoire, et, j)B,Ymi ces Réflexio?is,YOus en lirez de très-justes sur les défauts de la langue française. Il n'en est point qui soit plus anti-poétique. Rien n'est plus opposé au génie, plus contraire à l'ivresse et à l'enthousiasme (deux qualités sans lesquelles un poëte ne mérite pas d'être regardé), que la marche uniforme de cette langue, son exactitude timide, didactique et compassée. Or comme les traducteurs sont ordinairement des gens auxquels on ne saurait supposer du génie sans une injustice criante, jugez ce qu'on peut attendre d'un tel instrument dans des mains aussi lourdes et aussi malhabiles. L'expérience confirme parfaitement ce que je viens de dire. Nous n'avons en français aucune traduction, soit de poètes anciens, soit de poètes modernes d'Italie, d'Angleterre ou d'Allemagne, qui soit supportable. Les écrivains, même en prose, pour peu qu'ils aient de génie et de caractère, ne sont plus lisibles dans les traductions françaises. Qu'on choisisse celle de Tacite faite par M. l'abbé de La Bletterie, ou celle de M. d'Alembert, je défie qu'on supporte la périphrase froide et maussade d'un auteur aussi admirable. Ceux qui ne jugeaient d'un tel auteur que par ses traducteurs en auraient avec

raison une idée bien mince. J'ai vu autrefois la traduction du fameux morceau de la mort de Germanicus faite par J.-J. Rousseau; il était traduit avec tant de chaleur qu'on ne pouvait le lire sans la plus forte émotion; aussi, si Tacite pouvait ne point perdre, c'était sans doute sous la plume mâle et énergique du citoyen de Genève : cependant, en comparant la traduction à l'original, vous auriez vu à chaque instant combien elle était éloignée de sa profondeur et de sa force. Chaque langue a son coloris, son harmonie, ses images et son charme. Chaque peuple arrange ses idées à sa manière, et cette manière fait le caractère de sa langue. Comment deux peuples auraient-ils conservé le même caractère de langage, tandis qu'il n'y a pas deux hommes sur la surface de la terre qui aient les mêmes idées sur rien? Et si le caractère de deux langues est infiniment différent, comment pourrait-on traduire de l'une à l'autre, sans altérer la force et la vérité des idées, l'harmonie, la douceur, le charme des expressions, la richesse, la beauté et l'illusion des images? Les traductions italiennes n'ont une si grande supériorité sur toutes les autres que parce que cette langue, le plus bel instrument qu'on puisse manier, est susceptible de tous les caractères , et qu'on découvre partout dans ses accents et ses inflexions les traces du génie et du goût; malgré cela, je défie le dieu du Goût personnifié, qui choisirait sans doute cette langue, parmi les modernes, pour la sienne, d'y faire une traduction en tout point comparable à son onginal.

. M. d'Alembert ne me paraît pas sentir assez vivement le mérite du coloris et de l'harmonie, et, sans ce sentiment, il ne faut jamais parler ni de poésie, ni de peinture, ni de musique. Celui qui ne sent pas la raison pourquoi les anciens faisaient un cas infini de l'harmonie doit, par là même, se regarder condamné à ne jamais toucher aux arts et aux belles-lettres. Nous examinerons dans un autre temps ce que M. d'Alembert a écrit là-dessus dans son Essai sur l'élocution oratoire. Celui qui a pétri l'espèce humaine l'a partagée en deux divisions bien inégales : l'une, petite, est distinguée par la finesse, par la délicatesse, par une mobilité d'organes qui la rend capable de saisir la beauté, l'accord, l'harmonie, qui existent dans la nature; poètes, peintres, musiciens, c'est là que vous habitez et que vous trouvez ceux qui vous admirent avec transport; c'est encore là que

se tiennent les cœurs sensibles et les mauvaises têtes. L'autre division, infiniment nombreuse, est celle des esprits raides, secs, méthodiques, dont les fibres n'ont point d'élasticité; c'est aussi où se tiennent les hommes de bois et de pierre, qui ne sentent rien, et qu'on ne peut cependant haïr s'ils observent d'ailleurs les lois de la justice et de l'équité naturelle. J'oublie une troisième classe, qui est celle des singes : ils ne savent que contrefaire, et dégradent tout; c'est en tout point une mauvaise engeance. Nous avons ici un conte d'un homme connu que je trouve fort bon : il était avec des hommes et des femmes dans une loge, à une représentation de Zaïre; tout le monde fondait en larmes autour de lui ; cela l'étonna, et il dit sensément à ce sujet : (( Premièrement, c'est que cela n'est pas vrai, et, quand cela serait, qu'est-ce que cela me fait?» Il serait à souhaiter que tous ceux qui pensent comme lui eussent aussi sa sincérité.

— M. Dorât a fait imprimer un petit poëme intitulé la Vraie Philosophie^ et, depuis, une Epitre à un ami dans sa retraite^ à l'occasion des Philosophes et de l'Écossaise; bavardage d'enfant. Nous sommes condamnés, au moins pour dix-huit mois, à n'entendre parler que de philosophes et de philosophie. Il faut convenir que cela fait un siècle très-philosophique.

— Tant mieux pour elle^ conte plaisant. Il y a commencement à tout; celui-ci n'a pas paru incognito; mais, pour avoir été lu, il n'a pas été estimé davantage. Il est rempli de sottises ; mais, l'intérêt des mœurs à part, il est certain que c'est outrager le goût et faire un cruel abus de son esprit que de l'employer à de pareils ouvrages. Ce genre est d'ailleurs si aisé! Le chevalier de La Morlière y a eu les mêmes succès que Grébillon le fils. Cette considération devrait humilier tous ceux que la considération des mœurs et du goût ne peut empêcher de s'exercer dans un genre méprisable. Au reste^ ce conte est généralement attribué à M. l'abbé de Voisenon ^ En effet, on y reconnaît sa manière à chaque ligne. M. l'abbé de Voisenon est un des hommes les plus aimables de la société; mais il n'aurait jamais du occuper les presses.

1. D'autres assurent que cet opuscule (17(50, in-12) est la première production d€ Galonné, depuis ministre si fameux. (T.)

15 septembre 17G0.

On a donné, le 3 de ce mois, sur le théâtre de la Comédie- Française, la première représentation de Taiicrède, tragédie de M. de Voltaire. Cette pièce est toute d'invention, et l'auteur a choisi son héros dans la famille de Hauteville, paladins de Normandie qui allèrent au xi^ siècle s'établir dans la Sicile. La scène est à Syracuse, qu'on suppose être gouvernée par un certain nombre de chevaliers, en forme de république, tandis que le reste de la Sicile est sous le pouvoir des empereurs d'Orient et des Maures. Toute république est sujette à des factions ; celle de Syracuse fut longtemps en proie à l'esprit de parti et de tumulte. Remarquez que c'est le poëte et non pas l'historien qui vous dit tout cela. Argire, chef des chevahers et de la république, avait éprouvé la persécution des Orbassans, famille puissante dans Syracuse. Il en avait été même exilé, et ne put rentrer qu'après de longues contestations dans ses dignités et ses charges. Pendant ces malheurs, il avait envoyé sa femme et sa fille à la cour de Constantinople. Aménaïde, c'est le nom de sa fille, y avait été élevée; elle y avait connu et aimé Tancrède, et sa mère, qui y avait terminé sa vie, non-seulement avait approuvé leur tendresse, mais les avait unis en mourant. Tancrède avait été la victime des troTibles et des factions, comme Argire. Sa famille, étrangère et odieuse par ses vertus mêmes, avait été exilée à Syracuse, et Tancrède, brûlant de se faire un nom, s'était mis au service des empereurs d'Orient et avait signalé son courage par les exploits les plus brillants. Vivant à la cour de Byzance avec Aménaïde, il l'adorait, et cette union paraissait d'autant plus naturelle que le père d'Aménaïde avait toujours été dans les intérêts de la famille de Tancrède. Aménaïde, après la mort de sa mère, était retournée à Syracuse, auprès de son père, qui venait d'être rétabli dans ses dignités, après s'être réconcilié avec la famille des Orbassans. La guerre qui venait d'éclater entre la république et les Maures avait fait cesser les divisions intestines, et le ressentiment particulier avait été sacrifié au salut public. Le chef des Maures s'appelle Solamir. Tout ce qu'on a besoin d'en savoir, c'est qu'il

282 CORPxESPONDANCE LITTÉRAIRE.

avait connu Aménaïde à Constantinople et qu'il avait brûlé pour elle. Voilà l'état où sont les choses au commencement de la pièce.

La scène s'ouvre, et l'on voit le conseil de Syracuse assemblé. Argire y préside. On délibère sur le salut commun. On renouvelle la loi que quiconque osera avoir la moindre correspondance avec l'ennemi sera puni de mort sans distinction de rang ni de sexe. La loi de proscription contre Tancrède et sa famille est confirmée. Tous ses biens sont adjugés à Orbassan. Enfin, pour cimenter la réconciliation entre ce chevalier puissant et Argire, on propose et on décide le mariage d'Orbassan et d' Aménaïde. Les chevaliers du conseil se lèvent. Argire, après leur avoir déclaré que son âge ne lui permet plus d'être que le compagnon de leurs périls et le témoin de leurs hauts faits, reste seul avec Orbassan. Il le conjure de tempérer un peu l'austérité de ses mœurs, afin de ne point effaroucher sa fille, accoutumée aux mœurs douces et galantes de la cour de Byzance. Aménaïde paraît. On lui déclare le choix de son époux. Elle reste interdite. Elle demande à Orbassan la permission de se recueillir un moment dans le sein de son père. Orbassan se retire. Alors Aménaïde conjure son père de ne point précipiter cet hymen fatal, et Argire, à son tour, conjure sa fille, par tous les malheurs qui ont empoisonné sa vie, de ne point s'opposer à une union que le salut de l'État rend nécessaire. On parle de Tancrède. Argire ne sait point que les liens les plus doux et les plus forts unissent la destinée de sa fille à celle de ce héros. Aménaïde est cruellement blessée de ce qu'Orbassan a pu s'emparer des biens de Tancrède confisqués à son profit. Elle trouve ce procédé bas et indigne d'un chevalier. Son père la quitte, après lui avoir fait les plus fortes instances de se soumettre à la nécessité des circonstances. Dans la scène suivante, Aménaïde, seule avec sa confidente, montre toute la violence de sa passion pour Tancrède. Elle nous apprend que ce héros est déjà à Messine, et qu'il ne tardera pas à paraître dans Syracuse. Il faut observer ici, pour la suite de l'intrigue, que Tancrède ne sait point qu' Aménaïde est instruite de son arrivée en Sicile. Aménaïde, après avoir jeté quelques mots sur un projet qui lui vient dans la tête pour traverser celui de son mariage avec Orbassan, se retire, et le premier acte finit.

Elle paraît au second acte. Son projet est exécuté. Elle vient d'écrire à Tancrède : Hâtez-vous de venir,

Régnez dans Syracuse, et surtout dans mon cœur.

Sa confidente lui apprend que sa lettre a été confiée, mais sans adresse, à un soldat sur la fidélité duquel on peut compter et qui doit la remettre à Tancrède en mains propres. Cependant la confidente lui remontre les inconvénients et les dangers de ce messager et les inquiétudes qu'il lui cause. Tandis qu'Aménaïde s'occupe à rassurer sa confidente, on voit entrer Argire et les chevaliers en foule consternés. Argire appelle sa fille l'opprobre de sa maison, et lui ordonne de se retirer. Aménaïde, confondue par cet accueil, quitte la scène, et alors on apprend que le messager a été saisi comme un transfuge, au moment où il avait voulu passer dans le camp des Maures pour gagner Messine. On lui a trouvé ce billet de la main d' Aménaïde, et, comme il ne s'adresse à personne et qu'on ignore absolument que Tancrède est en Sicile, on imagine qu'il a été écrit à l'ennemi commun, Solamir, chef des Maures. A ce soupçon, qui devient une certitude parce qu' Aménaïde ne peut déclarer à qui elle a écrit ce billet sans découvrir l'arrivée de Tancrède en Sicile, jugez de la honte et de la consternation du malheureux Argire. Il se retire et abandonne sa fille à la sévérité des lois, renouvelées le jour même contre les traîtres. Déjà elle est dans les fers, et les chevaliers se préparent à prononcer la sentence de son supplice et à la faire exécuter tout de suite. Orbassan leur demande la permission de voir Aménaïde seule. Dans cette entrevue, il lui parle avec la fierté de son caractère et lui propose, sans approfondir les causes de son malheur, de défendre en champ clos, suivant l'usage, son innocence contre l'arrêt prononcé, pourvu qu'elle consente, sans hésiter, à lui donner sa main. Aménaïde, dans sa réponse, témoigne le regret qu'elle a de quitter la vie à son âge et dans l'ignominie. Elle est sensible au procédé généreux d' Orbassan : « Vous me forcez de vous estimer... » Mais elle ne peut souscrire à sa proposition :

Je ne veux, pardonnez à ce triste langage,

De vous pour mon époux ni pour mon chevalier.

Aux gardes :

Marchons dans la prison où vous m'alliez conduire.

Orbassan, irrité de ce refus, lui déclare qu'il l'abandonne à son mauvais sort et à toute la rigueur des lois, et le second acte finit.

Au troisième, le théâtre change, et représente la place publique de Syracuse. On y voit les trophées des chevaliers illustrés par leurs faits d'armes, leurs casques, leurs boucliers avec leurs chiffres suspendus. Tancrède paraît, accompagné d'un citoyen anciennement attaché à sa maison, et qu'il a retrouvé à l'entrée de la ville :

A tous les cœurs bien nés que la patrie est chère !

Il revoit Syracuse avec émotion et avec l'attachement d'un enfant, malgré les injustices qu'il y a essuyées. Il défend à ses écuyers et à Aldamon (c'est le nom du citoyen) de découvrir son nom. Il fait suspendre son casque simple et sans ornement, et son bouclier sur lesquels on ne voit que les lettres A et H entrelacées :

Conservez ma devise; elle est chère à mon cœur; Les mots en sont sacrés : c'est l'amour et l'honneur.

Après cette cérémonie, il s'informe des nouvelles d'Ame naïde. Aldamon ne peut lui en donner. Il demeure dans le port, et, depuis qu'une loi injuste a proscrit Tancrède, il vient peu dans la ville. Tancrède le prie d'aller chez Argire et de l'annoncer comme un chevalier inconnu, mais attaché depuis longtemps à sa noble famille. Aldamon entre dans la maison d'Argire, mais il en sort bientôt consterné. Il apprend à Tancrède et le projet du mariage d'Aménaïde avec Orbassan, et la découverte de sa passion pour Solamir, et le supplice qu'elle est près de subir. A toutes ces nouvelles, jugez ce que devient Tancrède. Elles lui sont bientôt confirmées par le père d'Aménaïde, qui sort du temple soutenu par deux écuyers, dans un état déplorable. Tancrède le questionne sur tout ce qu'il vient d'apprendre, et Argire lui dit que le crime de sa fille n'est

que trop avéré. La douleur et le désespoir de Tancrède sont extrêmes :

Pardonnez, mon père.

Je croyais sur le bruit de son nom glorieux Que, si la vertu même habitait sur la terre. Le cœur d'Aménaïde était son sanctuaire.

(( Ce qui achève de me confondre, poursuit Argire, c'est qu'elle se plaît dans son crime, et qu'aucun chevalier n'a osé songer à la défendre. — Il s'en trouvera, répond Tancrède. — Qui? — Moi. )) Un rayon d'espérance et de joie se mêle à ces mots avec la douleur du vieillard. En vain cherche-t-il à savoir le nom du généreux chevalier qui lui promet de défendre l'honneur de sa fille, non pour elle, mais par estime et par pitié pour Argire. Pendant cet entretien, le moment du supplice approche; la place se remplit de monde; les gardes avancent; les chevaliers paraissent : ils conjurent Argire de se soustraire à un spectacle aussi horrible. Aménaïde, entourée de gardes, arrive. Elle commence à haranguer le peuple et le conseil. Fidèle à son secret, elle déclare simplement qu'elle ne se reproche rien.

Qui va répondre à Dieu parle aux hommes sans peur.

Elle atteste le ciel sur son innocence. Mais lorsqu'au milieu de son discours, en se tournant vers son père, et en lui reprochant avec beaucoup de douceur sa présence dans ce lieu funeste, elle aperçoit Tancrède, elle en est si violemment frappée que la parole et les sens l'abandonnent à la fois; elle tombe sans connaissance sur le socle d'une colonne. C'est dans ce terrible moment que Tancrède arrête les apprêts du supplice, qu'il se déclare chevalier d' Aménaïde pour défendre son honneur et son innocence, et qu'il défie Orbassan à un combat singulier en champ clos, en lui jetant le gantelet, selon l'usage. Orbassan accepte le combat, quoique Tancrède ne se soit pas fait connaître. On ôte les fers à Aménaïde suivant la règle, jusqu'à ce que l'événement du combat ait décidé de son sort. Tous les chevaliers sortent. Aménaïde recouvre la connaissance, et on l'entraîne avec son père hors de la place pour la secourir et la

soustraire aux horreurs de sa situation. Ici finit le troisième

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