‹ Correspondance littéraireChapitre 144 sur 179 · Paris, 1701, in-i" et in · texte numérisé non relu

Paris, 1701, in-i" et in

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principale réponse à l'ouvrage de la Théorie de V impôt. J'ai eu l'occasion de vous faire remarquer ce défaut de netteté et de lumière dans les vues de M. de Mirabeau, et ce louche qui, répandu dans tout son ouvrage, le rend presque inutile. On ne fera point ce reproche à son adversaire ; il a les idées aussi claires que plates, et l'esprit le moins exercé sera en état de prononcer sur le mérite dé ses Boutes, Dans tout cela, de quoi s'agissait-il? il fallait examiner la grande question de l'impôt territorial, savoir si M. de Mirabeau a raison de vouloir réduire toute la contribution à ce seul article; si un impôt léger, assis avec discernement sur la consommation journalière d'un peuple laborieux et riche, n'est pas préférable à d'autres manières d'imposer; savoir ensuite si les idées de M. de Mirabeau sur la liberté entière du commerce sont justes ; s'il convient en effet d'ouvrir les ports du royaume aux étrangers sans restriction, et de rendre leur condition en tout égale à celle des régnicoles ; savoir encore s'il est vrai qu'il vaut mieux vendre aux étrangers les matières premières que de les leur vendre fabriquées; savoir enfm s'il n'est pas très-convenable de constater l'authenticité de tout acte public ou particulier par la formalité du timbre, du contrôle, du sceau, et de faire de cette formalité une branche de revenu pour l'État, en y attachant un léger droit qui ne gêne personne. Voilà d'assez grandes questions qu'on pouvait débattre avec M. de Mirabeau, et sur lesquelles il était aisé peut-être de l'embarrasser beaucoup. Son adversaire touche en effet toutes ces questions, mais au lieu de les résoudre ou de les discuter du moins, il dit à M. de Mirabeau : u Eh ! monsieur, êtes-vous bien sûr d'avoir raison? avez-vous bien réfléchi s'il n'y a pas d'inconvénient à votre projet? » Ou bien : « Ah! monsieur, ce n'est ni vous ni moi qui pouvons rien statuer là-dessus; c'est au gouvernement et au public à prononcer. » Ou bien : « Il existe sans doute de ces abus que vous attaquez ; mais le ministre travaille actuellement à y remédier. » D'autres fois, M. Pesselier emploie le cri de guerre des sots et de nos graves pédants à tête étroite qui s'imaginent d'être des hommes d'Etat à mesure qu'ils trouvent des inconvénients à tout. Ainsi, dès que vous proposez un changement, on vous parle de la secousse toujours inévitable et souvent dangereuse de la plus heureuse révolution. M. de Mirabeau parle de la liberté du commerce et

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de Tagriculture. A cela, M. Pesselier s'écrie : « Ah ! ce mot de liberté, si familier aujom^d'hui, est bien dangereux. Il nous est venu d'Angleterre, et peut-être n*est-ce pas là un des moindres torts que nous aient fait nos voisins. N'a-t-on pas prévu les suites dangereuses que la liberté d'écrire pouvait avoir pour nous? A-t-on assez comparé le génie des peuples et la forme des gouvernements? » ... Mais j'oublie qu'il ne faut pas vous ennuyer par un recueil de platitudes. Vous en avez vu assez pour juger que M. Pesselier n'aurait jamais dû proposer ses Doutes contre la théorie de V impôt en public, et qu'il a abusé de la dangereuse liberté du commerce en vendant six francs un ouvrage qui, par sa valeur intrinsèque, ne vaut pas six sols, et qui, par sa forme extérieure, n'aurait jamais dû coûter au delà de trente-six ou quarante sols.

Ce qui doit achever de brouiller M. Pesselier avec les honnêtes gens , ce sont les plates et viles flatteries dont son livre est rempli. Pour prouver combien l'agriculture est protégée aujourd'hui, il cite les marques de considération qu'on accorde à ceux dont les observations et les écrits se sont portés sur cet objet. Comme s'il était question d'honorer l'oisif qui bavarde sur la culture, ou bien de soulager du fardeau des impôts le laboureur qui cultive son champ! Dans plusieurs endroits, il a la bassesse de reprocher à M. de Mirabeau d'avoir pris le gouvernement à partie, d'attaquer les droits les plus essentiels de la souveraineté , accusation infâme qui met dans le cas de ne pouvoir répondre sans danger et sans se rendre odieux, et qui fermerait à jamais la bouche aux meilleurs citoyens sur tous les objets d'une administration sage et heureuse. Tous ceux qui ont écrit sur l'agriculture parmi nous se sont soulevés contre la taille arbitraire. Au lieu donc de les honorer, le gouvernement doit les punir ; car c'est lui qu'on prend à partie, puisque c'est lui qui ordonne, autorise et soutient cet impôt, et la manière cruelle de le percevoir. Pour moi, je vois deux sortes de gens à récompenser dans l'État : les flatteurs, par la fleur de lis sur l'omoplate , et les frondeurs, par tous les encouragements possibles. Quelque humeur et quelque bile qu'ils mettent dans leurs remontrances, ils ne peuvent jamais faire que du bien à un gouvernement éclairé ; les premiers sont des empoisonneurs publics et la peste d'un État.

Terminons cet article par quelques réflexions générales.

L'auteur des Boutes observe que la facilité continuelle d'une fraude considérable doit nécessairement entraîner une régie très-sévère et des opérations extrêmement vives. L'homme d'État, au contraire, dira que la facilité continuelle d'une fraude considérable doit entraîner la suppression totale de l'impôt comme contraire à la justice, à l'humanité, et au vrai bien de l'État. C'est une erreur de croire qu'on remédie à la fraude par la sévérité des punitions. Il y a dans tous les hommes une notion secrète du juste et de l'injuste qui règle leur conduite en dépit des lois. L'habileté et le devoir du législateur consistent à consulter dans toutes ses opérations le cri et les droits de la nature. Il ne faut pas croire que vous puissiez jamais persuader à un habitant des bords de la mer qu'il commet un crime en ramassant pour son usage du sel marin qui ne lui coûte rien, et cela parce que la loi lui ordonne d'acheter des fermiers généraux le sel dont il a besoin. Cette ferme du sel est donc contraire au droit naturel , et , comme la fraude en est facile , si vous comptez la prévenir par la sévérité des punitions, par les supplices même, vous aurez à vous reprocher d'ajouter à votre première injustice celle d'une tyrannie odieuse, sans remédier au mal. Ce n'est pas tout que la loi me dise que telle chose est mal, il faut qu'elle me le persuade, et que ma conscience soit là-dessus d'accord avec elle , sans quoi je la mépriserai et m'exposerai à toutes les suites de son injuste caprice. L'expérience doit convaincre que cette observation ne souffre presque point d'exception.

Quelque léger que soit un impôt , la manière de le percevoir est quelquefois si odieuse que cette seule considération doit déterminer un bon gouvernement à le supprimer. Que celui qui va vendre ses denrées à la ville soit arrêté aux portes ou bien au marché pour payer à l'État un certain droit, personne ne se plaindra de cette police. Le vendeur supporte volontiers l'embarras d'une visite dont les frais tombent sur le consommateur, qui ne songe pas à s'en plaindre de son côté parce qu'il les ajoute presque sans le savoir au prix de la marchandise. Mais qu'un commis entre dans les maisons des particuliers, qu'il y fasse des visites, qu'il y exerce une sorte d'inquisition, cette forme est affligeante et ne servira qu'à donner à un peuple

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un esprit de servitude, de crainte et de fraude tour à tour excité et abattu par la férocité fiscale. La maison du dernier des citoyens, comme celle du premier ministre de l'Etat, doit être aux yeux du gouvernement un asile sacré et inviolable.

On a attaché un droit à l'insinuation des actes, et cette imposition est peut-être de l'espèce de celles qu'il faut préférer aux autres. M. Pesselier la défend contre M. de Mirabeau, parce que l'origine de cette formalité remonte jusqu'aux Romains, qu'on n'accusera point, dit-il, d'avoir cherché sur cet article à multiplier dans la société les contraintes et les embarras. Cette bêtise ne mériterait pas d'être relevée si plusieurs de nos meilleurs écrivains n'étaient tombés dans une erreur toute voisine. On confond les grandes vertus et les grandes actions des Romains avec la constitution de leur Etat. Les premières seront un objet éternel d'étonnement et d'admiration; celle-ci restera toujours aux yeux du philosophe un édifice informe. C'est que la constitution de Rome ainsi que de nos États modernes ne s'est point formée d'après les conseils et les lumières des plus sages de la nation, mais qu'elle a été le résultat d'un grand nombre de révolutions et d'une infinité de combinaisons forcées. La tyrannie ingénieuse et démesurée des patriciens, l'amour de la liberté dans le peuple, que l'oppression faisait dégénérer en licence effrénée, l'ambition enfin des particuliers, qui profitaient des temps orageux pour se rendre puissants, tout cela mettait périodiquement l'État à deux doigts de sa perte, et lorsque les maux étaient à leur comble il fallait prendre, non le parti le plus sage, mais celui qu'on pouvait pour contenter à peu près tout le monde. On guérissait une plaie souvent en en ouvrant une plus grande à côté ; on remédiait à un abus en en autorisant un autre. Les plus beaux jours de Rome furent le fruit de la vertu et de la modération de ses citoyens , mais la constitution de la République resta vicieuse, et, lorsque les temps de la corruption arrivèrent, chacun trouvait dans la constitution et dans les lois de quoi opprimer l'État et aggraver les maux de la patrie, Lorsqu'après ses premières révolutions ce peuple voulut avoir des lois, il fut obligé de les envoyer chercher en Grèce, comme nous autres peuples gothiques avons été obligés d'adopter les siennes. La jurisprudence romaine est la science la plus captieuse et la plus fertile en artifices et en

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chicane. On sait que la science des formules était très-difficile et très-cachée. C'était pendant très-longtemps le secret des familles patriciennes, qui tenaient par ce moyen les plébéiens comme en tutelle et sous leur pouvoir. Dans toute affaire, le plébéien avait recours à son patron, qui était toujours de famille patricienne. Celui-ci lui donnait une formule pour son procès, et cette formule était une chose si importante qu'un seul mot oublié ou transposé pouvait faire perdre la cause la plus évidemment juste. Par ce moyen, dont le ressort n'a été développé par aucun de nos écrivains politiques, le peuple était absolument dans la dépendance des patriciens, que les prêts d'argent achevaient de rendre les maîtres. On peut juger par là que l'avocat Hortensius était un homme d'une autre importance que M. Pesselier. Mais on doit sentir aussi que la politique du patriciat romain consistait à hérisser la jurisprudence de difficultés, de formalités, d'obscurités, auxquelles on attachait plus d'importance à mesure qu'elles étaient plus frivoles. La différence des Romains à nous à cet égard c'est que, chez eux, la chicane était le ressort d'une politique grande et profonde, et que, chez nous, elle ne sert qu'à livrer le grand et le petit, le pauvre et le riche, à la rapacité de quelque vil fripon de praticien. Tout est grand chez les Romains; tout est assez petit chez nous. Je ne crois pas que M. de Montesquieu ait développé aucune de ces réflexions dans son livre sur les causes de la grandeur et de la décadence de Rome. Cet ouvrage est, si je m'en souviens bien, la plus faible de ses productions.

Les sots trouvent tout impossible ; ils croient même avoir fait preuve d'esprit à proportion qu'ils ont multiplié les dangers et les inconvénients de tous les projets qu'on propose. L'homme d'esprit écoute volontiers tout, et s'il ne fait pas un cas extrême des spéculations des auteurs, il ne leur en sait pas non plus mauvais gré. Le pis-aller, dit-il, c'est que tout cela ne soit bon à rien. Quelquefois, mais trop rarement, l'homme de génie paraît, et sans rien proposer conçoit et exécute à la fois. Alors l'homme l'esprit dit : « Je savais bien que tout était possible au génie ; voyez, messieurs, si vous en ferez votre profit. » Le sot répond : « Mais les circonstances, les temps, les lieux, mais ceci, mais cela )> ; ce qui prouve à peu près qu'il est difficile que l'esprit vienne aux gens qui n'en ont point. Ce qu'il y a de vrai-

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ment fâcheux, c'est que les lumières d'un siècle et d'une nation soient absolument perdues pour l'autre. Depuis qu'il est question d'inoculation parmi nous, les sots français ont répété exactement tous les raisonnements que les sots anglais firent €ontre cette pratique dans le commencement de son établissement en Angleterre, et il faudra à l'inoculation au moins autant de temps pour s'établir en France sans contradiction qu'il lui en a fallu à Londres. Tout le monde connaît et admire l'administration des finances du roi de Prusse. Rien de plus simple et de plus sensé. Gela n'empêche pas M. Pesselier d'écrire à l'article Fermes de VEiicyelopédie cinquante absurdités contre les idées de régie de M. de Montesquieu. Fontenelle avait raison de dire que les sottises des pères étaient perdues pour les enfants.

La seule chose sensée que M. Pesselier ait dite, c'est ce qui se trouve à la fin de ses Doutes, sur les invectives de M. de Mirabeau contre les financiers. Il est constant que des injures ne sont pas des raisons, et que les arguments de M. de Mirabeau contre l'administration actuelle des finances n'auraient rien perdu de leur force s'il eût traité avec plus de ménagements les gens que le gouvernement y emploie. Il y a dans cette classe d'hommes des gens d'un mérite distingué; eu petit nombre à la vérité, mais c'est que le mérite est rare partout. Au reste, tout état toléré et autorisé par la loi a droit à des égards dans l'ordre civil, et doit être du moins à l'abri de l'insulte. C'est une fort mauvaise politique que de souffrir l'avilissement d'aucun état de la société. Le Père de famille ^ a raison de dire, à l'égard des domestiques : « Nous sommes bien étranges, nous en faisons de malhonnêtes gens, et lorsque nous les trouvons tels nous avons l'mjustice de nous en plaindre. » Aussi, partout où les mœurs sont simples et pures, vous trouverez à Tétat de domestique sa sorte d'honneur comme aux autres conditions. Aucune ne doit être déshonnête. En effet, l'intégrité, la patience, l'attachement, la fidélité d'un honnête domestique, sont aussi des vertus, et^ si vous ne pouvez vous en passer, il est absurde de décrier le malheureux qui est obligé d'embrasser cet état. Tout valet en condition est plus sûrement à sa place

l. De Diderot.

que tel de ses maîtres qui fait l'entendu et qui n'en est pas mieux à la sienne.

— M. le prince Louis de Rohan , coadjuteur de l'évêché de Strasbourg, vient d'être nommé, par l'Académie française, pour remplir la place vacante par la mort de M. l'abbé Seguy.

— M. Gravelot , un de nos bons dessinateurs , a fait une suite d'estampes pour le roman de la Nouvelle Héloîsej mais comme le poëte n'a pas été heureux en situations , le peintre n'a pu êlre heureux en tableaux ^

— Le procès des jésuites sur les lettres de change de leur P. de La Valette, de la Martinique, a occasionné un grand nombre de mémoires et de b^ochures de toutes espèces que le public a lus avec une extrême avidité. L'histoire du prétendu procès des héritiers d'Ambroise Guys, contre la Société, a fini d'une manière tragique. On a découvert que les jansénistes avaient donné ou promis de l'argent à un certain M. de La Solle, qui faisait jadis de mauvais romans, dont le plus connu s'appelait Versorand ^ pour fabriquer un arrêt du conseil d'État portant condamnation de la Société. En conséquence de cette découverte, M. de La Solle a été condamné aux galères ; mais, ayant été instruit du sort qui l'attendait, il s'est coupé les veines et a prévenu sa punition par une mort volontaire.

— Un nouveau supplément de M. de Turbilly à son Mémoire sur les défrichements traite de la manière de placer les gazons pour qu'ils sèchent aisément, de la façon d'écobuer ou de peler les terrains en friches dans lesquels on rencontre de fortes productions sauvages entremêlées d'autres moins considérables , •des précautions à prendre quand on fait brûler un défrichement situé dans le voisinage d'un bois ou de quelque endroit combustible, et des attentions qu'il faut lorsqu'on se sert de la sonde et de l'écobue.

\ ' 1. Ces douze estampes, gravées par Choflfard, Fiipart, Longueil, Lemire, etc.,

figurent dans l'édition originale, Amsterdam, 1761, 6 parties en 4 vol. in-12.

Rousseau avait rédigé pour Gravelot un projet des dessins qu'il désirait, et que l'on

'; trouve à la suite de diverses éditions de la Nouvelle Héloïse. Le manuscrit auto-

' graphe faisait partie de la correspondance de d'Anville (frère de Gravelot), vendue

en 1863 à la suite des livres de M. de Manne par le libraire François.

Ztl2 CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.

l'^' juin 1761.

Vous connaissez l'histoire de Térée, fils de Mars et roi de Thrace. Il avait épousé Progné, fille de Panclion, roi d'Athènes, dont il eut un fils nommé Itys. Bientôt épris d'une nouvelle passion pour Philomèle, sœur de Progné, il attira cette princesse dans ses pièges, et, ne pouvant la toucher, il lui coupa la langue et l'enferma. Philomèle peignit sur une toile le tableau de ses malheurs et de la cruauté de Térée, et envoya cette toile à sa sœur. Progné, instruite par ce moyen du sort de Philomèle, vint à la tête d'une troupe de femmes le jour de la fête des orgies, et délivra sa sœur de la prison. Ensuite, pour se venger d'un époux barbare par une barbarie plus atroce, elle lui fit un festin de son propre fils, et, lorsqu'il en eut bien mangé, elle lui en apporta encore la tête. Térée, s'étant mis en devoir de poursuivre sa femme et de la tuer, fut métamorphosé en épervier, Progné en hirondelle, et Philomèle en rossignol. Leur père Pandion en conçut un chagrin si violent qu'il en mourut. Voilà la fable de Térée, qu'on peut lire, entre autres, dans les Métamorphoses d'Ovide. Elle se ressent de son antiquité par le tissu simple et grossier de quelques faits atroces, tels que la passion doit en produire dans les hommes qui n'ont été modifiés ni par l'éducation ni par la police. L'horrible genre de vengeance de donner à un père ses enfants à manger se trouve plus d'une fois dans la mythologie, et principalement dans l'histoire d'Atrée et de Thyeste.

M. Lemierre a cru le sujet, de Térée propre à être traité sur la scène française. Ce jeune poëte avait traité, il y a deux ou trois ans, celui &' Hypermnestrc avec beaucoup de succès. Une marche simple, théâtrale et intéressante, attira à Ilypermnestre des suffrages qu'elle ne pouvait mériter par son style, qui est plat, dur et faible, ni pour les caractères des héros de la pièce, qui sont bien éloignés du goût et de la grande manière des anciens. On pouvait faire alors grand cas de la simplicité de conduite dans le coup d'essai d'un jeune homme, et espérer que

Tétude des anciens et du théâtre grec lui donnerait ce grand goût dans les caractères, si rare parmi nous, et le coloris du style, deux parties essentielles à un poëte dramatique. M. Lemierre vient de détruire ces espérances par sa tragédie de Tcrée^ Les dispositions favorables du parterre n'ont pu garantir cette pièce de sa chute, et, si elle a tous les défauts de la tragédie à'Hypennnestre^ elle n'a en revanche aucune de ses beautés, ce qui fait en deux mots une pièce absurde et détestable. M. Lemierre n'a fait aucun progrès du côté du style; tous les caractères de Térce sont pitoyables : l'intrigue et la couduite en sont si absurdes qu'on peut s'assurer avec quelque certitude que l'auteur ne recueillera de sa vie de lauriers dans la carrière du théâtre.

Le premier acte de Térée se passe, suivant l'usage de nos poètes, en exposition : il est absolument inutile à la pièce et au sujet. On est sur les bords de la mer. Progné parle, à sa confidente de son époux qu'elle attend du retour de ses exploits, de Pandion son père, de Philotnèle sa sœur, que Térée doit ramener pour l'unir à Agathyrse, prince de je ne sais quelle contrée de la Grèce. Agathyrse paraît; il parle longtemps à Progné de sa passion pour Philomèle. Comme elle ne revient point et qu'on n'a pas de nouvelles du roi, Agathyrse veut aller courir les mers pour recouvrer sa maîtresse. Après un long et ennuyeux bavardage, on vient annoncer le retour de Térée dont on découvre les vaisseaux de loin, ce qui rompt le projet du prince et finit le premier acte.

Térée, débarqué, commence le second avec son confident. Il l'instruit de sa passion pour Philomèle, de la captivité où il tient cette princesse, et du projet qu'il a de la faire passer pour morte, afin d'éviter les soupçons et les reproches de Progné. Le confident est un honnête homme. Il se met à prêcher son maître. Il lui rappelle tous les lieux communs sur le danger de se livrer à sa passion, sur ce qu'il est beau de se vaincre, sur l'exemple qu'un roi doit à ses sujets, etc., et, quoiqu'il n'y ait dans tout cela pas une seule idée qui n'ait été rebattue mille fois, le parterre, qui a un grand faible pour les maximes, a eu la bonté d'applaudir le sermon du pauvre confident de toutes ses forces.

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