Par Saint-Péravy.) Londres et Paris, 1761, in
2. Constantinople, 1761, in-S". Titre dessiné et gravé par Legrand, et six trèsjolies figures de Gravelot gravées par Legrand. La Bibliographie de M. Gay dit qu'il en existe des exemplaires imprimés en encre rose. L'auteur est inconnu.
3. Lyon, 1760, in-8°. Réimprimées en 1783 et en 1803 avec augmentations.
h52 CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.
La danse est de tous les arts celui qui a fait le moins de progrès parmi nous. On danse sur tous les théâtres de l'Europe, et l'on est encore à savoir quel usage il faut faire de cet art dans nos spectacles. Tous nos ballets se ressemblent, et se réduisent à une mécanique bien plate. Une troupe de figurants et de figurantes paraissent sur la scène pour faire plusieurs figures, former plusieurs groupes , et cette danse générale est coupée par les entrées des plus habiles danseurs et danseuses, qui dansent, tantôt seuls, tantôt deux, trois, quatre, etc. Leur art se borne à nous montrer diverses attitudes, mêlées de pas, d'entrechats, de pirouettes, de gargouillades et d'autres tours de l'école dansante, et pour donner une sorte de liaison à tout cela le musicien est obligé de faire des chaconnes, des gavottes, des passe -pieds, des rigodons, et de plier son génie en cent manières indignes de lui. Voilà le patron général de tous les ballets, et malgré le pompeux étalage que vous lisez dans nos programmes et qui vous dérobe leur rebutante uniformité , toute leur diversité consiste à voir les mêmes danseurs habillés tantôt en prêtres, tantôt en pâtres, tantôt en guerriers, tantôt en diables. Imaginez un poëme en musique dont le poëme n'eût aucun sujet, et où l'on se serait borné simplement à donner un caractère général aux chanteurs et à les habiller en héros ou en paysans. Les chœurs, habillés suivant les conventions, viendraient chanter des fugues à plusieurs parties, à un ou plusieurs sujets artistement travaillés suivant toutes les règles de l'école. Les chanteurs habiles solfieraient seuls des tours de chant, des passages, en un mot tous les solfeggi de l'école sans sujet et sans paroles. N'auriez-vous pas là un spectacle bien intéressant? Voilà précisément où nous en sommes par rapport à la danse. 11 faut sans doute qu'un habile danseur sache faire des entrechats, des gargouillades, des pirouettes, et tous les pas de l'école; mais ce n'est point du tout pour en faire parade dans les ballets, encore moins pour nous fatiguer par une suite de tous ces tours. S'il est bien placé et qu'il ait du goût, il ne trouvera que très-rarement l'occasion d'employer à propos un de ces pas de Técole. De même Cafarelli et tous les grands chanteurs d'Italie ont passé plusieurs années de leur vie dans les conservatoires à apprendre les tours les plus difficiles et les plus recherchés de leur art ; mais vous voyez avec quel goût et quelle
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réserve ils s'en servent sur les théâtres , et combien Tart est subordonné chez eux à l'expression de la nature. L'école ne doit servir au chanteur que pour donner de la flexibilité et de la souplesse à son gosier ; le danseur y doit chercher les mêmes qualités pour ses jambes et pour son corps. Mais quand on sort de l'apprentissage, on est encore loin de la perfection que donnent le goût du vrai et l'étude de la nature.
Nous n'avons pas pensé qu'il fallait aux danseurs un poëte comme aux acteurs des autres spectacles ; et comme ils ne parlent point on n'a pas songé à faire des pièces pour eux. Voilà pourquoi la danse est restée parmi les modernes dans cet état de médiocrité et de barbarie où nous la voyons, tandis qu'elle a été portée à un si haut degré de perfection chez les anciens. 11 ne suffit pas d'avoir des Baron et des Lecouvreur, il faut encore des Corneille et des Racine pour les faire parler. Le métier du maître des ballets et celui du poëte sont très-différents. L'un exécute ce que l'autre a imaginé. Quelque supériorité que M. Noverre ait dans le sien, et quoiqu'il ait fait plusieurs ballets agréables, il serait injuste d'exiger de lui les talents du poëte, et il suffit de dire à sa louange que s'il avait été secondé par un homme de génie il nous aurait montré des effets dont nous n'avons nulle idée. Le poëme dansé est susceptible de tous les caractères, la tragédie et la comédie seraient également de son ressort ; toutes les parties d'un drame bien ordonné, l'exposition, l'intrigue, et le dénoûment, sont également indispensables dans ce genre d'imitation, et quoique le poëte n'ait pas de discours à écrire, il ne lui faudrait pas moins de génie qu'à Corneille ou à Molière pour faire des pièces dignes de son siècle et de la postérité. Vous jugez que le caractère des drames en danse consisterait dans beaucoup d'action et de mouvement, et s'il était difficile d'y représenter Auguste délibérant avec ses confidents sur son projet d'abdiquer l'empire, en revanche la passion et la jalousie du généreux Orosmane et tous ses égarements et ses touchants retours s'y peindraient sous les traits les plus grands et les plus pathétiques. Quand je dispense l'auteur du drame à danser d'écrire ses discours, je pense pourtant qu'il faudrait qu'il en écrivit souvent les plus essentiels et les plus sublimes pour l'instruction du danseur et du musicien.
Lorsque le poëme est fait, il faut qu'il soit mis en musique,.
h^h CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE.
et l'on peut dire du musicien ce que j'ai dit du poëte, que son ouvrage le mettrait à côté des plus grands maîtres s'il avait servi à l'interprétation d'un grand poëme. Cette musique ne serait pas, comme vous pensez bien, un recueil de menuets, de rigodons et de contredanses, mais, dans la tragédie, une suite de tableaux les plus touchants, les plus pathétiques, les plus terribles, dont le poëte aurait indiqué le sujet et que le danseur serait chargé d'animer; et dans la comédie, suivant les mêmes indications du poëte, une suite de saillies les plus origiginales et les plus heureuses ; chaque morceau y serait un chef-d'œuvre de grâce et de finesse.
Le poëme fait et mis en musique doit être remis au maître de ballets, mais il faudra que M. Noverre ait auparavant changé tout le caractère de nos ballets et la routine de nos danseurs, s'il compte nous montrer l'exécution d'une pièce à danser. L'expérience nous a prouvé qu'un drame chanté d'un bout à l'autre serait insupportable. Dix morceaux de génie exécutés l'un après l'autre, sans intervalle, fatigueraient l'oreille la mieux exercée. Notre esprit ne supporte une si grande contention que dans les travaux sérieux. Il faut donc que les airs d'un drame en musique soient coupés par le récitatif, et comme il serait également barbare de faire tantôt chanter, tantôt parler les mêmes acteurs, il faut que le récitatif soit noté, déclamation musicale dont le passage au chant n'a rien de brusque, lorsque le moment de la passion est venu. Toute cette marche est conforme à la nature. Nous chantons, en effet, lorsque la passion nous anime; tous nos accents, toutes nos inflexions prennent un caractère conforme au sentiment qui nous agite, et voilà, pour le dire en passant, ce qui rend l'opéra français insupportable; le caractère du récitatif et celui de l'air étant les mêmes, il n'y a personne qui pût tenir à sa fatigante monotonie, si Ton n'avait imaginé de l'interrompre par des ballets et des danses. La distinction du récitatif et de l'air serait aussi essentielle au drame en danse qu'à celui en musique : c'est-à-dire qu'il serait insoutenable qu'on y dansât toujours, et que la plupart du temps il ne faudrait que marcher. Le moment de la passion serait celui de la danse, parce qu'en effet la passion altère tous les mouvements, et leur donne un caractère qui ne peut convenir à une situation tranquille. La simple marche dans
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un drame à danser serait cadencée et plus marquée que notre marche naturelle, par la même raison qui veut que le récitatif du drame en musique ne soit pas simplement parlé , mais qu'il soit une déclamation notée. Il y aurait trop loin de la marche ordinaire à la danse; l'accord et l'unité ne sont nulle part plus indispensables que dans le genre qu'on choisit pour imiter la nature, et rien ne prouve autant la barbarie du goût que d'en confondre et mêler deux ensemble.
Voilà la base sur laquelle doivent porter tous les changements que M. Noverre propose. Donnez-lui un poëte, et il aura bientôt créé un genre de ballet absolument nouveau; car quoique la distinction de la marche et de la danse, que je crois essentielle à ces sortes de drames, ne soit pas dans son livre, je suis bien persuadé qu'elle se trouverait dans ses ballets. Le génie n'a pas besoin de poétique ni de règles; il trouve d'inspiration les moyens d'arracher notre admiration et nos suffrages. Je ne crois pas qu'il fût aussi aisé à M. Noverre de triompher des préjugés des danseurs, qui mettent le sublime de leur métier dans les entrechats, les aplombs, les difficultés de l'école. Il aurait plutôt créé un art nouveau qu'il ne réussirait à discréditer un usage barbare, et il faudrait sans doute toute la protection et toute l'autorité d'un grand prince pour donner à la danse le degré de perfection dont elle est susceptible, et pour en faire un spectacle digne d'une nation éclairée. Celui des enfants de Nicolini fixé depuis longtemps à la cour de Brunswick a pu donner l'idée d'une pièce en danse. Quoique cet habile directeur ne se fût pas élevé au-dessus du genre de la Comédie-Italienne, le poëme, la musique, la décoration, et l'exécution la mieux entendue, faisaient de ses pantomimes un spectacle charmant dont l'ivresse et l'enthousiasme se répandaient sur tous les spectateurs. Jugez quel empire aurait sur nous celui qui nous montrerait Andromaque en pleurs, Mérope prête à immoler son fils, Alceste faisant à son époux le sacrifice de sa vie! Dans les arts comme dans les autres choses de la vie, il faut plaindre les hommes d'exécuter avec tant de nonchalance et de médiocrité ce qu'ils conçoivent d'une manière si sublime.
— Le théâtre de la Comédie- Française est celui de la nation. C'est à lui qu'elle doit la plus grande partie de sa réputation dans les arts et dans les lettres, et sa gloire consacrée chez
toutes les nations de l'Europe. Un peuple qui peut assister tous les jours à la représentation des pièces du sublime Molière, du grand Corneille, de Racine, de Voltaire, n'a pas à se plaindre de son lot. Il m'arrive peu de vous entretenir des autres théâtres de Paris, quoique les nouveautés se succèdent sans cesse avec une rapidité qui suffit pour déposer contre leur mérite. Mais les révolutions qui s'y préparent et s'y opèrent insensiblement méritent d'être remarquées. Deux misérables bouffons, transportés il y a environ huit ans des tréteaux d'Italie sur le théâtre de l'Opéra de Paris, ont pensé ruiner de fond en comble ce spectacle si dénué de goût et de génie. Il a fallu chasser les bouffons; mais le coup est porté, et l'opéra français n'a encore pu s'en relever. Nos jeunes musiciens ont imité tant bien que mal cette musique comique et bouffonne dans laquelle les Italiens, de même que dans les autres genres, ont produit tant de chefs-d' œuvres ; et quoique ces essais ne fussent rien moins que merveilleux, les auteurs ont eu de grands succès sur les théâtres de l'Opéra-Comique et de la Comédie-Italienne. Ces succès ont produit deux bons effets : l'un, de chasser presque entièrement de l'Opéra-Comique le vaudeville, autrefois si cher à la nation et également contraire aux goûts et aux mœurs ; le second, de nous dégoûter de plus en plus de la lourde monotonie de l'opéra français. Nous avons vu les directeurs de ce spectacle épuiser successivement leur répertoire, et les ouvrages qui avaient le plus de réputation ont reparu sans aucun succès, et personne n'a encore imaginé d'attribuer ces chutes multipliées à leur véritable cause. On ne l'a point cherchée dans la révolution arrivée dans le goût, qui nous a montré cette musique telle qu'elle est, lourde, plate et insipide; mais on a mis sur le compte des pauvres acteurs de l'Académie royale ce qui de tout temps a été le crime du musicien. La différence est que notre ignorance nous faisait admirer autrefois des platitudes et des égarements qui commencent à nous paraître impardonnables. Cette révolution a été singulièrement hâtée par M. Duni, Italien, ci-devant maître de la chapelle de l'infant don Philippe. Ce musicien a mis plusieurs pièces françaises en musique. Le Peintre amoureux de son modèle et Vile des fous sont deux ouvrages qui n'auraient pas peut-être une grande vogue en Italie, mais dans lesquels les musiciens français peuvent ap-
prendre ce que c'est que de mettre des paroles en musique, art absolument ignoré en France malgré le grand nombre d'opéras dont le magasin de l'Académie royale fourmille, et qu'il faudrait d'abord jeter au feu si l'on voulait représenter des drames en musique sur le théâtre de l'Opéra. Les deux pièces de M. Duni, quoique mal exécutées de la part des acteurs et de l'orchestre, ont eu un grand succès; mais peu de gens sont encore en état de sentir en quoi consiste précisément leur mérite pour ce pays- ci. Un des moindres mérites de M. Duni, c'est que, quoique étranger et parlant fort mal français, il ne lui arrive jamais de violer dans sa musique la prosodie française, que tous nos musiciens du pays, depuis le grand Rameau jusqu'au petit Boismortier, ont si impitoyablement estropiée dans leurs ouvrages. Une des plus jolies pièces de ce genre, c'est le Jardinier et son Seigneur^ tirée de la fable de La Fontaine, que tout le monde connaît. Cette pièce vient de paraître. Elle a été jouée à rOpéra-Gomique dans le temps qu'on jouait le Père de famille à la Comédie-Française ^ La musique en est de M. Philidor, plus célèbre dans le jeu des échecs que par ses ouvrages de musique. Ce compositeur manque d'idées et de goût. Mais comme nos oreilles ne sont pas assez exercées pour sentir ce défaut, et qu'il a d'ailleurs assez de feu, le public a toujours fait un accueil favorable à ses productions. Pour moi, je suis plus content du poëte que du musicien; M. Sedaine, ancien maître maçon et auteur de plusieurs jolis ouvrages de poésie, a du naturel, de la facilité, de la gaieté et de l'originalité. Avec ces qualités, il n'est pas difficile de réussir dans le genre comique. J'avoue naturellement que je préfère sa petite comédie du Jardinier et son Seigneur a beaucoup de nos tragédies modernes qui ont eu du succès à la Comédie-Française. L'auteur a non-seulement rempli le but moral de la fable de La Fontaine, qui vous apprend qu'il vaut mieux souffrir un petit mal et prendre patience que d'y remédier par la protection des grands. Le seigneur, avec son train de valets et sa meute de chiens courants, fait dans un instant plus de mal aux potagers de maître Simon, jardinier, que le lièvre dont il vient de le délivrer n*en aurait fait dans vingt ans. Mais M. Sedaine a associé à cette