Représentée le 17 août
et était absolument dénuée d'intérêt. Suivant l'usage, il a donné aux deux amants un Crispin et une soubrette qui remplissent la scène quand les amants n'y sont point. Tous les propos des maîtres et des valets sont si rebattus qu'on sait d'avance tout ce qu'ils vont dire. Un oncle qui n'a pas le sens commun, et qui se mêle des affaires de cœur de sa nièce, achève de rendre la pièce fastidieuse au dernier degré. Pour comble de malheur, on ne peut pas dire que M. de Bellecour ferait mieux de suivre la carrière de comédien sans songer à celle d'auteur. Il est à la vérité d'une belle figure, mais elle manque de noblesse et de grâce au théâtre, et pour les rôles d'amoureux^ de petit-maître et autres de cette espèce, il n'est pas possible de s'en passer. Aussi Grandval, autrefois si charmant dans ces rôles, mais dont la jeunesse et les agréments sont depuis longtemps sur leur déclin, n'est-il pas remplacé. On dit toujours au public qu'il faut être indulgent ; mais, dans les arts et dans les ouvrages et les talents qui en dépendent, je pense que trop de sévérité vaudrait encore mieux que trop d'indulgence, et que cette dernière ne contribue pas peu à la perte du goût. Vous commencez par tolérer un acteur médiocre sur le premier théâtre de la nation, vous lui savez gré des efforts qu'il fait pour être moins mauvais ; bientôt Vous vous accoutumez vous-même à ses défauts; alors ce qui vous avait singulièrement choqué ne vous fait plus de peine, et dans les moments où un mauvais acteur se ressemble un peu moins qu'à l'ordinaire, vous avez la bonté de l'applaudir tout aussi fortement que ceux qui ont le plus de talent et d'étude. Cela vous accoutume à la médiocrité, et dégoûte les vrais talents. Gomment un Raphaël, un Rubens, seraient-ils flattés de votre hommage si vous savez vous extasier vis-à-vis d'une bergère de Watteau ou de Boucher? Le zèle est une bonne cJiose, à laquelle cependant on ne croit guère ; mais dans les arts, il faut surtout du talent ; et avec du zèle tout seul il faut se faire artisan et non artiste.
— Le Despotisme^ épître * à M. de Voltaire par un auteur dramatique. C'est une épître assez insipide sur le métier de poëte dramatique. On ne sait pas trop pourquoi l'auteur l'a intitulée le Despotisme^ si ce n'est qu'il conseille à M. de Vol-