‹ Correspondance littéraireChapitre 165 sur 179 · Malfilâtre · texte numérisé non relu

Malfilâtre

2. (Par M"'^ Thiroux d'Arconville. ) Amsterdam et Paris, 1761, in-12. Réimprimé avec le Traité des Passions du même auteur sous le titre d'OEuvres mO' raies de M. Diderot, 1770, in-12.

NOVEMBRE 1761. hll

çaise, avec beaucoup de goût et d'élégance, mais leur ôtant aussi souvent cette beauté simple et mâle qui fait le caractère du génie. C'est un beau défaut d'être toujours élégant, mais c'en est un pourtant. Le génie de Racine ne pouvait être inspiré par celui du grand Corneille : tous les deux grands, ils n'ont nulle analogie, nulle ressemblance entre eux.

— Des colporteurs de Paris ont imaginé de rassembler dans un gros volume des lettres, fragments et pièces fugitives de M. de Voltaire, et de les publier comme le dix-neuvième volume de l'édition de Genève, à laquelle ils l'ont fait ressembler par le caractère et par le format. On n'a observé aucun choix^ aucun ordre dans cette rapsodie; mais enfin elle contient plusieurs morceaux curieux et agréables de M. de Voltaire, et elle a été vendue. On le trouvera souvent en contradiction avec lui-même; c'est ce qui se verrait encore plus souvent si l'on publiait toutes les lettres qu'il écrit à droite et à gauche. C'est là la condition sous laquelle il lui a été permis d'avoir tous les talents. Il faut pour cela une âme prête à s'ébranler, à se livrer à toutes les impressions, et, avec une telle âme, on se contredit souvent.

l^^ novembre 1761.

Le gouvernement a fait publier un Mémoire historique sur la négociation de la France et de r Angleterre depuis le 26 mars i76i jusquau 20 septembre de la même année, avec les pièces justificatives ^ .

— M. de Fénelon, capitaine de cavalerie, vient de publier une tragédie intitulée Alexandre^, La manie des militaires pour

1. Paris, Imprimerie royale, 1761, iQ-8° et in-12. Rédigé sous les yeux du duc de Choiseul avec un avant-propos par J.-F. de Bastide.

2. Selon Mouhy, cette tragédie, représentée à Tours en 1753, sur un théâtre de société, fut corrigée par l'auteur, qui la fit imprimer seulement en 1763. Elle a échappé aux recherches de Quérard.

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les occupations littéraires est un des inconvénients attachés au progrès de la littérature; mais elle prouve encore moins l'honneur qu'on accorde aux lettres que le relâchement de la discipline. M. de Fénelon paraît s'être proposé en tout l'exemple de M. le comte de Lauraguais pour modèle. Gomme lui, il a quitté le service. Comme lui, il a fait imprimer une mauvaise pièce. Dieu préserve tout honnête homme de perdre son temps à lire les productions de génie de MM. de Lauraguais et de Fénelon. Pour moi, je sais ce qu'il en coûte. Observons à ce dernier que, quand on est capitaine de cavalerie en 1761 on a quelque chose de mieux à faire que de mauvais vers, et que lorsque l'on porte le nom de Fénelon on est bien à plaindre de produire des ouvrages médiocres. Quand ils sont mauvais, il y a de quoi se pendre.

— Un autre ouvrage qui s'est fait remarquer par son extrême bêtise, c'est V Éloge historique de M. le duc de Bourgogne, par M. Le Franc de Pompignan^ 11 serait difficile d'entasser en si peu de pages tant de lieux communs et de platitudes avec plus d'emphase et de prétention. C'est assurément la plus terrible injure qu'on pût faire à la nation, à la famille royale, et au jeune prince qui, par deux ans de soulïrances continuelles, a mérité l'intérêt de tous les Français. Que ne serait-on pas en droit de penser en Europe de la superstition et de la barbarie de la France si l'on en jugeait par ce chef-d'œuvre historique? Heureusement il jure trop avec l'esprit du gouvernement et les lumières de la nation pour pouvoir jamais produire d'autre mépris que celui qu'on aura pour l'auteur. Son ouvrage est fait pour avoir un grand succès en Styrie, en Carinthie, en Carniole, et même dans l'Autriche intérieure : un prince qui, pour tout au monde, n'aurait pas fait le signe de la croix avec la main gauche ne peut manquer d'y paraître un héros et un prodige. Au défaut de punition que le gouvernement doit à M. Le Franc d'avoir déshonoré M. le duc de Bourgogne autant qu'il était en lui, les plaisants et les faiseurs d'épigrammes se chargeraient, je crois, volontiers de la correction de l'auteur, si le respect qu'on doit aux princes ne couvrait pas ici leur indigne historien, dont l'orgueil et l'hypocrisie sont encore moins révol-

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