Représenté pour la première fois le 21 août 17G
savent si bien réserver pour les occasions importantes. Ce défaut, je le sais, n'en est pas un pour le public de Paris qui aime le bruit et qui n'a pas encore le goût assez exercé pour saisir la finesse et la vérité d'une idée musicale et de sa déclamation ; mais il est certain que tout compositeur qui a beaucoup d'idées aura rarement recours aux efléts de l'harmonie, et que tous ces grands airs d'orchestre qu'on remarque dans certains ouvrages ne servent qu'à déguiser la pauvreté du génie de l'auteur. Au reste il ne faut pas croire que l'auteur du poëme du Maréchal soit un homme sans mérite. Sa pièce est un tableau vrai et naïf de la soirée d'une boutique de maréchal. On y trouve une grande variété d'incidents qui ont fourni des airs et des situations au musicien; et c'est là le véritable art d'un poëte qui veut être chanté. On ne peut reprocher à M. Quêtant que cette foule de vaudevilles par lesquels il interrompt à tout moment la marche de ses scènes, et qui sont aussi choquants pour le goût que pour le bon sens. Heureusement il n'y aurait qu'à supprimer ou à changer en discours ordinaire ce reste détestable de l'ancien opéra-comique.
La pièce qui a partagé avec le Maréchal le plus brillant succès qu'on ait vu depuis longtemps sur nos théâtres est intitulée On ne s'avise jamais de tout *. Cette pièce, qui est de M. Sedaine, est charmante; mais en la lisant il est impossible de sentir l'effet qu'elle fait au théâtre. Cet homme a bien du talent; c'est le seul poëte qui depuis soixante ans rappelle la comédie de Molière. Le Jardinier et son Seigneur a une tournure encore plus originale que la pièce On ne s avise jamais de tout. Toutes les deux sont charmantes. C'est dommage que M. Sedaine n'ait pas un peu plus de facilité dans le style. Il est souvent dur et raboteux. Ses vers surtout sont faits de manière à faire mal à l'oreille quand on les lit. Tout cela disparaît au théâtre par la magie du jeu et de la musique, et par l'esprit, la verve, la vérité, et la naïveté, qui sont dans la chose. Encore une fois on ne peut avoir une idée de ses pièces par la lecture, et M. Sedaine est un homme dont je fais un cas infini. L'auteur de la musique de On ne s'avise jamais de tout s'appelle M. Monsigny. Il a des chants agréables, la tournure presque française ;