‹ Correspondance littéraireChapitre 29 sur 179 · Paris, 1758, in · texte numérisé non relu

Paris, 1758, in

mal entendus, avait attaqué la nouvelle charrue à semer dont on a fait quelques essais fort heureux en France. On vient de le réfuter avec beaucoup de fiel par une lettre qui lui est adressée ^

15 février 1759.

Je ne sais si le livre de VEsprit attirera à M. Helvétius une assez grande considération pour le dédommager de tous les chagrins qu'il lui a fait essuyer; mais je crois qu'on peut dire avec vérité qu'il n'a pas été assez utile aux hommes ni au progrès des lettres et de la philosophie pour nous dédommager du coup qu'il a porté en France à la liberté de penser et d'écrire. La philosophie se ressentira longtemps du soulèvement des esprits que cet auteur a causé presque universellement par son ouvrage, et pour avoir écrit trop librement une morale mauvaise et fausse en elle-même, M. Helvétius aura à se reprocher toute la gêne qu'on imposera à quelques génies élevés et sublimes qui nous restent encore, et dont la destinée était d'éclairer leurs semblables et de répandre la lumière sur la terre. On a attaqué le livre de VEsjjrit dans une foule de brochures. Les journalistes l'ont déchiré de leur mieux. On a fait un Catéchisme tiré de l'Esprit j on a fait le Catéchisme des Cacouacs. Il a paru un Remerciement d'un particidier à messieurs les philosophes du jour^ et cette feuille est faite par un très-méchant homme ^ 11 a paru un Mandement foudroyant de M. l'archevêque de Paris. Enfin le Parlement s'est emparé de cette affaire, et les ennemis de la philosophie se sont persuadé d'avoir remporté une grande victoire lorsqu'ils ont vu en même temps V Encyclopédie déférée à cette cour par l'avocat général du roi^ Cet ouvrage immense, qui dans toute l'Europe éclairée et savante est regardé comme la plus belle entreprise et le plus beau monument de l'esprit humain, a pensé succomber

1. Lettre à M. le chevalier Goudar, etc. (Par Dampierre.) Londres (Paris), 1758, in-12.

2. Le Catéchisme des Cacouacs a été compilé par l'abbé de Saint-Cyr, sousprécepteur des Enfants de France. Celui du livre de l'Esprit est de l'abbé Gauchat. Le Bemerciement est de Rémond de Saint-Sauveur, qui a été depuis intendant du Roussillon. (B. )

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