Ces deux brochures sont, en effet, du même auteur
3. UÉcole d'agriculture est de Duhamel du Monceau, suivant MM. Tessier et Bosc. (B. )
4. L'auteur de ces Questions se nommait Tipliaigne. (Voyez la Bibliographie agronomique, 1810^ 1 vol. in-8. ) Suivant cet auteur, M. Tiphaigne aurait été président à rÉloction de Rouen, et en conséquence il ne faudrait pas le confondre avec le médecin Tiphaigne de La Roche (auteur d'Amilec, ou la Graine d hommes; voir la lettre du 1«' nov,embre 1753). Je doute qu'il ait existé deux Tiphaigne. Quoi qu'il en soit, le petit ouvrage dont il s'agit a été traite un peu légèrement par Grimm. Les auteurs de V Année littéraire et des Mémoires de Trévoux, avec lesquels, comme on le pense bien, l'auteur de la Correspondance doit se trouver souvent en contradiction, en ont rendu un compte très-favorable : les premiers, en 1759; lea autres, en 1765, seulement, parce que l'ouvrage, par la ruse accoutumée des libraires, reparut sous un autre titre, celui d'Observations physiques sur l'agriculture, les plantes, les minéraux, les végétaux, etc. La Haye et Paris, 1765» in-12. (B.)
il s'occupe à persuader qu'il faut planter du vin dans la province de Normandie. L'autre moitié de son ouvrage s'exerce en recherches sur la nature des plantes, et examine surtout cette question aussi frivole que rebattue : Pourquoi ne seraient-elles pas des animaux? Voilà deux sujets bien hétérogènes, et qui doivent être bien étonnés de se trouver l'un à côté de l'autre. En général, la fureur d'écrire gagnant de plus en plus, il faut bien s'attendre à nous voir inondés de toutes sortes d'écrits sur les matières le plus à la mode et qui ont le plus de faveur dans le public. Autrefois nos mauvais auteurs faisaient des romans et des vers détestables; aujourd'hui tout le monde veut écrire sur l'agriculture, sur le commerce, sur la population; mais quelque mauvais que soient les ouvrages qu'on publie sur ces objets, ils auront toujours sur les brochures de bel esprit l'avantage de n'être que plats sans être pernicieux, et de respecter les mœurs que les autres n'attaquent que trop communément. On peut remarquer que chez tous les peuples on ne s'est amusé à écrire sur des matières en apparence si utiles que dans les siècles de décadence. Lorsqu'un gouvernement sage et juste, une culture favorisée et bien entendue rendent un peuple heureux et son état florissant; lorsque le commerce a toute son activité et prospère, personne ne songe à discourir, tout le monde travaille et s'enrichit; et ceux qui font aujourd'hui de mauvais ouvrages pour gagner du pain trouvent alors une ressource plus sûre et plus honnête dans le travail de leurs mains. Mais lorsque le luxe, la corruption et une mauvaise administration ont dévasté et dépeuplé les campagnes et répandu une mortelle langueur sur tous les membres de l'État, alors on se met à raisonner et à écrire, et on dirait que l'on ne montre de l'énergie et de la vertu dans les livœs que lorsqu'on n'en est plus capable dans les actions : aussi arrive-t-il toujours que les plus excellents projets, les meilleures ressources, sont indiqués sans aucun avantage pour le public. Le remède est consigné dans les écrits, mais jamais appliqué au mal.
Un étranger de beaucoup d'esprit me fit, l'autre jour, une observation qui me frappa et dont il est aisé de sentir la liaison avec les idées que je viens de jeter sur le papier. « Je ne rencontre, dit-il en parlant de nos jeunes guerriers, que des gens qui dissertent sur leur métier d'une manière très-satisfaisante :
106 CORRESPONDAN'CE LITTERAIRE.
également savants sur la théorie et sur la pratique de la guerre, ils en parlent avec esprit, avec précision et avec justesse. Plusieurs d'entre eux ont écrit de fort bons ouvrages sur diflérentts parties militaires. Chez le roi de Prusse, ce n'est point cela; ses officiers parlent assez mal sur leur métier, ou plutôt n'en savent point parler. 11 n'y a point d'apparence que le général d'Itzenplitz et que le général Hulsen écrivent jamais sur l'art de la guerre, et l'on aurait peut-être de la peine à trouver dans ses armées, depuis le prince Maurice d'Aohalt jusqu'au major Wunsch, commandant d'un bataillon franc, un seul officier qui fit une brochure passable. En revanche, ces messieurs ne sont jamais embarrassés de leur contenance en campagne, et battent le plus souvent leurs ennemis. » Cette remarque peut se généraliser et s'étendre sur une infinité d'objets ; mais ce qui est commun aux siècles de décadence chez toutes les nations a des effets plus marqués sous le gouvernement monarchique. Il s'y trouve un inconvénient que nos écrivains politiques n'ont pas, ce me semble, assez considéré : c'est que le corps de la nation étant exclus de l'administration de la chose publique, qui n'est confiée qu'à un petit nombre de personnes, les esprits y manquent ordinairement de cette vigueur qui, au défaut des grandes actions, produit du moins de grandes idées et répand une certaine énergie dans les discours les moins étudiés. Ce n'est pas là le caractère de l'esprit français, et l'on en doit trouver la raison dans le gouvernement politique de la France. On y a bien vu naître quelques génies mâles, et nous en possédons encore quelques-uns aujourd'hui: mais le caractère général de la nation a ressemblé de tout temps à celui d'un enfant joli et léger, ^ous portons cette espèce d'enfantillage dans nos livres, dans nos entreprises, dans nos établissements. La présomption, la vanité, l'envie de jouer, tout autant de qualités qu'on remarque aux enfants, y percent toujours. Est-il question de quelque nouvelle branche d'industrie? moins occupés du fond de la chose que de son appareil, on nous voit établir des bureaux, élever des édifices à grands frais, arrêter nombre de commis, faire les plus belles lois de régie, etc. ; tout va le mieux du monck, excepté la chose pour laquelle on a fait toutes ces dépenses immenses. Ordinairement la compagnie est ruinée en frais avant que d'avoir considéré si l'entreprise qu'elle médite peut lui être
avantageuse; et le spectacle de la circonspection et de l'économie de nos voisins n'a pu encore nous rendre sages. Voilà aussi la raison de toutes les idées futiles dont nos écrits sur ces matières sont remplis. Il est bien question de former des sociétés et des académies pour l'encouragement de l'agriculture; on n'aura que faire de s'en occuper quand le peuple sera libre et beureux, quand il ne gémira plus sous le poids des impôts et de l'oppression. 0 Athéniens, vous n'êtes que des enfants ! C'est un mot qu'on peut répéter en France à tout moment.
— Moyen de population par la suppression des ?ni lices, avec re7nplacement avantageux pour nos armes. Voilà le titre d'une brochure qui est dans le cas de celles dont nous venons de parler. L'auteur est un vieil enfant qui propose de former une milice des bâtards et desenfants trouvés du royaume, et de laisser le laboureur auprès de sa charrue. Rendez vos peuples beureux. N'entreprenez que des guerres justes et nécessaires, et vous ne manquerez d'hommes ni pour vos champs ni pour vos armées. Voilà ce qu'il faut dire aux rois.
— Au commencement des troubles présents, un officier français, nommé M. de Jumonville, eut le malheur d'être assassiné en Amérique par les Anglais. Cette aventure a fourni à M. Thomas, professeur émérite de la Faculté de Paris, le sujet d'un poëme en quatre chants ^ Vous y trouverez de la noblesse, du feu, et de fort beaux vers. C'est dommage que l'auteur ait choisi un sujet peu convenable, et qui ne prête qu'aux invectives peu décentes et peu philosophiques de nation à nation. Il est peu séant de reprocher à un peuple, d'ailleurs respectable, le forfait de quelques particuliers et le concours de plusieurs circonstances qui rendent un événement sinistre souvent plus déplorable que blâmable.
— La lecture de la Fille d'Aristide vous aura rendu son mauvais succès au théâtre très-croyable; la lecture d'Hyperynnestre^ en revanche, vous aura rendu son prodigieux succès au théâtre tout à fait incompréhensible.
— Depuis l'accident qui est arrivé aux révérends pères jésuites, d'être impliquée dans l'affaire de l'assassinat du roi de Portugal, les brochures n'ont cessé de pleuvoir sur la bénigne