LE KAIN
Malgré notre surprise et mon insuffisance. Je vous obéirai, seigneur, sans complaisance, Et mets bas le respect qui pourrait m'empêcher De combattre un avis où vous semblez pencher. N'allez pas imprimer une honteuse marque Aux motifs qui d'ici vous ont fait le monarque. Car on dirait bientôt que c'est injustement Que vous avez changé notre gouvernement. La troupe est sous vos lois, en dépit du parterre, Et vous régnez en paix tandis qu'on fait la guerre. Plus votre nouveau poste est noble, grand, exquis, Plus de votre abandon chacun serait surpris. On critique, il est vrai; mais sur ce qu'on hasarde S'il est bien des sifflets, n'avons-nous pas la garde? Nous goûterons bientôt par vos rares bontés Le comble souverain de nos prospérités.
1. Sobriquet de M, le comte de Choisouî , ambassadeur du roi à Vienne. (Grimm.)
Que Tamour du bon goût, que la pitié vous touche! Notre troupe à genoux vous parle par ma bouche. Considérez combien vous nous avez coûté; Non que nous vous croyions avoir trop acheté; De l'argent qu'elle perd la troupe est trop payée ; Mais la quittant ainsi vous l'aurez ruinée. Si vous aimez encore à la favoriser, Otez-lui les moyens de se plus diviser; Conservez-la, seigneur, en lui laissant un maître Sous lequel sa splendeur sans doute va renaître ^ Et pour nous assurer un bonheur sans égal,' Prenez toujours conseil de M. d'Argental.
d'argental.
Seigneur, il est aisé de lever tous vos doutes. Je dirai mon avis tout haut, quoiqu'il m'en coûte. Je sens bien que l'État... a grand besoin de vous; Cependant le péril... mais que répondrez-vous A ce raisonnement ? Pour vous je vais conclure Qu'il faut choisir toujours la façon la {)lus sûre. . Car enfin... quand je pense à tout ce que je voi, Il me semble... mais non... il vous faut de l'emploi. Si pourtant vous vouliez envisager la chose D'un œil tout différent, je dirais... mais je n'ose... Voilà, je crois, l'avis qui doit être suivi, Et vous ne risquez rien à prendre ce parti.