LETTRE CL X XVI L
On a joué an théâtre français un petit acte
en vers , intitulé les deux Amis rivaux ^ trè&-
faible d'intrigue et^ de style , mais dialogué
agréablement, et que le jeu des acteurs faisait
valoir . Le succès a été fort médiocre comme
. Touvrage : Pauteur est un jeune homme
nommé Forgeot , qui avait donné au théâtre
i italien les deux Oncles et Lucette et
I Lucas y deux petites pièces où Ton retrouve
I tou( ce que l'on connaît, mais qui ont mérité
rindulgerice du public, parce qu'au moias il
I y a du naturel.
I L'Opéra ne s'est pas enrichi avec VJEm*
' barras des richesses , vieux cannevas de feu
' Dalinval , et qui avait assex réussi au théâtre
italien , quoiqu'il ne valût pas à beaucoup
près, son Ecole des Bourgeois. M. de
S * * * , auditeur des comptes , auteur de
Colinette à la cour, a voulu donner à Grétri
ftn second ouvrage, et a recrépî cette vieille
farce d'Arlequin. Les paroles sont plates , et
la musique extrêmement faible , et remplie
de réminiscences. La scène était d'abord à
I Athènes, et l'on a beaucoup ri d'uj^e ber-
46 CORll£SPO]»^l>A2rCE
gère de TAttique qui parlait dff danser ^ dimanche, et d'an paysan qui vend sa mé^ tairie deux mille ^r2/5. L'auteur ^ pour se tirer d'embarras , a mis la çcène à Chaillot à la troisième représântation ; mais par mal* beur le dieu Plutus joue un grand rôle dans la pièce , et il n'est pas plus facile de trouver Tlutus à Chaillot que le dimanche chez les Grecs* On ne peut pas songer à tout, et puis le journal de Paris nous a prouvé dans une grande lettre , qu'à l'opéra il ne fallait pas y regarder de si près , et que les platitudes de la pièce m'étaient pas les premières qu'on eût entendues sur ce théâtre , ce qui répond à tout, excepté au couplet que voici.
Embarras d^Intérét , Embarras de paroles , Embarras de ballet , Embarras dans les rôles 9 Enfin de toute sorte On n'y voit qu'embarras ^ Mais allez à la porte , Vous n'en trouverez pas*
Les Italiens n'ont guères mieux réussi avee la nouvelle Omphale de Floquet, sujet tiré d'un ancien conte en vers qui vaut beaucoup mieux que la pièce. La musique est excès-
XpIfTJS&llÀIfi* fyj
sivement médiocre, comme tout ce qu'a fait le compositeur. Voilà pour le moment nos productions : elles ne sont pas brillantes.
Un acteur nouveau a débute aux Français dans le premier emploi tragique , et c'est le seul depuis Lekain qui donne des espérances fondées ; il à sur-tout de très- beaux moyens que le travail peut développer. Il a été f brtaccueilli par le public y et fort dénigré dans le Mercure^oùM.deCharnoisy chargé de la partie des^spectacles, faîtle même métier que les Frérons , celui d'ennemi des talens.
L'abbé Coy er est mort ; c'est une perte médiocre pour les lettres , quoiqu'il ne fût ni sans mérite ni sans esprit. Ses premiers ouvrages inûtixlé^ Bagatelles morales, et qui ne sont en effet que des bagatelles, étaient ^'un homme qui s'efforçait d'être aussi léger 4ans &ea écrits, que la nature l'avait fait lourd dails la société. On y trouve une cri- ^que superficielle de quelques abus et de quelques ridicules assez agréablement saisis. Sa f^ie de Soiieski est écrite d'un style plein d'afféterie et indigne de l'histoire- Le seul ouvrage de lui qui ait fait du bruit dans sa nbuveauté , est une brochure qui avait pour titre la Noblesse commùr^ante. Il y combat
48 C O KR E S P O N D A j^ C Ê
le préjugé qui attache au commerce un# sorte d'avilissement , et il à raison : c'est bien la un préjugé. Maïs il combat aussi le principe reçu qui ne permet pas le commerce à la noblesse; et il a tort : si c*est-là un préjugé, il est moriarcliique et il faut le conserver^ TVÎ-|Turgotluî confia ses idées sur les maîtrises et leç pi'îvilèges, idées qu'il développa dans CAlnkîyOptisCule qui est, selon moi^ ce qu'ils fait de mieux, quoique je sois fort loin d'en adopter toutes les idées; mais ici da moins il a conformé son style au sérieux du sujets 11 fut toute sa vie postulant de l'académie française, et inutilement, quoiqu'oa y ait reçu quelquefois des gens qui ne .le valaient même pas j mais il était satts crédit et un peu ennuyeux. C'est lui qui avaîl; imaginé de s'établir trois lùois à Femey, "sans savoir si cela contiendrait à M. de VqJtaire , et il est trèâ-vrài qi^e M. de VoIk taire , eflrayé de l'idée d'uh si krtîg séjour^ fît à son hôte ce conlplîment qui a étp tant répété : M. Vabbé , savez-vôusld différence qu'ilyaentre l^om- Qui chatte et\>ons ? c'est qu^ilpren'aitles auberges pour des -ehdteaua^^ et vous prenez les çTidùèànx p^ur des au^ berges, ' * ■ ■-* - -^ ■ '. - '...
X I T T i K A I IV E. 49
m. ^.^— 1,1,., M,.i« .. j..i.f.— - ^■... .11. I. ^1 ..Il ■ » ,W ■■ ■!■ . . . ■^^» >