‹ Correspondance littéraireChapitre 11 sur 47 · L E T T RE CLXXVIII · texte numérisé non relu

L E T T RE CLXXVIII

M. DiTBirissoN , auteur d'une tragédie de Thamas Koulikan , jouée il y a deux ans , et qui annonçait un homme incapable de r^en faire de boa, a voulu s'essayer dans la comédie , et vielit de donner lo Vieux Garçon. C'est le même sujet que le Céti^ hataire de feu Dorât , qui jiarut avec plus de succès que de mérite, et l'un de ces ouvrages qui , après avoir joui d'une indulgence passagère , sont bientôt mis à leur place , c*est-à-dîre dans l'oubli. Dorât n'avait point du tout saisi le but moral et comique de son sujet, qui était de faire voir à quels inconvéniens est exposé l'homme qui â Vieilli garçon. Sqvl . prétendu Célibataire > était un homme de trente ans qui ne voulait pas se marier , et qui pourtant finissait par oéder aux avances d'une jeune personne qui se jetait à sa tête : mauvais plan comme tous ceux de l'auteur. Celui de M. Dubuisson est plixs romanesque, et tient beaucoup de c© qu'on appelle drame. Son Vieux Garçon rietrouve à la £in de la pièce un fils naturel 4- D

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qu'il a eu il y a vingt ans , et il Iç marie aree une Sophie qui se trouve là on ne sait pourquoi, et le bonheur de ces deux époni^ , ctlui d'un neveu et d'une nièce qui demeurent chez lui , consolent du moins le Vieua: Garçom qui ne peut plus jouir de ce bonheur-là pour lui-mâme. Rien de tout cela ne remplit la au jet du Célibataire, qui, comme on voit^ sérail; encore à faire , si avec un peu d'att€nr<» tiou on ne s'appercevait pas qu'il a été tràs* bien rempli par Regnard , sous le titre du Xiégataire , pièce charmante , où tous les in<9 conyéniena possibles du célibat sont peinta Tivoment, et où Taùteur n'a rien oublié, si on n'est peut-être de résumer d'une manière précise et direbte , en dix on douze vers , la morale de son ouvrage. Celui de M« Dit* buisson , écrit avec une platitude triviale a a été fart mal reçu , et abanddnné à la troi« aièma représentation.

he public commence à se lasser des Pontneufs de M. Plis ; ses derniers vaudevilles ont été accueillis avec des huées, et cette mode i^rès tout doit varier comme les autres* Celle d'aujourd'hui est d'écrire sur réda<»^ édition : parmi différentes brochures de c^ genre ^ on a justement distingué VAmi deq

lITTiRAIILB. Si

Enfans , ouvrage de M. Berquin , qui parait tous \ts mois par cahier, et qui contient de petits contes et de petits dialogues à la portée de cet âge , composés- de manière à leïjr tracer leurs devoirs et leur inspirer le goût de la vertu et Thorreur du vice , dont les tableaux passent successivement sous leurs yeux. Ce plan est en général bien suivi : il y a de l'intérêt dans le choix des sujets , de la douceur et de la naïveté dans le style. Il y a bien aussi quelques nlaî-r séries et quelques inconséquences; mais en total c'est tin livre utîlej il a beaucoup réuSsij on en est à la 'troisième édition.

Les comédiens italiens ont joué un petit acte , intitulé Anaximandre , d'un , jeune homme de dix-neuf aïis j c'est une bagatelle assez agréablenient dîaloguée , et qui a été bien reçue. On attend au théâtre français le Koi Léar ^ de M. Ducîs , tragédie imitée de la pièce du même nom , de Shaskespear; car c'est le guide sans lequel M. 'Dncîsne marche guêres, et qui pourtant n'est pas trop sûr.

Je regarde comraieTin morceau -précieux , nn portrait de VLj^^ la duchesse dp. Maine ^ fait par M."** de Staal , et qu'on ne trouve point dans les œuvres de cette dame ,qùi

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avait un esprit si naturel et si piquant : je me suis empressé de le copier.

» Mr"*»^ la duchesse du Maine , à l'âge de soixante ans , n'a encore. rien acquis par Texpériencé : c'est un enfant de beaucoup d'esprit ; elle' en a les défauts et les agrëmens. Curieuse. et crédule, ejle a voulti s'instruire de toutes les différentes connaissances; mais elle s'estcontentée de leur superficie. Les dé** cisions de ceux qui l'ont élevée , sont devenues des principes et des règles pour elje ^ sur lesquelles son esprit n'a jamais formé le moindre doute ; elle s'est soumise une fois pour toutes. Sa provision d'idées est faite; elle rejetterait Içs vérités les mieux démontrées , et résisterait aux meilleurs raisonue-. mens , s'iU contrariaient les premières im«pre,ssioiîS qu'elle a reçues. Tout examen est imposslljlç; à s^ légèreté , et le doute est un état que ne peut supporter sa faiblesse. Son catéchisme et la philosophie de Descartes sont deux systèmes qu'elle entend égale- ^ ment bien *• .

* Ce qui signifie qu'elle recédait l'erreur corame k vétitéy uniquement par tradition; Cette M.«n« de Staal qui avait un très-bon eçpriji ^ était fort loin de prendre

Son amour - propre, quoique excessif, n'a cependant fait de chemin que celui qu'on lui a fait faire. L'idée qu'elle a d'elle - même, est un préjugé qu'elle a reçu comme toutes ses autres opinions j elle croit en elle de la même manière qu'elle croit en Dieu et en Descartes , sans examen et sans discussion. Son miroir n'a pu Pfentretenir dans le moindre doute sur les agrémens de sa figure. Le témoignage de ses yeux lui est plus suspect que le jugement de ceux qui ont décidé qu'elle était belle et bîeri faîte. Sa vanité est d'un genre singulier; maïs il ' semble qu'elle soit moins choquante, parce qu'elle n'est pas réfléchie, quoîqu'en effet elle en soit plus absurde.

» Son commerce est un esclavage ; sa tyrannie est à découvert ; elle ne daigne pas ^ '. .

Pirrëligion pour la philosopliie. Mais on est cpelqucfois obligé d'expliquer même ce qui est clarr, depuis que des sages qui n^ont écrit que pour les sols , ont mis Fénelon , Bossuet , MassîUon y etc. au rang dés incrédules , sur quelques mots interprétés à la manière des sophrstes , c^est-à-dire dans un sens contraivd 'à toute raison. C'est un des derniers efforts de la sagacité et de la bonne foi de nos philosophes qui jouent de leur reste.

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la colorer des apparences de Tamitié. Elle dit îngénuement qu'elle a le malheur de ne ^ouvoîr se passer des personnes dont elle ne se soucie point: efFectivement elle le prouve. On la voit apprendre avec indifférence la mort de ceux qui lui faisaient vers*er des larmes , lorsqu'ils se trouvaient un quàrtd'heure trop tard à une partie de jeu ou de promenade.

33 On ne^peut se faire d'illusion avec elle : sa franchise , ou pour parler pltis juste, le peu d'égard qu'elle a pour tout le monde , fait qu'elle, ne dissimule aucun de ses caprices.

Elle a fait Sire à une personne de beaucoup d'esprit, qi/e les princes"^ étaient en morale ce^ que les fnonstressontdans la physique : on voit en eux à découvert la plupart des vices qui sont imperceptibles dans les autres hommes.

» Son humeur est impétueuse et inégale; elle se courrouce et s'afïlige , s'emporte et s'appaise vingt fois en un quart d'heure.

* Ceci est d'une personne qui avait vu de près tout« la dépravation de la régence, et ce Pliilippe d'Orléana (nom malheureux ) dont Louis XlV avait dit avec 6e«ttcotip de sens : €?V*/ un fanfaron àe crime. Au reste , iJ n'y a que les sots qui prennent les hyperboles satyriques pour des autorités morales , et cette remarque âcïait même superflue dans un autre temps que le nôtre.

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Souvent elle sort de la plus profonde trîstess© par des accès de gaieté où elle devient fort aimable. Sa piaisanterie est noble , Tive et légère j sa mémoire est prodigieuse ; ell« parlé avec éloquence, mais avec trop de vé* hémence et, de prolixité. On n*a point de coÉi* Versation avec elle j elle ne se soucie pat d^être entendue 5 il lui sufEt d'être écoutée ; aussi n'a • t - elle aucune connaissance d^ Tesprit f des talens , des défauts et des ridi* eules de ceux qui Tenvironnent. L'on a dit d'elle qu'elle n'était point sortie de chez elle, tt qu'elle n'avait pas même mis la tête à Isi feîiêtre.

» Elle a passé sa vie à rassembler det plaisirs et des amusemens de tout gehre ; elld il 'épargne ni soins ni dépense pour rendre sli cour agréable et brillante. Enfin M.^^ladttchesse du Maine est faite pour faire dire d'elle, sans blesser la vérité, beaucoup de biefi et beaucoup de mal. Elle a de la hauteur sans fierté , le goût de la dépense sans générosité, de la religion sans piété , une grande opinion d'elle-même sans mépris pour les autres, beaucoup de connaissances sans aucun sa-» voir, et tous les empressemens de Tamilié sans un avoir les sentîmens^ » >

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