‹ Correspondance littéraireChapitre 12 sur 47 · LETTRE CLXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXIX

Almjnàch des Muses de cette année est composé , comme tous les autres , de quelques pièces connues que les amateurs avaient déjà distinguées dans les journaux j d'un grand nombre de poésies d'une médiocrité insipide , tirées du porte - feuille de nos jeunes versificateurs de Paris et des provinces , pour qui cet almanach est le seul Parnasse où ils puissent monter ; enfin de quelques morceaux échappés à des écrivains de mérite , qui se trouvent là en as3e& mauvaise compagnie. On ne doit pas être étonné de cet alliage , quand on voit le rédacteur de rajmanacli rendant compte luimême , dans le journal de Paris , de son recueil annuel , et mettant sur la même ligne Voltaire, Dorât et Pezay , ces charmans gé-, nies, dit il, objets perpétuels de nos regrets. Cette étrange accolade qui est le comble de l'impertinence et du ridicule, prouve les progrès qu'a faits le mauvais goût et l'em* pire qu'on lui laisse prendre tous Jes jours.

Diaprés les arrêts de ralmanacli, il n'y a point de rimeur 4^ café qui ne puîsse sa

flatter d'être le rival de Voltaire dans le genre des poésies fugitives : voilà où nous en sommeç venus.

Parmi les bons morceaux épàrs dans cette collection informe , on remarque sur - tout deux ou trois pièces de M. de Fontanes ^ celui de tons nos jeunes gens qui annonce le plus de talent pour la poé$ie. La moins finie est une traduction d'une ode d'Horace, Sic te , diva potens : elle exigerait bien des corrections j mais la négligence n'est pas le inauvais goût , et l'esprit poétique se montre toujours. Une autre , intitulée le Chant du Barde j m'a paru la meilleure. L'auteur y a rapproché fort heureusement les beautés seïnées par intervalles dans les poésies d'Oscian. Une troisième pièce , intitulée la Chartreuse de Paris ^ d'un très-bon goût de versification , est une peinture de l'enclos des Chartreux , et des impressions qu'il fait éprouver. Ily a un endroit qui rappelle un \i^vi Mêlante^ celui où Tauteur parle de cette espèce de calme que la solitude d'un cloître porte au fond du cœur. Mais il y a cette différence, que M. de FontanesTeut prouver la paix de 1- ame -

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des solitaires par celle de leur demeure, a« lieu que dans Mélanie ce calme apparent n'est représenté que comme une image trom*> peuse qui contraste avec les regrets et les remords dont ces solitaires sont trop souyenl déchirés; et ces deux points de vue si diff ërens peuvent avoir leur vérité, selon Papplication» L'auteur de Mélanie n*a jamais prétendu qu'il n'y eût pas I eaucoup de bons religieux; il le dit même expressément dans la pièce. Je ne tirerai pas non plus de conséquences gé^ nérales de cette réponse faite à un voya*geur qui admirait un beau point de vue , du haut d'une chartreuse d'Italie : Làa belle de^ meure ^ dit-il au moine qui la lui montrait:

Transeuntibus , dit celui-ci j oui, pour ceux qui passent.

On remarque aussi dans ce même aima* iiach deux traductions qu'a faites le che* valîer de Boufflers, l'une de l'o^^d'Horaoe»

otium divas , l'autre d'un morceau de Clau« dien. On voit à la pureté du style et du goût^ qu'il traduit plussévèrement qu'il ne compose.

M. de la Croix, avocat i continue de publier par cahier son ouvrage sur les Progrès de la civilisation. Il est boti de savoir que c^ titre n'a qu'un rapport très*éloigné avec soy

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livre , qui ne roule guères que sur les abus de notre jurisprudenoe crîminelle. IJ serait à souhaiter que cet ouvrage fût écrit d'un style plus ^^in et plus ferme } car il est plein d'idées utiles» et la jurisprudence qu'il attaque j&st depuis long -temps un objet da censure pour tout esprit raisonnable. Malheu* reusement M. de la Croix étant avocat, écrit en homme de barreau , c'est «à - dire f d'assez mauvais goût , éx, en homme qui mé^ nage et craint le parlement ^ double incon*.

vénient dans une matière où Ton ne saurait avoir trop et trop fortement raison*

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