LETTRE CLXXX
Îj'abbe de Mably , frère de feu M. l'abbé de CondîUac, et auteur de quelques ouvrages sur rhîstoîte ancienne et moderne , particulièrement sur celle de France , où Ton a trouvé des connaissances et des chimères, de bdns principes mal appliqués , un ton dogmatiqueet un style médiocre , vient de publier une brochure sur la manière (décrire VHis^ toire y qui a fait plus de bruit qu'aucun de ses autres ouvrages. Il a pris cette fois le moyen le plus sûr pour avoir beaucoup de lecteurs, celui de dire du mal de beaucoup de monde , de Voltaire , de Buffon qui pourtant n'a rien écrit sur l'histoire , de Robertson, de Hume, de Gibbon, de Tacite, etc. Enfin les deux seuls hommes dont il dise du bien , sont Tite - Live chez les anciens , et parmi nous l'abbé de Vertot. Son ouvrage est en forme de dialogue : des deux interlocuteurs, l'un enseigne et l'autre s'instruit, et ce dernier, comme c'est la coutume , est ce que nous appelons \xn^2Xcojmpère , admirant toujours tout ce
qu'on lui dit , et ne trouvant lui^-même rien à dire* Au reste, les principea généraux qiie donne Tabbé de Mably pour écrire l'histoire sont fort raisonnables; mais aussi c'est ce que tout le monde savait. Point de ces vues ap^ proiondiesy de ces idées lumineuses qui en font naître d^autres, et qui caractérisent un écrivain penseur, et c'est ici qu'il fallait l'être. La diction est familière et nég! gée , k quelques pages près asse^ bien écrites j mais c^e qui est choquant , c'est la manière dont iL traite Voltaire. Jamais la haine qui
contrefait mal -adroitement Iç mépris, n'a entassé plus d'invectives, et ne s'est exhalée
en injures plus grossières. L'auteur de VHistoire de Charles XII est un fou qui court après un Jou...* il ne voit pas au bout de.
son nez , etc. Il semblerait du moins que les remarques critiques sur les fautes de Voltaire, considéré comme historien , dussent être d'une gravité et d'une évidence capable,^ non pas de justifier un ton que rien ne peut rendre excusable , mais du moins de faire voir que Voltaire n'est en effet qu'un trèsmauvais historien. Point du tout : autant il y a de violence dans les injures, autant il y a de faiblesse et de mauvaise foi dans le.s
6a CORAÉSFOlrBAJfGE
reproches. Il relèreune phrase de mauvais goût, îl est vraî , et indigne dn style de Thistôîre ; maïs cette phrase n'est nî dans le Siècle de Louis XlV^nX dans la Vie de Chartes XII f nî dans V Essai sur P Histoire générale ; elle' est dans une espèce de dissertatien intitulée ^e la Philosophie de l'Histoire. Il expose magistralement ce que Voltaire aurait dft faire dans Y Histoire de Charles XIÎ , et il se trouve que c'est précisément ce qu'il a fait. Il lui reproche d'avoir établi en principe que le public était une machine sur laquelle il fallait frapper fort plutôt que juste i et cette* plaisanterie rapportée par d'Alembert , et qui n'aurait aucun sens s'il s'agissait de l'histoire , a été dite à propos des jugémens du parterre , et des effets du tliéâtre. C'est de la part de l'abbé de Mably un mensonge calomnieux. Il relève quelques inexactitudes de faits et où n'en trouverait- on pa^ , surtout dans un long ouvrage ? Et lui-même dans une très-courte brochure, s'étend beaucoup sur la mort d'Helvidius rapportée, dit-il, pa^r Tacite ; et il se trouve que dans ce qui nous reste de Tàcîte , il n'y a. pas un mot <ie la mort d'Helvidîus , et que ce morceau est un de ceux que nous avons perdus* Il
résulte de Texamen de cette brochure , qu'elle n*a pu être écrite que par un homme d'u|i esprit chagrin , jaloux , haineux , qui voudrait bien ne laisser personne à sa place ^ parce que lui-même n'est pas content de la sienne. Il y a même ici de la lâcheté à atta* quer ainsi celui qui ne peut plus se défendre; car pendant la longue vie de Voltaire , l'abbé de Mably qui le haïssait , n'a jamais osé écrire une ligne contre lui. *
Notre prix d^utilité vient d'être adjugé pour la première fois au livre intitulé Conter-' sations d' Emilie , dont l'objet est l'éducation de la première enfance. L'auteur est M."*^ d'Epînay , qui , contre mon avis, et je crois , celui du public , l'a emporté sur M.""^ de Genlis. Il est vrai qu'elle s'est mise à guerroyer fort gratuitement, et qui pis est fort maladroitement , contre les philosophes; mais qu'importe? qu'on lui réponde, si elle en vaut la peine , et qu'on la couronne si elle le mérite. Je suis peut-être celui qu'elle a le plus maltraité , et je sais pourquoi*.
Tant- pis pouj eUe ; mais sea torts ne font rien à ses ouvrages , et son Tkédtre dEdu-cation devait avoir la palme.
,.L'abbé Porquet^ connu pour faira scru-
* Cette espèce de critique , la plus ftcile cle toutes , était devenue le , refrain de ceux qui ne savaient que dire : il y a des longueurs , c'est ce qu^pn disait même des tragédies de Racine , qui ne sont longues que pour ceux qui ont les oreilles longues et le jugement court. Champfort releva iin jour fort plaisamment cette redite insignifiante dans une société où elle avait été fort prodiguée. Comment trouvez^voouB cela ? lui dît quelqu'un qui venait de lui montrer im di^liqu^. // y a des longueurs ^ dit Champfortt
64 C O S^ H X S.P IT p À V C C
puleusement de petits vers sur de petits sujets , en a fait dernièrement de fort bien tournés, en réponse à une personne qui demandait ce que c'était que des longueurs * dans un ouvrage.
Est trop court qui me plaît , est trop long qui m^ennuie. Snr Tinutile seul le bon goût se récrie , £t le sentiment même a sa précision.
14a richesse de Part n^t de Téconomie * Dans un tableau bien fait tout est expression.
Cette science est peu commune î
C'est le secret des bons auteurs.
L'ouvrage le plus court peut avoir des^longueurs J
Le plus long n'en avoir aucune.
Le comte de Tressan , dont l'imagination est encore jeune à l'âge de soixante et dixhuit ans ^ vient d'adresser à ses enfans des
£ I TT i B. A 1 E s. ^ 4â
Ters qui m'ont paru 4'un goût tput-à-faît auacrëontique.
Les fleurs aou^vellement Moses .
Ont encor pour moi des appas* Eloignez ces cyprès , approches-moi c^% roses y ' Pisaît le fieiliard Philétas. ' >'•
Chera tnfans 9 conduisez mes pas Aux treilles de B^chus ^ aux rives du Fenyiesseï Quelquefois s^êjfue aux bosquets de Paphos.
La vieillesse est un doux repos ; Mais il faut Panimer : les jeux de la jeunesse ^
Ses plaisirs , ses rians propos ^ Emousseront pourmoî le ciseau d^At^pqé*
Je jouirai d^un jour de fête ; Ses lilaf itt T^mj^t 4e9 p4îiipres de Ifâxo^ ^ . ,
Ou y couronnera m^ t^te.
Vieillards | fuye?: les tranquilles pavots* Chanteas Bacchus j P Amour y et le Dieu de Délos* Songez que sur le tems , et sa faulx qui sVppréte ^ Un jour heureux de plus est un joiO: de conquête | *
£t le prix des plus longs travaux.
66 C0&2 &xsoirx>ÀirOE